barrer1 v. tr.
les citations
1. 〈Surtout Nord, Pas-de-Calais, Basse-Normandie, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Centre-Ouest, Indre-et-Loire, Bourgogne, Drôme, Ardèche usuel "fermer (une porte) à clef, (la) verrouiller". Anton. débarrer*. Synon. région. claver*, cléter*. – Barrer une porte à double tour. Avant je ne barrais jamais ma porte (BrasseurNorm 1990). Tu penseras à barrer la porte avant de partir pour le week-end (FréchetAnnonay 1995).
1. Ça a commencé vers huit heures, quand elle est allée barrer le portail. (J. Huguet, Equinoxe, 1972, 54.)
2. Quand je les ai vus qui se mettaient autour de la maison, j’ai barré la porte […]. (J. Boutin, Louis Rougé, le braconnier d’Anjou, 1979, 50.)
3. Il referma la porte en la barrant à double tour. (S. Anne, Victorine ou le Pain d’une vie, 1985, 33.)
4. Marthe m’attendait. […] Pendant que je lui parlais, elle a barré sa porte et planté la clé dans une de ses poches. (J. Syreigeol, Miracle en Vendée, 1991, 72-73.)
5. La Louise, prudente, avait intimé l’ordre à Charlette de rester à la maison avec l’Annie et de barrer la porte. (S. Lavisse-Serre, Les Locatiers de Beauvoir, 1998, 144.)
□ En emploi métalinguistique.
6. Je continue à glaner dans le parler de Fressines [Deux-Sèvres] des petits faits de vocabulaire. […] Ainsi barrer pour fermer à clé ou au verrou, et débarrer* pour l’opération inverse. (M. Cohen, Encore des regards sur la langue française, 1966, 91.)
Au part. passé/adj. barré, ‑ée "verrouillé, fermé à clef". Il poussa la porte qui n’était pas barrée (S. Lavisse, Un siècle de vie à l’ombre de Tronçais, 1995, 156).
7. On avait bien tiré le coureil [= verrou] ! La porte était barrée […] et les volets de la maison étaient bien clos. (A. Geaudrolet, Amours paysannes, 1980, 97.)
8. La porte du corridor était barrée du dedans, tous les volets fermés, une maison barricadée sur deux ordures qui chiaient la peur et se cachaient. (M. Clément-Mainard, La Fourche à loup, 1985, 274.)
9. La mère s’évertuait à agiter le loquet de la porte ; elle avait bien compris qu’elle était barrée d’en dedans mais la mère avait toujours cru aux miracles. Il a fallu que je lui dise : – Mais c’est barré ! pour qu’elle se mette à cogner, cogner, cogner avec le même acharnement qu’elle avait mis à secouer tout à l’heure, le loquet. (J. Syreigeol, Miracle en Vendée, 1991, 37.)
10. Monsieur, je peux pas ouvrir la porte[,] elle est barrée ! (Abilly, Indre-et-Loire, enfant de 12 ans, cité dans SimonSimTour 1995.)
2. Haute-Marne (est), Vosges, Haute-Saône (nord-ouest), Doubs, Jura, Haute-Savoie rural "enclore (du bétail) ; clôturer (un champ)". Barrer les vaches. Anton. débarrer*. – Tu barreras le champ avant de t’en aller, sinon les vaches partiront (RobezMorez 1995).
— Par restr. "séparer (deux champs l’un de l’autre) par une clôture". Barrer le champ X du champ Y. Il faut barrer le champ des Lacroix-Painblanc de celui des Morel (RobezMorez 1995).
— Emploi abs. "clôturer un champ". Toute la journée, j’ai façonné des piquets d’acacia pour barrer (DromardDoubs 1991).
11. De l’autre côté de la vallée, sur l’ubac, Bardot désignait deux points gros comme des mouches […].
– Qui c’est ?
– Je n’ sais pas […]. On dirait qu’ils barrent, pas ?
– Ils ne posent tout de même pas des clôtures en plein milieu de l’alpage ! (Chr. Delval, La Vieille Trompe, 1982, 28-29.)

◆◆ commentaire. 1. Fr. barrer v. tr. "fermer (une porte, une fenêtre) à l’aide d’une barre", encore non marqué au 19e s. et dans la première moitié du 20e (v. Littré, Lar 1867-1960, DG, Rob 1952) est donné de nos jours comme « vx ou dialect. » (GLLF), « vx ou régional » (Rob 1985 ; NPR 1993-2000). TLF le présente sans marque, mais l’illustre par un ex. de l’Auvergnat H. Pourrat. Or il survit dans plusieurs régions, en particulier avec le sens par ext. de "fermer à clef", comme le relève Lar 2000 (« région. ou Québec »). Les données dialectales pour le type ⌈ barrer ⌉ "fermer à clef" montrent une concentration des attestations dans l’Ouest, avec quelques points isolés çà et là dans le Centre et l’Est : LoireA. (ALO pt 14 ; ALBRAMms pt 75), Mayenne (ALBRAMms pts 86, 91), Sarthe (ALBRAMms pt 110), MaineL. Vendée, DSèvres, Vienne, CharM. (ALO pts 103, 112), Char. IndreL. Indre (ALCe pt 60), Cher (ALCe pt 24), Allier (ALF pt 901 ; ALCe pt 61), Vaud (ALF pt 939), Loire (ALF pt 905), PuyD. (ALF pt 801), HVienne (ALO pt 91), Dord. (ALO pt 122) ; v. ALF 1743, 1743* ; ALCe 639* ; ALO 684, 684* ; ALBRAMms. Cf. encore bmanc. bare "mettre le verrou à une porte", saint. barrer "fermer une porte au verrou" (tous les deux FEW), hmanc. barrer "verrouiller (la porte)" (R. Verdier, Dictionnaire phonétique, étymologique & comparé du patois du Haut-Maine, Le Mans, 1951), Mayenne barrer la porte "la fermer à clé" (Parlers et traditions du Bas-Maine et du Haut-Anjou : Lexique du patois vivant, Laval, 1987), Anjou, id. (JeanDurAnjou 1987), porte barrée "fermée à clé ou au verrou" (H. Boré, Glossaire du patois angevin et régional, s.l., 1988). Un autre groupe d’attestations couvre une très grande aire dans le Sud (Languedoc, Midi-Pyrénées, Aquitaine), mais avec le seul sens de "fermer" (v. ALF 554 ; ALMC 702 ; ALCe 1074 ; ALLOc 871 ; ALO 683).
