bucler v. tr.
les citations
Saône-et-Loire (sud), Jura (Morez), Haute-Savoie et Savoie (spor.), Rhône, Loire (Forez, Saint-Étienne), Isère, Drôme, Ardèche, Haute-Loire (Velay), Puy-de-Dôme rural, vieillissant
1. "brûler (traditionnellement avec de la paille) les soies d’un porc ou le duvet d’une volaille, avant de vider l’animal". – Pour bucler le cochon, on le place sur un tas de paille et on met le feu ; après on râcle la couenne, les poils s’en vont plus facilement (TuaillonVourey 1983).
1. La coutume veut que le porc […] soit brûlé avec de la paille de seigle […]. Le lard garde, paraît-il, de cette combustion, un parfum tout particulier. À Saint-Félicien [Ardèche] on achevait de bucler toutes les soies avec des fagots de paille […]. (Ch. Forot, M. Carlat, Le Feu sous la cendre, 1979, t. 1, 152.)
□ Avec un commentaire métalinguistique incident.
2. […] tuer le cochon représentait une date importante, mieux, une véritable fête ! L’opération devait avoir lieu en lune nouvelle […]. Il fallait s’abstenir de tuer le porc par vent de bise* et surtout le jour de la Saint-Abdon […]. L’animal mort est « buclé », c’est-à-dire que la soie de sa peau est brûlée avec des torons de paille enflammés. (BouillerRoanne 1986, 96).
3. 1987 : la « fête du cochon », qui, une fois saigné, est « buclé » ou brûlé sur les brandons. (M. Coudeyras, Si Saint-Amant m’était conté, 1994, 146 [légende d’une photographie].)
4. – […] Pour tuer le cochon, j’utilise un pistolet, puis je le saigne et après on le passe dans le feu pour le bucler (enlever le poil) et enfin, on l’ouvre. (Témoignage recueilli à Cercier, Haute-Savoie, dans J.-N. et Ph. Deparis, La Place du village, 1998, 121.)
— Dans une comparaison.
5. Hortense rit encore en se rappelant comment le Nicolas Moral, les enfants lui étaient tombés dessus pour le bucler comme un cochon. Quand on tue un cochon, pour enlever les soies, tu le recouvres de paille et tu brûles, tu laves, tu grattes bien. Alors on l’avait couvert de paille, le bonhomme, il poussait des cris de porc et nous on dansait autour ! (M. Chaix, Juliette, chemin des cerisiers, 1986 [1985], 46.)
Au part. passé/adj.
6. Brusquement nous sommes environnés de feu. […] je suis plus buclé qu’un goret sur l’étal du charcutier. Du reste, bien qu’étant extrêmement soigné de ma personne, je renifle le [= dégage une odeur de] cochon brûlé. (San-Antonio, Tango chinetoque, 1966, 62.)
— Par anal.
● En contexte factitif.
7. Avant, j’allais passer mes congés dans un camp, au bord de la mer, à Sainte-Maxime. Mais maintenant, avec tous ces incendies de forêts dans le Midi, j’y ai renoncé. J’ai pas envie de me faire bucler. (MeunierForez 1984, 50.)
8. Le tablier de cuir enfilé prestement, les pinces saisies avec vigueur, le labeur commença, entrecoupé des jurons du Cécelle, qui se faisait bucler par les étincelles de métal. (A. Cuisinier, La Cuvée de Saint-Antoine, 1988, 79.)
2. En emploi pronom. Isère (Vourey), Ardèche (Mariac) "se brûler". Je me suis buclé la main en allumant le gaz (TuaillonVourey 1983).

variantes. Ardèche (Privas) buscler v. tr. "id." (MédélicePrivas 1981).
dérivés.
1. Ardèche (nord) buclage, n. m. "action de bucler". « sabodet* […] saucisson à base de tête de porc désossée et de couennes en faible quantité. Le buclage préalable de la tête, consistant à brûler les soies à la flamme, contribue à lui donner un goût particulier » (L’Inventaire du patrimoine culinaire de la France. Rhône-Alpes, 1995, 215).
2. Isère (Villeneuve-de-Marc) buclé n. m. "odeur de plumes de volaille (ou de soies de porc) brûlées". « Tu vas manger un poulet ? Ça sent le buclé » (BlancVilleneuveM 1993). Ces deux dérivés sont attestés respectivement dep. Mâcon 1926 et Mâcon 1903.
◆◆ commentaire. Régionalisme usuel dans certaines parties de l’est de la France, pour lequel Lyon a joué un rôle de diffuseur, bucler est attesté en français dep. 1420 en Savoie, dep. 1587 dans le Mâconnais, dans un emploi voisin "brûler (les poils de la barbe)" (v. Chambon, MélVarFr I, 58) ; l’aire dialectale du mot comprend le francoprovençal et une partie du nord-occitan (FEW, 14, 81a, ustulare ; ALLy 5, 327).
◇◇ bibliographie. MolardLyon 1803 ; RollandLyon 1813 ; MonnierDoubs 1859 ; OffnerGrenoble 1894 ; PuitspeluLyon 1894 ; Mâcon 1903-1926 ; LarocheMontceau 1924 ; ParizotJarez [1930-40] ; BigayThiers 1943 ; MarMontceau ca 1950 beucler ; DornaLyotGaga 1953 ; JamotChaponost 1975, 53 ; DelortStClaude ca 1977 ; RLiR 42 (1978), 161 ; ManteIseron 1980 ; TuaillonVourey 1983 ; GononPoncins 1984 s.v. clapotons (en référence au passé ; Ø nomenclature) ; MeunierForez 1984 ; GermiLucciGap 1985 ; DuraffHJura 1986 « régionalisme inconscient » ; MartinPellMeyrieu 1987 ; DufroidVienne 1989 ; MartinPilat 1989 ; TavBourg 1991 ; MazaMariac 1992 ; VurpasMichelBeauj 1992 ; BlancVilleneuveM 1993 ; FréchetMartVelay 1993 ; PotteAuvThiers 1993 ; VurpasLyonnais 1993 ; FréchetAnnonay 1995 ; LaloyIsère 1995 ; RobezMorez 1995 ; SalmonLyon 1995 ; FréchetDrôme 1997 ; FréchetMartAin 1998 ; PlaineEpGaga 1998 « presque disparu » ; FEW 14, 81a, ustulare.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Savoie et Haute-Savoie, 15 % ; Bourgogne, Franche-Comté, 0 %.