enfle adj. épicène
les citations
Allier, Saône-et-Loire, Côte-d’Or (Magny-lès-Aubigny)a, Haute-Saône, Savoie, Doubs, Haut Jura, Haute-Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Hautes-Alpes, Provenceb, Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Tarn (Lavaur), Aveyron, Lozère, Ardèche, Haute-Loire, Cantal (peu us.), Puy-de-Dôme pop. Fréquent dans le syntagme tout enfle (stigmatisé ; pratiquement restreint au code oral) "qui a acquis un volume anormal, qui est atteint d’enflure (d’une partie du corps humain)". Stand. enflé, gonflé, boursouflé, bouffi. Synon. région. gonfle*. – Ton pied est bien enfle, ce soir ! (RouffiangeMagny 1983). J’ai la figure toute [sic] enfle (DucMure 1990). Il a les jambes enfles, Docteur (GononPoncins 1984). J’ai gardé la joue enfle longtemps après mon abcès (MazaMariac 1992). C’est moi qui l’ai m’née au docteur, je trouvais que son genou était encore enfle (QuesnelLe Puy 1995). Sa joue est toute [sic] enfle (FréchetAnnonay 1995). Ma main est toute [sic] enfle (MazodierAlès 1996).
a Pour la Lorraine, v. ci-dessous.
b Donné par BlanchetProv sans spécification géographique, ce qui suppose que le mot est ‘connu et usité’ dans tout le domaine exploré (cf. p. 12).
1. Un pas grand’chose, même un vrai galope-chopine que [sic] passait plus de temps à boire qu’à faire son ouvrage. […] En y regardant bien, y semble qu’il avait la trogne encore plus rouge et pis tout enfle. (A. Burtin et alii, Petites histoires en franc-parler. C’est pas Dieu poss !, 1988, 51-52.)
— Par méton. du subst. "dont une partie du corps est atteinte d’enflure (d’un humain)". Depuis qu’il a été piqué par la rascasse, il est tout enfle ! (ArmanetBRhône 1993). Elle doit être malade, tu as vu comme elle est enfle ? ça doit être les reins (PotteAuvThiers 1993).
2. Ben, y s’est fait une saprée beugne* […] … Il était tout enfle après la figure ! (L. Semonin, La Madeleine Proust en forme, 1984, 44.)
● En parlant d’un animal.
3. « Le jour où la foudre est tombée, au matin, un agneau […] s’est fait piquer par une vipère. Je vais à Pont-de-Montvert acheter le sérum. À mon retour, l’agneau était encore que plus “enfle”. » (J.-P. Chabrol, La Cévenne par ses gens, 1976, 51 [berger de Pont-Saint-Esprit, Ardèche].)
— En part.
Lorraine rural [D’un bovin] "qui souffre de météorisme, dont l’abdomen est gonflé par l’accumulation de gaz intestinaux". Stand. météorisé. Synon. région. coufle*, gonfle*. – Quand les vaches mangent trop de trèfle, elles viennent* enfles (LanherLitLorraine 1990, 67)a.
a Cette source (sur laquelle v. Roques RLiR 56, 299-302) définit enfle par "enflé" (ce qui pourrait laisser supposer que le mot existe en Lorraine avec sa valeur générale), mais produit comme unique exemple celui que nous venons de citer, dans lequel enfle possède visiblement une acception spéciale ; on ne sait pas si l’absence de localisation équivaut à ‘partout’ (cf. Roques RLiR 56, 300). Il règne donc une incertitude généralisée quant au(x) sens du mot et à sa distribution [« Montagne vosgienne » précise une comm. d’A. Litaize].
remarques. Sens relevé également dans Mâcon 1903-1926.
Doubs (Haut-Doubs), Jura (Morez) vieilli [D’un humain] "qui ressent une impression désagréable de ballonnement due à l’excès de nourriture". Stand. ballonné. Synon. région. coufle*, gonfle*, sadoul*. – Je suis enfle, j’ai trop mangé (RobezMorez 1995, 184)a.
a La source ne distingue pas, sous la glose unique "gonflé", les deux acceptions qui se laissent dégager des deux exemples.
remarques. La documentation atteste aussi Lyon être enfle jusqu’aux quinquets loc. verb. très fam. "être dans un état de grossesse avancée" (SalmonLyon 1995, avec ex. oral, Lyon 1991)a. Stand. très fam. enceinte jusqu’aux yeux.
a SalmonLyon dégage pour enfle le sens d’"être enceinte" ; nous nous fions au seul exemple, lequel illustre une locution.
