consulte n. f.
les citations
1. Allier (est), Lyon, Drôme, Puy-de-Dôme (Moissat, Thiers), Corrèze Souvent fam. "visite médicale". Stand. consultation. – Je vais à la consulte (FréchetDrôme 1997).
1. Auguste insista pour qu’elle vît un médecin, je payerai les consultes, les remèdes et tout ce qu’il faudra. (J. Anglade, La Bonne Rosée, 1992 [1980], 814.)
2. Elle a profité d’une visite à un spécialiste des maladies nerveuses qu’on voyait deux fois l’an, qui me suivait pour mes crises de nerfs et me droguait au Gardénal. Ma mère a pris une petite voix hypocrite, en fin de consulte, au moment où il écrivait l’ordonnance ; elle s’est approchée du bureau :
– Et puis il faut que je vous dise une chose, docteur… Il a de mauvaises habitudes.
– Ah ?
– Il s’astique vous savez !… (Cl. Duneton, Le Diable sans porte, 1981, 16-17.)
3. Il était, le Toubib, médecin comme mes fesses. Ça ne l’empêchait pas de donner des consultes dans un coin du café. (J.-N. Blanc, Chiens de gouttière, 1989, 65.)
4. [Louise demande au facteur de rapporter des médicaments] – Dites au pharmacien qu’il en mette deux boîtes ! Qu’il y en ait pour jusqu’à la prochaine consulte ! (D. Bayon, Le Facteur de Mont-Joly, 1991, 54.)
remarques.
1. Cet emploi est distinct de consulte ou consult’, de même sens, apocope de consultation, en usage dans les milieux médicaux (entendu, par exemple, à Strasbourg, le 26 septembre 1998, d’un jeune dentiste alsacien) ; cf. Doillon, 11 juin 1984, 7 : « courant dans les milieux médicaux, hospitaliers notamment ».
2. Comme équivalent de consultation d’avocat, le terme semble aujourd’hui rare : « J’ai pas encore osé aller trouver le notaire. Mais j’ai chargé Bugou, qui allait à la foire à Sarlat, de consulter pour moi M. Jean l’avocat. Je lui ai dit de dire à M. Jean que c’était pour quelqu’un de ses parents, et comme Bugou est le fils d’un ancien domestique de son père, je suis bien sûre qu’il ne lui prendra rien pour la consulte » (G. de Lanauve, Anaïs Monribot, 1995 [1951], 153).
2. Allier, Haute-Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Ardèche, Velay, Puy-de-Dôme (spor.), Corrèze fam. "ordonnance médicale". Le pharmacien pourra te vendre ce remède sans consulte (BlancVilleneuveM 1993). J’ai laissé ma consulte sur la table de nuit (FréchetAnnonay 1995).
5. Alors y [le médecin] prenait sa plume et écrivait sus un papier les drogues qu’y fallait pas oublier de prendre et disait, en pliant sa consulte : « Çà [sic] fait dix Francs ». Rien qu’à sortir des sous, on était quasi guéri. (A. Burtin et al., Petites Histoires en franc-parler. C’est pas Dieu poss !, 1988, 65.)
6. Le « kiné » de ma fille, alors que j’avais oublié l’ordonnance du médecin, me dit [1991] : Ah ? vous avez oublié la consulte. (QuesnelPuy 1993.)
□ Dans un commentaire métalinguistique incident.
7. Pendant que mon patient se rhabille, je m’affaire à lui concocter son ordonnance, sa « consulte », comme on dit ici. (P. Perrève, La Burle, 1984 [1981], 125.)
8. Tout cela fut griffonné de cette écriture de chat qu’ont les médecins, sur l’ordonnance qu’on appelait la « consulte ». (J. Anglade, Un parrain de cendre, 1991, 78.)
