carte n. f.
les citations
Nord, Somme, Aisne, Oise, Normandie, Haute Bretagne, Aube, Marne, Ardennes, Meuse (nord), Moselle (Metz) vieillissant "sacoche dans laquelle les écoliers mettent et transportent leurs livres, leurs cahiers". Stand. sac (d’école), vieillissant cartable.
1. C’est […] pas à mon âge que je vas [sic] retourner à l’école avec ma carte sur mon dos ! (H. Bouyer, Presse-Océan, 25 février 1985, dans BrasseurNantes 1993, 70.)
2. […] vite, je plonge dans mon placard, en sors ma carte [en note : cartable] et […] je file. Il est déjà huit heures et demie passées et l’école Henri-Génestal est loin. (B. Alexandre, Le Horsain, 1988, 54.)
3. […] je me rappelle l’émoi d’une collègue fraîchement débarquée de sa Provence natale, qui, dès son premier cours dans une classe de 5e, recueillit les doléances d’une élève éplorée parce qu’elle ne retrouvait plus sa carte […]. L’incident date d’une quinzaine d’années ; il ne se reproduirait peut-être plus dans un lycée, comme c’était le cas ; pourtant, carte reste solidement installé à l’école primaire, dans les villes comme dans les zones rurales. (TamineArdennes 1992, 5 [Introduction].)
4. […] j’avais une bougette [= petit sac] de billes dans ma carte […]. (SchortzSenneville 1998, 158.)

◆◆ commentaire. Dans le sens décrit ici, absent des dictionnaires généraux contemporains, carte est attesté dep. 1923 seulement, à Saint-Malo. Il s’agit d’un emploi développé à partir du sens de "sorte de carton" (dep. 15e s., TLF ; aujourd’hui vieilli) et à travers celui de *"portefeuille en carton", selon une trajectoire sémantique également parcourue par cartable et, partiellement, par carton (v. TLF et FEW 2, 627b-628a). La répartition géographique de carte "sacoche d’écolier" dans la seconde moitié du 20e siècle fait apparaître une aire septentrionale continue, formant un arc de cercle et s’étendant, au nord de Paris, du Morbihan à la Moselle ; on dispose d’autre part, de relevés ponctuels concernant la langue des lycéens de Dax et d’Avignon. Une telle distribution ne s’explique que par l’hypothèse d’un usage autrefois plus généralement répandu, y compris à Paris. Le silence de la lexicographie peut être dû au fait qu’on a affaire à un emploi propre aux écoliers et aux lycéens, et probablement assez vite remplacé par cartable. Ce dernier, au sens de "sacoche d’écolier", entré dans la lexicographie générale avec Raymond 1832 comme terme diatopiquement marqué (« nom qu’on donne dans les villes méridionales de la France… ») est un régionalisme lyonnais qui ne paraît pas s’être généralisé avant le début du 20e siècle (dénoncé par Molard 1810, RollandGap 1810, RollandLyon 1813, ReynierMars 1829-1878 et Gabrielli 1836, il est relevé par MègeClermF 1861 ; GasconDole 1870 ; GuilleLouhans 1894-1902 ; PuitspeluLyon 1894 ; FertiaultVerdChal 1896 ; ConstDésSav 1902 ; DauzatVinz 1915, § 2091 ; Mâcon 1903 ; BoillotGrCombe 1929), comme les sens plus anciens du mot, d’abord attestés dans la région lyonnaise (v. TLF).
◇◇ bibliographie. StMleuxStMalo 1923 ; EmrikAmiens 1958, 294 ; CrouvChampagne 1975 ; KnoppSchülArg 1979, 51 (Metz, Dax et Avignon) ; TuaillonRézRégion 1983 ; LepelleyBasseNorm 1989 ; TamineArdennes 1992 ; BrasseurNantes 1993 ; LepelleyNormandie 1993 ; SchortzSenneville 1998 ; BlanWalHBret 1999 « en régression chez les jeunes » ; attesté à Cherbourg en 1980 (comm. de J.-P. Chambon) ; FEW 2, 627a, charta.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Ardennes, Meuse (nord), Somme, 100 % ; Marne, Normandie, 90 % ; Oise, 80 % ; Aisne, Aube, 30 % ; Nord, 25 % ; Haute-Marne, Pas-de-Calais, 0 %.