— Emploi subst. Tarn (Lavaur) arg. (adolescents) "celui qui est le plus fort, celui qui gagne ; celui qui trahit le groupe auquel il appartient". Quel enfle ! (tém. J. Thomas).

sémantique. Malgré le caractère extrêmement général des gloses rencontrées dans la tradition lexicographique régionale française (on lit presque partout "enflé")a, enfle ne paraît pas admettre aujourd’hui, au témoignage des exemples fournis, les acceptions figurées de stand. enflé. En l’absence de toute précision supplémentaire, et au vu de l’ensemble des témoignages lexicographiques, on n’a pas tenu compte de la remarque de DuraffHJura 1986 : « pour enflé, avec tous les sens de ce mot ».
a On a malheureusement affaire, en réalité, dans la plupart des glossaires de régionalismes, à une équivalence de signifiant (région.) à signifiant (stand.) et non à une description du signifié.
syntaxe.
1. D’après tous les exemples (généralement forgés ou, en tout cas, jamais référencés) figurant dans les glossaires de régionalismes que nous avons pu consulter, enfle occupe typiquement une fonction prédicative (dans être enfle ou dans les tours avoir Art. N enfle, garder Art. N enfle [possession inaliénable]) ; cf. dans ce sens la remarque de PuitspeluLyon 1894 transcrite ici s.v. arrête.
2. Malgré son pied enfle, il continuait à marcher paraît toutefois recevable, bien que beaucoup moins fréquent ; mais Son pied enfle l’empêchait de marcher paraît inusuel. En fonction épithète, la post-position serait en tout cas obligatoire.
3. D’après les exemples des glossaires de régionalismes, le degré d’intensité supérieur est exprimé par tout (parfois écrit toute par certaines de nos sources quand l’adjectif est au féminin), à l’exclusion de très.
◆◆ commentaire. Adjectif verbal de fr. enfler. Régionalisme et vulgarisme lexicala de large diffusion géographique. La formation d’adjectifs verbaux (originellement tirés de verbes forts ayant été remplacés par des faibles – type d’it. uso, usare, usato –, puis diffusés par analogie) présentant l’apparence de participes passés tronqués est connue de l’italoroman (particulièrement du toscan ; Rohlfs, § 627-628), mais également, plus ou moins largement, d’autres langues romanes comme l’occitan (Ronjat 3, 333) ou le francoprovençal. En galloroman, la formation est cantonnée à des emplois purement adjectivaux, et, en français, le schème est demeuré dans l’ensemble peu productif. V. MLGramm, § 333. V. aussi ici s.v. arrête*, gâte*, gonfle*, trempe*, use*.
En l’espèce, le type *influ est représenté sur une aire cohérente de la Romania centrale comprenant la langue d’oc (occitan oriental et Massif central ou pourtour ; dep. le 13e s. ; FEW), les parlers francoprovençaux et comtois d’oïl (FEW)b ainsi que l’italoroman septentrional (lig. piém. alomb.) et le corse (FEW 4, 675b n. 4). De son côté, fr. enfle, bien qu’attesté largement et depuis une date ancienne, n’a jamais pris véritablement pied, malgré sans doute quelques velléités au 16e siècle, dans la langue centrale ou standard et n’a vécu que marginalement dans des régions périphériques et/ou, à partir de la période classique, dans des dialectes sociaux de moins en moins relevés (y compris le substandard parisien).
