chupenn [ʃypɛn] n. m.
les citations
Basse Bretagne usuel, t. de folklore "veste d’homme du costume breton traditionnel".
1. Il y a enfin les boutons bretons, ceux qui sont tombés des chupennou [= forme du pluriel] à l’ancienne mode, boutons cerclés de cuivre et montrant, sous un œillet de verre, des dessins étranges, multicolores, symboles d’un kaléidoscope secret. (P.-J. Hélias, Le Cheval d’orgueil, 1975, 270.)
2. […] un bouton de chupenn, un merveilleux bouton de verre cerclé de cuivre, une sorte de kaléidoscope où luisaient doucement des débris d’arc-en-ciel. (P.-J. Hélias, Le Cheval d’orgueil, 1975, 524.)
3. Trop madré pour n’être pas modeste, trop fin pour ne pas garder la tête sur les épaules, l’homme de Pouldreuzic n’accueille qu’avec réserve la pluie de gloire qui tombe soudainement, mais obstinément, sur son chupen [sic]. (X. Grall, Le Cheval couché, 1977, 44.)
4. Les cafés autour de l’église se remplissent de Plougastels [= habitants de Plougastel]. Un petit nombre d’entre eux porte le costume à l’ancienne mode : chupenn bleu ou violet, le gilet à boutons blancs, la ceinture de coton quadrillée et la cravate noire ou à fleurs, le chapeau à boucle ou à guide, plus ou moins large, dit-on, selon la situation de fortune. (J. David, Bonsoir Marie-Josèphe, 1993 [1983], 48.)
5. Le pâté Hénaff, c’est avant tout cette petite boîte bleue aux incrustations jaunes comme celles du « chupenn » bigouden, qui, depuis des décennies, s’est fait une place de choix dans les buffets bretons. (J. Failler, Gens et choses de Bretagne, 1996, 80.)
6. Les mains repliées sur les bords de son chupenn, il écoutait sans rien dire, répondant par une banalité polie quand on lui adressait la parole. (C. Vlérick, Le Brodeur de Pont-l’Abbé, 2000 [1999], 54.)
— Dans un contexte métaphorique.
7. Ainsi, Le Cheval d’Orgueil représente moins un événement littéraire qu’un phénomène sociologique. C’est toute la bourgeoisie dans son spectaculaire accroissement et ses nouvelles couches, qui a caressé dans ces pages de faciles nostalgies, et des velléités de « retour à la terre ». Alain Le Goff est le héros mythologique de ces cadres et employés qui ont, eux aussi, leurs mythes, leurs tocades, leurs foucades. Le giscardisme a enfilé le chupen [sic], quoi ! (X. Grall, Le Cheval couché, 1977, 49.)
— Par ext. "veste d’homme".
8. Tire* ton chupenn. Retire ta veste. […] Utiliser ce mot hors de son contexte normal, c’est-à-dire hors d’une conversation entre Bretonnants, peut traduire le désir de mettre son interlocuteur à l’aise […]. Il peut aussi, chez les plus jeunes, être un simple signe d’affectation ; ne pas trouver ses mots en français, c’est symboliquement s’identifier aux générations anciennes, celles qui étaient censées vivre pleinement, en breton, leur celticité. (Y. Le Berre et J. Le Dû, Anthologie des expressions de Basse Bretagne, 1985, 147.)
— Au fig. tailler un (beau) chupenn à qqn loc. verb. fam. "faire une mauvaise réputation à qqn". Stand. fam. tailler un costume ; ne rien avoir dans le chupenn "ne pas être fort", notamment dans la formule de défi T’as rien dans ton chupenn ! (PichavantDouarnenez 1978). Stand. pop. t’es pas un homme ! t’as rien dans la culotte !

◆◆ commentaire. Absent de la nomenclature des dictionnaires généraux du français, chupen m. "veste de drap portée par les Bretons", localisé en Basse Bretagne, est documenté dep. 1838 (Stendhal, dans TLF s.v. bragou-bras) ; 1865 (« les types et les costumes bretons […] vont disparaissant et se fondant chaque jour dans l’uniformité française, si bien que le pantalon et la blouse de coton bleu du Normand menacent de remplacer partout le chupenn et le bragou-braz des vieux Bretons » Fr.-M. Luzel, Notes de voyage, éd. Fr. Morvan, Rennes, 1997, 20) ; 1892 (« Il était constamment vêtu en paysan. Le dimanche même, à l’église, on ne le voyait qu’avec les braies flottantes, le chupen et les houseaux de drap noir » Ch. Le Goffic, Le Crucifié de Keraklès, 1988 [1892], 76). C’est un transfert du breton de même sens (chupen 16e/17e s., Piette 90 ; chupenn, Troude 1876 et Hemon 1985), avec changement de genre, lui-même emprunté au français (de afr. et mfr. jupe f. "pourpoint ajusté sur le buste et fait d’étoffes repliées ou rembourrées" (ca 1188-Voult 1613, FEW 19, 57a, gubba et n. 1 « Fast immer von männern getragen ») avec adjonction du suffixe nominal breton ‑enn, v. Piette, French Loanwords in Middle Breton, Cardiff, 1973, 62).
◇◇ bibliographie. PicquenardQuimper 1911 ; LeBerreLeDûBret 1985, 147 ; PichavantDouarnenez 1978-1996.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Finistère, 70 % ; Côtes-d’Armor, 30 % ; Morbihan, 10 %.