cornet2 n. m.
les citations
Saône-et-Loire (Bresse louhannaise), Ain, Rhône, Loire, Isère (spor.), Drôme, Ardèche, Puy-de-Dôme (Livradois) usuel "tuyau de poêle ou, moins souvent aujourd’hui, de cuisinière". Nettoyer, ramoner les cornets.
1. […] l’histoire suivante, qui m’est arrivée en 1947, lors de ma première année d’enseignement dans un collège technique à l’Arbresle (Rhône), illustre très bien l’incompréhension totale de l’étranger au pays, quand on emploie devant lui certains mots locaux. Les classes se faisaient encore, en ces premières années de l’après-guerre, dans des locaux de fortune et avec un confort relatif. Un jour, au milieu d’une classe de français, une élève se dresse en criant : « Monsieur, les cornets du fare ! » Je n’ai pas bougé, je n’avais rien compris : les tuyaux du poêle tombaient à côté de moi. (TuaillonVourey 1983, 27.)
2. […] il dressait les cornets de poêle, il nettoyait les caves et les greniers… (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 262.)
3. Pour l’arrivée du gaufrier, on met le poêle sens dessus dessous. / Une casserole est renvoyée vers le cornet. Avec le pique-feu, on fait sauter les ronds. (L. Pralus, Mon Village sous l’hiver, 1978, 4.)
□ Dans un commentaire métalinguistique incident.
4. Mais le plus grand bouleversement des intérieurs est l’avènement des cuisinières en fonte durant la seconde moitié du xixe s. Elle se placent en avant de l’âtre mural. Les conduits de fumée (les « cornets ») s’élèvent verticalement puis gagnent, presque à l’horizontale, le trou pratiqué dans l’ancien manteau de la cheminée. Selon le modèle de la cuisinière ou les contraintes dues à la construction de la cheminée, il faut au contraire un raccord horizontal court. (BouillerRoanne 1986, 28.)

◆◆ commentaire. Absent en ce sens de la lexicographie générale, cornet est dérivé sur fr. région. corps ou cor "tuyau de conduite pour l’alimentation d’une fontaine" (dep. 1498 à Moulins ; 1515 Basse Auvergne et 1560 dans Aneau, v. ChambonMatAuv 1994 ; 1553 à Lyona ; dep. 1625 à Château-Lambert, Haute-Saône « gros cors… tant pour les pompes que pour mener l’eau sur la roue de la montagne » Musée Albert Demard. […], [catalogue], Impr. du département de la Haute-Saône, s.d., 6) ; "tuyau de poêle", parlers de l’Est : sud-est de la Champagne et de la Lorraine, Franche-Comtéb, Bourgogne (FEW ; MonnierDoubs 1857 ; BichetRougemont 1979 ; TrouttetHDoubs 1991), Vosgesc, Alsace (WolfFischerAlsace 1983), cf. dep. 1863 fr. corps "partie du poêle comprise entre le socle et la corniche", Littré) avec le suffixe ‑et (avec influence de fr. cornet, par analogie de forme). Le terme est attesté dans le français de la Loire dep. 1794 (« quatre pieds [mesure] de cornet de poelle », Inventaire à Roanne, dans BouillerRoanne 1998), de Saône-et-Loire dep. 1806 (« un poele en fonte avec ses cornet [sic] » à Saint-Germain-du-Bois, dans JeannetSLoire) et de Lyon (où le mot est attesté en afrpr., v. Stimm MélLecoy 1973, 555-556) dep. Molard 1810 (« cornet de poèle. Dites, tuyau » ; déjà en 1783 aux environs de Mâcon "tuyau de descente pour l’écoulement de l’eau", dans Mâcon 1926) et il est caractéristique aujourd’hui d’une aire compacte correspondant à la zone d’influence immédiate de Lyon.
a Claude Taillemont, Discours des Champs faëz A l’honneur et exaltation de l’Amour et des Dames, éd. critique par Jean-Claude Arnould, Genève, Droz, 1991, 280 (gloss.)
b Entendu à Ronchamp (Haute-Saône), le 31 décembre 1991, « Les voisins ont mis le feu dans leurs cors » (comm. de J.-P. Chambon) ; « Vends petit fourneau bois sans les cors + machine à coudre ancienne marque Singer, à pédales, le tout 600 F » (Le Petit Messager. Le journal gratuit du canton de Champagney [Haute-Saône] 32, mai-juin 1999, n.p.)
c « Les “corps de fourneau” attendent le ramonage » (R. Harrburger, Du pain avec du chocolat, 1995, 10) ; LesigneBassignyVôge 1999.
◇◇ bibliographie. Molard 1810 ; RollandLyon 1813 ; PuitspeluLyon 1894 ; PerraultDabotBourg 1897 ; Mâcon 1903-1926 ; VachetLyon 1907 ; ParizotJarez [1930-40] ; MiègeLyon 1937 « tout à fait courant. Le plus timoré des instituteurs le conserve » ; MarMontceau ca 1950 ; DornaLyotGaga 1953 « nom donné par les vrais Stéphanois… » ; JamotChaponost 1975, 58 ; RLiR 42 (1978), 166 ; BretogneLivradois 1980 ; ArmanetVienne 1984 ; MartinPellMeyrieu 1987 ; MartinPilat 1989 « usuel à partir de 20 ans, bien connu au-dessous » ; VurpasMichelBeauj 1992 « usuel au-dessus de 20 ans » ; VurpasLyonnais 1993 « bien connu » ; ChambonMatAuv 1994, 24-25 ; LaloyIsère 1995 ; SalmonLyon 1995 ; FréchetDrôme 1997 « usuel à Anneyron, inconnu à Saint-Gervais, globalement attesté ailleurs » ; FréchetMartAin 1998 « usuel à partir de 20 ans » ; MichelRoanne 1998, avec étymologie populaire « dérivé de corne (en forme de corne) » ; PlaineEpGaga 1998 « encore utilisé » ; FEW 2, 1215a, corpus (y rattacher les données mal classées ibid. 2, 1197a, cornu).
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96 : Ø.