En français écrit, le mot apparaît dès le 13e siècle (onfle) dans un texte marqué de traits bourguignons (SThib, FEW) ; durant la période préclassique, il est employé par des auteurs méridionaux : le Provençal Vasquin Philieul (enfle de rancune), le Quercynois Olivier de Magny (enfle de felonnye) et le Vivarois Olivier de Serres, mais non exclusivement puisqu’on le rencontre aussi chez Baïf (né près de La Flèche ; enfle d’ire) et Jean Bauhin (1601 ; né à Bâle, ayant vécu à Montbéliard pendant la plus grande partie de sa vie) ainsi que dans des documents de Montbéliard (1605) et de Suisse romande (Neuchâtel 1568 ; Val-de-Travers 1623 et 1643) ; v. FEW, Huguet, Pierreh et ThomBauhin. Bien que possédant une assez nette coloration régionale, le mot ne semble donc alors exclu ni de l’écrit littéraire ni du registre stylistique élevé, et il admet des emplois figurés. À l’âge classique, en revanche, enfle n’entre que très marginalement dans la tradition lexicographique française pour se voir stigmatiser comme « barbarisme commun en Provence » par Fér 1787-1788 (« barbarisme » dès Fér 1761 ; RézSchnFéraud). Il apparaît surtout dans les recueils de cacologies (mais aussi dans la métalangue de PellasAix 1723 ; deux attestations textuelles sous la plume de bourgeois de Neuchâtel, en 1753 et 1770, à l’extrémité de l’aire, dans Pierreh) : c’est déjà une « faute grossière » aux yeux de Sauvages 1756 (s.v. ëflë ; « barbarisme » s.v. boudëfle), cf. encore LagueunièreSéguier (Agde ca 1770) ; dans la même période, enfle est également stigmatisé dans les ouvrages comtois (BrunFrComt 1753 ; SchneiderRézDoubs 1786) et romands (Genève 1691, NatschPoulain ; Merle d’Aubigné 1790 cité dans DSR)c. Au 19e siècle, où le mot jouit d’une très forte tradition dans les recueils de cacologiesd, et au début du 20e siècle, il est considéré comme un « barbarisme » « usité dans quelques endroits » par Gattel 1813 (cité dans GougDesgr 1929, 114 [Gattel est né à Lyon]) et noté dans diverses parlures du Centre-Ouest et du Centre (v. FEW ; JaubertCentre 1864), dans le français de Franche-Comté (ContejeanMontbéliard 1876 s.v. enche ; BeauquierDoubs 1881 ; BoillotGrCombe 1929), de la Saône-et-Loire (GuilleLouhans 1896-1902 ; FertiaultVerdChal 1896 ; Mâcon 1903-1926), de la Savoie (ConstDésSav 1902), de Lyon (« n’est pas français » MolardLyon 1810 ; RollandLyon 1813 ; PuitspeluLyon 1894 ; VachetLyon 1907), du Forez (« les paysans [le] disent invariablement, en croyant parler français » GrasForez 1863), de Provence (RollandGap 1810 ; ReynierMars 1829-1878 ; GabrielliProv 1836 ; BrunMars 1931), du Languedoc (DesgrToulouse 1766, 14 ; VillaGasc 1802 ; AnonymeToulouse 1875), du Rouergue (« barbarisme » ChambonVayssier 1879), de la Haute-Loire (PomierHLoire 1834-1835), du Puy-de-Dôme (MègeClermF 1861), de la Gironde (JBLGironde 1823), ainsi que, last but not least, dans le français populaire de Paris (Bauche 1928 ; cf. aussi gonfle, de formation parallèle, relevé, lui, dans le basilecte de la capitale dès Desgranges 1821, v. GougDesgr 1829).