En français, toutefois, le mot (avec le sens de "fermer à clef") est essentiellement attesté dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Basse-Normandie et le grand Ouest, de la Touraine aux Charentes et à la Haute Bretagne ; on trouve également quelques attestations dans le Morvan, l’Allier, le Velay et l’Ardèche, mais il semble parfois s’agir du sens archaïque de "fermer avec une barre", et non du néologisme sémantique "fermer à clef" (v. bibliographie ci-dessous pour le détail des définitions). Comme le sens de "fermer à clef" est très courant dans toutes les variétés de français nord-américain (v. GPFC 1930 ; DitchyLouisiane 1932 ; PoirierAcadG ; MassignonAcad 1962 ; ALEC 49 et 56 ; DaigleCajun 1984 ; DFPlus 1988 ; BrassChauvSPM 1990 ; DQA 1992 ; CormierAcad 1999 ; NaudMadeleine 1999), cette innovation sémantique doit remonter au moins à l’époque coloniale.
2. Dér. du type barre n. f. "barrière, barricade, clôture" (dep. SchneiderRézDoubs 1786), à moins que ce ne soit l’inverse (« Vielleicht ist barre "hecke" als postverbal aufzufassen » Wartburg, FEW 1, 258b, *barra II 2). En effet, comme barrer existe au Québec et à Saint-Pierre et Miquelon sans reposer sur une base barre "clôture" (c’est en fait le verbe qui, au contraire, y a donné naissance aux dérivés barrure et barrage, v. BrassChauvSPM s.v. barrage), il est permis de voir dans ce substantif un déverbal du verbe. Quant à ce dernier, il pourrait s’expliquer comme le résultat d’une assez banale métonymie ("fermer la porte""fermer la clôture""fermer l’enclos"). Bien attesté surtout en Franche-Comté, dans les parlers dialectaux (v. FEW) comme en fr. région. (dep. 1929, Boillot), cet emploi est également connu à Saint-Pierre et Miquelon et au Canada, mais il y représente probablement une innovation indépendante (cet emploi étant inconnu dans l’Ouest).
◇◇ bibliographie. 1. FEW 1, 257a-b, *barra I ; ClouzotNiort 1907-1923 ; RougéTouraine 1931 « fermer à clef » ; RLiR 42 (1978), 158 "fermer à clé ; mettre le verrou [Vendée]" ; DavauParlTour 1979 « bârrer fermer à clé ou au verrou » ; RézeauOuest 1984 et 1990 "fermer (une porte) à clé, au verrou" « peu concurrencé par "fermer à clé", sauf en Charente où il vieillit » ; LepelleyBasseNorm 1989 "fermer (la porte) à clef [usuel : Manche, Orne (ouest) ; employé : Orne (centre), Calvados ; connu : Orne (est)]" ; BrasseurNorm 1990 « fermer (la porte) à clef ; Manche sauf le nord, Calvados, Orne, ouest et sud de l’Eure » ; CartonPouletNord 1991 "fermer une porte (par une barre, puis de n’importe quelle façon)" ; LangloisSète 1991 "fermer" ; TavBourg 1991 "fermer (la porte)" « surtout employé en Morvan, rare ailleurs » ; DubuissBonBerryB 1993 "fermer la porte [AllierO.]" ; FréchetMartVelay 1993 "fermer (une porte) avec une barre [globalement connu]" ; LepelleyNormandie 1993 "fermer (la porte) à clef" « [employé : ensemble de la Basse-Normandie ; connu : Eure] » ; FréchetAnnonay 1995 "fermer avec une barre, un verrou" « globalement connu » ; SimonSimTour 1995 "fermer une porte à clé, au verrou, ou avec une barre" ; FréchetDrôme 1997 "fermer avec une barre, un verrou" ; LesigneBassignyVôge 1999.
2. FEW 1, 258b, *barra II 2 ; BoillotGrCombe 1929, p. 118 « bare v.a. palissader, enclore les champs pour empêcher les animaux d’y entrer » ; GPFC 1930 "clore, enclore (un potager, un verger), faire une séparation au moyen d’une cloison, d’une barrière, d’une clôture ; enfermer (du bétail) dans une grange ou un champ clos" ; DuraffHJura 1986 "enclore (les vaches) [très usuel]" ; BrassChauvSPM 1990 « barré part. passé-adj. "enclos" » ; DromardDoubs 1991 "clôturer un champ au moyen de fil de fer barbelé" ; DuchetSFrComt 1993 "enclore (vaches) ; fermer, clore (jardin)" ; RobezMorez 1995 "remettre en état une barrière ; fermer une barrière ; séparer (deux champs) avec une clôture ; très employé à la campagne, régionalisme courant" ; LesigneBassignyVôge 1999 "enclore".
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Charente, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vendée, Vienne, 100 % ; Indre-et-Loire, 90 % ; Nièvre, Vienne, 75 % ; Basse-Normandie, 70 % ; Sarthe, 65 % ; Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique, 60 % ; Côte-d’Or, Saône-et-Loire, Yonne, 50 %.