3. Puy-de-Dôme (région de Brassac) fam. Tu veux aller prendre une consulte à Issoire ? "(formule que l’on dit à quelqu’un qui hésite sur le parti à prendre)" (A.-R. C., né en 1923)

◆◆ commentaire. Déverbal de fr. consulter "donner des consultations" (dep. 1579, Estienne, v. TLF), attesté dep. 1583 (GdfC) dans le sens général "action de consulter", consulte est un concurrent de consultation (emprunt au lat. consultatio attesté dès le milieu du 14e s.). Il se spécialise au milieu du 17e s. (1651, FEW ; Fur 1690) dans le sens "examen médical", avant de disparaître de l’usage général à la fin du siècle (le dernier lexicographe à l’enregistrer est le Lyonnais Pomey 1700, FEW), évincé par son synonyme (cf. Ménage 1672 « Il n’y a pas plus de trente ans que l’on disoit à Paris, Consulte de Médecins et Consultation d’Avocats. On ne dit plus que Consultation », cité par Fér 1787 s.v. consultation). Cependant, consulte se maintient depuis cette époque dans des usages régionaux (noter également la présence du type lexical dans certains patois, surtout à l’Est depuis la Belgique jusqu’en Provence, FEW) : son emploi au sens général "consultation" est signalé en Franche-Comté dep. 1753 (Brun), dans le Midi à partir de la 2e moitié du 18e s. (Sauvages 1785 s.v. consûlto [Languedoc] ; DesgrToulouse 1766 pour Toulouse ; Agde 1770), et il est bien attesté au 19e (Villa 1802 [Montpellier] ; Sajus 1821 [Lescar] ; JBL 1823 [Gironde] ; Béronie 1823 et Sauger-Préneuf 1825 [Limousin] ; Reynier 1829-1878 [Marseille] ; Pomier 1834 et 1835 [Haute-Loire], Sievrac1836 [Toulouse] ; De Gabrielli 1836 [Provence], Mège 1861 [Clermont] ; Avignon 1875 [Toulouse]) et jusqu’à la première moitié du 20e (Lambert 1902 [Bayonne] ; Brun 1931 [Marseille]). Il est aussi attesté à Lyon dep. 1803 (Molard), en Bourgogne (FertiaultVerdChal 1896), dans le Doubs (BoillotGrCombe 1929), en Suisse dep. 1585 (à Neuchâtel, Pierreh 1926 ; GPSR 4, 265), en Belgique (PohlBelg 1950) et en français d’Amérique du Nord (dep. 1775, FichierTLFQ ; GPFC 1930 ; DitchyLouisiane 1932 ; DaigleCajun 1984). Parmi les dictionnaires généraux, seuls DG et TLF indiquent ce maintien régional (« vieilli et dialectal », DG ; « vieux et régional, populaire », TLF). L’usage régional de consulte "consultation" a décliné dans la seconde moitié du 20e s., et n’est guère signalé qu’à Lyon et dans la Drôme dans les relevés régionaux (relevé au Québec dans GPFC 1930, il semble y être aujourd’hui en désuétude, comm. du TLFQ) ; cependant, le terme continue d’être employé assez couramment dans une vaste aire de la zone d’influence de Lyon, ainsi qu’en Suisse, dans le sens "ordonnance médicale", relevé au début du siècle (1907 ; déjà consurte dans le canton de Vaud en 1904), puis documenté à Lyon en 1907 et 1943 (Cottivet dans SalmonLyon 1995). L’emploi 3, qui cristallise le sens de "consultation chez un avocat", semble limité à une aire restreinte.
◇◇ bibliographie. BrunFrComté 1753 ; DesgrToulouse 1766 ; SéguierLagueunière 1770 ; Sauvages 1785 ; MolardLyon 1810 ; RollandGap 1810 ; RollandLyon 1813 ; LeGonidecBret 1819 ; SajusLescar 1821 ; BéronieTulle 1823, 341 ; JBLGironde 1823 ; SaugerPrLim 1825 ; ReynierMars 1829-1878 ; PomierHLoire 1834, 217 ; PomierHLoire 1835 ; SievracToulouse 1836 ; MègeClermF 1861 ; AnonymeToulouse 1875 ; PuitspeluLyon 1894 ; GuilleLouhans 1894-1902 ; LambertBayonne 1902 ; VachetLyon 1907, dans la définition de consurte ; BoillotGrCombe 1929 ; BrunMars 1931 ; DuraffVaux 1941, dans la métalangue ; DornaLyotGaga 1953 ; BonnaudAuv 1976 ; EscoffStéph 1976 ; ArmanetVienne 1984 ; GononPoncins 1984 « on n’emploie jamais d’autre mot » ; MeunierForez 1984 ; JaffeuxMoissat 1987, 12 ; MartinPellMeyrieu 1987 ; VurpasMichelBeauj 1992 ; BlancVilleneuveM 1993 ; FréchetMartinVelay 1993 « usuel à partir de 20 ans » ; QuesnelPuy 1993 ; VurpasLyonnais 1993 « bien connu » ; FréchetAnnonay 1995 « globalement bien connu » ; LaloyIsère 1995 ; SalmonLyon 1995 ; FréchetDrôme 1997 « globalement connu » ; FréchetMartAin 1998 « très peu vivant » ; PlaineEpGaga 1998 « presque disparu » ; ChambonÉtudes 1999, 244 ; FEW, 1094a consultare.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Ardèche, Drôme, Loire, Haute-Loire (Velay), 100 % ; Isère, 75 % ; Haute-Savoie, 50 % ; Ain, Rhône, 30 %.