Dans la seconde moitié du 20e siècle, l’aire demeure très vaste et s’étend sur une large portion orientale de l’espace francophone d’Europe, de la Côte-d’Or à l’Allier et à la Haute-Garonne (comm. de B. Moreux), et de la Haute-Saône (aussi en Lorraine, assuré dans un sens secondaire) à la Provence en passant par la Suisse romande. Elle exclut cependant une large fraction occidentale du domaine occitane, et les positions que le mot a occupées dans le Centre-Ouest, le Centre et le Sud-Ouest semblent avoir été perdues. V. carte. L’existence de correspondants dans les parlers dialectaux a pu aider au maintien du mot (dans les couches sociales les moins accessibles aux pressions de la norme nationale), mais elle a aussi, dans le même temps, favorisé sa stigmatisation, avec pour conséquence la restriction diastratique / stylistique de son usage, restriction de plus en plus forte dans les milieux en quête de distinction langagière, et donc, en définitive, a contribué à son recul. Parmi les facteurs positifs ayant permis la résistance à la stigmatisation, il faut surtout compter le fait que enfle a été adopté et diffusé par Lyon, ville significativement placée au centre de l’aire actuelle et seul centre français capable, en dehors de Paris, d’autonomie et, à travers ses relais plus ou moins lointains, de rayonnement linguistique à très large échelle supra-régionale. Mais, à Lyon même, MiègeLyon note le mot comme « vieilli et populaire » dès 1937 et les dernières attestations sûres sont antérieures à la Guerre de 1939-1945 (ex. de 1928 dans VurpasLyonnais, de 1932 dans SalmonLyon, tous les deux tirés de l’Almanach des Amis de Guignol) : on aurait affaire à un cas classique de poursuite de la norme nationale.
Régulièrement relevé par les glossaires de régionalismes du fait de la forte stigmatisation qui le frappe, enfle semble aujourd’hui évité, là où il est connu, par les locuteurs tant soit peu cultivés, même dans le discours oral familier. Son accès à l’écrit est pratiquement nul (deux exemples, v. ci-dessus, dans le corpus du DRF, le premier dans un ouvrage qui se plaît à accumuler les régionalismes-vulgarismes hyper-marqués, le second reproduisant le discours oral) : cette limitation diamésique (également constatée en Suisse romande, v. DSR) va de pair avec l’appartenance à un registre stylistique peu élevé et une nette restriction diastratique (bien que sur sur ces divers plans aucune marque n’apparaisse dans la lexicographie régionale de la seconde moitié du 20e siècle). Le mot est d’ailleurs considéré seulement comme « pop. » par TLF (Ø GLLF et Rob 1985) et il a trouvé place dans GuiraudPop 1965 et CaradecArgot 1977-1998 : bien que fondées, ces notations n’en sous-estiment pas moins la spécificité de la distribution géographique.
Au total, enfle jouit d’une tradition relativement large et profonde en français, mais son emploi est aujourd’hui et depuis longtemps affecté par une série de restrictions de plus en plus sévères sur les plans aréal, codique, social et diaphasique. Sur tous ces plans, il peut être considéré comme marginalisé et en recul devant son concurrent standard enflé.
À considérer (aux points de vue historique et aréologique) la documentation disponible dans son intégralité, telle qu’on vient de l’esquisser ci-dessus, quelques constats se dessinent :
– (i) enfle ne présente pas d’affinité privilégiée avec le domaine francoprovençal en tant qu’aire dialectale (cela malgré une certaine tradition de la lexicographie régionale paraissant remonter à EscoffStéph 1976 et à TuaillonRégGramm 232-233), puisqu’on le trouve aussi bien à Paris que dans l’Est jusqu’en Lorraine ou en Roussillon et qu’il est absent, inversement, du français du Val d’Aoste (Ø MartinAoste 1984), indication qui suggère fortement qu’on a affaire à une force d’intercourse franco-lyonnaise moderne et non à une aréologie francoprovençale de type ancien.
– (ii) L’ensemble des faits connus ne peut guère recevoir d’explication satisfaisante dans une optique polygénétique où les divers « substrats dialectaux » joueraient le rôle déterminant (emprunt au francoprovençal ici, à l’occitan là, au lorrain ailleurs, au patois de Paris, sans doute, à Paris, et ainsi de suite), et ce malgré de nombreuses affirmations étymologiques (BlancVilleneuveM, MartinPellMeyrieu, VurpasMichelBeauj, BlanchetProv, CampsLanguedOr, CovèsSète, MazaMariac, MazodierAlès) allant dans ce sens. Le caractère supra-dialectal de l’aire de diffusion est patent.
– (iii) À cet égard, on notera, en particulier, aux extrémités de l’aire, que le catalan ne connaît point la formation (Ø infle dans AlcM et BotetVocRoss) alors que le mot est présent dans le français de la région, et qu’un sens aussi rural et technique et aussi peu diffusé que "météorisé (vache)" (en Lorraine, v. ci-dessus) est dépourvu de correspondant au plan dialectal d’après ALLR 253 (les patois lorrains n’emploient, à côté d’autres types, que ⌈ enflé ⌉).
– (iv) On fera observer, enfin, que là où la direction de l’emprunt peut être irrécusablement décelée par des critères de forme phonique, il apparaît que ce sont les parlers dialectaux qui ont emprunté le mot (comme, souvent alors, toute la famille de enfler) au français, et non l’inverse. On considérera dans ce sens castr. anfle (CouziniéCastr 1850), aveyr. ónfle (Vayssier 1879)f, largement confirmés par Tarn ['ã(n)flo, ‑a] et Aveyr. ['õflo, 'ã-] (f., ALMC 1277 ; ALLOc 1172), ainsi que HGar. TarnG. Lot ['ã(n)flo] (f., ALLOr pt 31.30, pts 82.10-13, 82.30, 46.15, 46.16, 46.24, 46.25), HLoireN. ['ãfla] (f., ALMC 1278* pt 10W), reposant tous, indéniablement, sur fr. ['ã(ɱ)fl] – situation peu surprenante, toutes choses égales par ailleurs, étant donné la position d’infériorité sociolinguistique de l’occitan. De même, d’assez nombreux points francoprovençaux d’ALLy 367 et ALJA 1402 (sud de la Loire, nord-ouest de l’Isère, est de la Haute-Savoie) présentent ['ãfla] (f.) là où on attendrait [ɛ̃-]. On en retire l’impression que le français a pu être le vecteur par lequel le mot s’est introduit dans nombre de patois, plutôt que l’inverseg : le processus peut être saisi in vivo au point 10 (nord de la Haute-Loire) d’ALMC 1278 où l’autochtone ['yfla] (f.) était « vieux » au moment de l’enquête, tandis que ['ãfla], emprunt évident au français (régional), était (devenu) le mot usuel.
C’est pourquoi on s’en tiendra, en définitive, à l’enseignement d’A. Brun : « enfle […] vieux mot qui a subsisté [en Provence et] en d’autres régions » (BrunMars 1931).
a Ce particularisme est situé par Colin (1992, 1994), de façon aberrante, au niveau phonologique ; il est caractérisé par d’autres auteurs (EscoffStéph 1972 ; EscoffStéph 1976 ; TuaillonVourey 1983, 3 ; FréchetAnnonay 1993, 37 ; cf. TuaillonRégGramm 232-233) comme un régionalisme grammatical, ce que l’on sera porté à contester, la classe des adjectifs verbaux étant toujours non-productive en français (et comportant, au reste, un nombre très divers d’unités suivant les variétés) ; il y a à notre sens, en français, stockage dans le lexique sans qu’on puisse poser l’existence d’une règle phonologique ou d’un procédé morphologique actif. L’aspect grammatical de notre régionalisme est probablement à situer ailleurs, à savoir dans ses propriétés syntaxiques particulières (v. ci-dessus Synt.).
b Les données du FEW sont à compléter par ALCB 935, 1042* ; ALFC 727 ; ALB 1074 pt 11 et 119, 1227 ; DuraffGloss 3514 (qui glose « “enfle” = enflé, ‑ée » ; on corrigera l’index) ; ALJA 673 pt 63, 1402 ; ALLy 367 (et 5, 271) ; ALLOc 1172 ; ALMC 1277, 1278*.
c Noter aussi, du point de vue chronologique, la présence de ['ãfl] dans le parler de la colonie réformée de Friedrichsdorf (FEW), colonie fondée en 1687 et dont les membres étaient originaires du Dauphiné, du Languedoc, mais surtout de Champagne et de Picardie.
d En France, mais aussi en Suisse romande (cf. les sources citées dans Pierreh).
e En Auvergne où le mot est, dans l’ensemble, réputé ‘connu’ ou ‘employé’ auprès de 95 % des témoins, on note néanmoins une différence significative dans la répartition des réponses entre le Puy-de-Dôme (où le mot est déclaré ‘employé’ par neuf témoins sur onze) et le Cantal (où il n’est déclaré ‘employé’ que par un témoin sur neuf) ; enq. DRF.
f Formes citées par FEW, mais sans commentaire. À Lavaur (Tarn), le terme occitan exprimant la même notion est confle.
g À noter également que fr. enfle est relevé dans des zones (Aveyron, Ardèche, Haute-Loire, Cantal) où les parallèles occitans peuvent revêtir des formes dont les vocalismes toniques (['y-], ['i-], ['e-]) s’écartent fortement du français (cf. ALMC 1277, 1278*) et échappent à toute correspondance véritablement régulière avec lui. En Haute-Loire où fr. enfle est usuel et où l’on dispose d’un relevé particulièrement serré (ALMC 278, 278*), le type à nasale initiale est absent sauf au point (10W) où le mot est visiblement emprunté au français
◇◇ bibliographie. FEW 4, 673a, inflare ; Huguet ; GPSR 6, 419 ; GougDesgr 1929, 114 ; GuiraudPop 1978, 61 (« le radical verbal peut aussi faire fonction d’adjectif et se substituer au participe passé ») ; NatschPoulain 67 ; ThomBauhin 1981, 147 ; Gebhart HommageGardette 1975, 194 ; GrevisseGoosse 1993, § 173 a ; PellasAix 1723 dans la définition de boufi ; BrunFrComt 1753 ; Sauvages 1756 s.v. ëflë et boudëfle ; LagueunièreSéguier [ca 1770] ; SchneiderRézDoubs 1786 ; RézSchnFéraud [1787-88] ; VillaGasc 1802 ; MolardLyon 1803-1810 ; RollandGap 1810 ; RollandLyon 1813 ; JBLGironde 1823 ; ReynierMars 1829-1878 ; PomierHLoire 1834 ; PomierHLoire 1835 ; GabrielliProv 1836 ; MègeClermF 1861 ; GrasForez 1863, 175 ; JaubertCentre 1864 ; AnonymeToulouse 1875 ; ContejeanMontbéliard 1876 s.v. enche ; ChambonVayssier 1879 ; BeauquierDoubs 1881 ; PuitspeluLyon 1894 ; GuilleLouhans 1894-1902 ; FertiaultVerdChal 1896 ; ConstDésSav 1902 ; Mâcon 1903-1926 ; VachetLyon 1907 ; BoillotGrCombe 1929, 41 et s.v. ãfl ; BrunMars 1931, 17 et s.v. ; MussetAunSaint 1932 ; DoillonComtois [1926-1936] enfle "enflé" ; MiègeLyon 1937 « vieilli et populaire » ; BigayThiers 1943 ; MichelCarcassonne 1949, 17 (« dans le Gard » ; Ø Carcassonne où l’auteur relève seulement trempe) ; DornaLyotGaga 1953 s.v. arrête (1981 ; « beaucoup de participes passés du premier groupe, surtout ceux fréquemment employés comme adjectifs[,] perdent l’é fermé final. Ex. : gonfle, trempe, enfle, etc… ») ; ManryClermF 1956, 402 ; GuiraudPop 1965, 57 (= GuiraudPop 1978, 61 ; « le radical verbal peut aussi faire fonction d’adjectif et se substituer au participe passé » : erroné sur le plan historique) ; DuraffGloss, § 3514 (dans la métalangue) ; LanlyAfrNord 1970 ; GagnonBourbonn 1972 ; EscoffStéph 1972, 66 (« enfle ou riffle ») ; Gebhardt RLiR 38, 1974, 193 "enflure" ; DuprazSaxel 1975, 19 ; BonnaudAuv 1976 ; EscoffStéph 1976, 366 (« procédé de dérivation postverbale […] très répandu dans les patois foréziens » : peu exact au point de vue historique ; « le français local a hérité de ces “déverbaux” et en a peut-être ajouté quelques-uns ») ; CaradecArgot 1977-1998 ; NouvelAveyr 1978 ; BichetRougemont 1979 ; MédélicePrivas 1981 « très courant » ; FéliceChambonL 1983 s.v. êfl- ; RouffiangeMagny 1983 ; TuaillonRézRégion 1983 (Privas, Drôme, Provence) ; TuaillonVourey 1983, 3 et s.v. « très courant, bien qu’on dise aussi enflé, enflée » ; ArnouxUpie 1984, 26 joue enfle ; GononPoncins 1984 « très usuel, même chez les gens très jeunes » ; BouvierMars 1986 « adjectif provençal de structure française qui semble être une déformation de : enflé » [sic] ; DuraffHJura 1986 « très usuel », « pour enflé, avec tous les sens de ce mot » ; MartinPellMeyrieu 1987 (« Etym. : substrat dialectal […] ») ; MartinPilat 1989 « usuel à partir de 20 ans, attesté au-dessous » ; MaurelFirminy 1989 ; DucMure 1990 ; LanherLitLorr 1990 ; BlanchetProv 1991 (« du provençal enfle » ; « existe en certaines langues d’oïl » [sic]) ; CampsLanguedOr 1991 « partout » (« de l’occitan ») ; CampsRoussillon 1991 (sans étymologie) ; DondaineMadProust 1991, 77 (Morteau) ; DromardDoubs 1991 et 1997 ; LangloisSète 1991 ; TavBourg 1991 (« usuel en Saône-et-Loire ») ; TrouttetHDoubs 1991, 49 "repu" ; ColinParlComtois 1992 (« Étym. de enflé, avec amuïssement du /e/ final courant en Franche-Comté) [sic !] ») ; MazaMariac 1992 (exprime « le résultat de l’action. On entendra ainsi ma joue a enflé, mais j’ai la joue enfle ou ma joue est encore enfle ») ; VurpasMichelBeauj 1992 « connu au-dessus de 40 ans, en déclin au-dessous » (« emprunté au patois » ; ArmanetBRhône 1993 ; FréchetMartVelay 1993 « usuel » (« comme en dialecte » [mais Ø ALMC 1278, 1278*]) ; BlancVilleneuveM 1993 « usuel au-dessus de 20 ans, encore connu à 30, non attesté à 20 » [sic] (« S[ubstrat] D[ialectal] enflo ») ; PotteAuvThiers 1993 ; VurpasLyonnais 1993 « bien connu » ; J.-P. Colin, dans Langue, histoire et vie quotidienne dans la région de Mignovillard 2, 1994, 17 (imagine une « véritable règle phonologique de la disparition du /e/ en finale dans gonfle, enfle » etc.) ; CovèsSète 1995 (« de l’oc. enfle ») ; FréchetAnnonay 1995, 37 et s.v. « usuel » (« régionalisme grammatical » : contestable ; « ces formes ne sont employées que comme adjectifs marquant l’état ; elles coexistent avec des formes de participe passé normales [sic] qui sont utilisées pour indiquer l’action » ; bibl.) ; QuesnelPuy 1995, 5 et n. 1 et 3 (« adj. employé adverbialement », « les mots concernés n’expriment que des états et ne se conjuguent [sic] bien qu’avec le verbe être (ou équivalent, se trouver…) », « enfle et trempe ne doivent rien au dialecte de façon directe ; en occitan, se [sic] serait plutôt des calques du français avec adaptation au dynamisme normal de la langue empruntante ») ; RobezMorez 1995 (« mot ancien ; actuellement on dit enflé, enflée. Adjectif déverbal qui indique le résultat de l’action ») ; SalmonLyon 1995 ; GermiChampsaur 1996 (dont le commentaire parle de enfla [!]) ; MazodierAlès 1996 ; FréchetDrôme 1997 « globalement bien connu » ; ValMonceau 1997 ; FréchetMartAin 1998 ; MichelRoanne 1998 « globalement connu » ; BouisMars 1999 ; ChambonÉtudes 1999, 186 ; LesigneBassignyVôge 1999 ; MoreuxRToulouse 2000 « connu de presque tous nos informateurs âgés (bien que Séguy ne l’ait jamais entendu : § 177) ».
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Haute-Loire, Lozère, Puy-de-Dôme, 100 % ; Cantal, Gard, Hérault, 90 % ; Pyrénées-Orientales, 80 % ; Aude, 60 %. EnqCompl. 1999. Taux de reconnaissance : Var, 90 %.