ételle n. f.
les citations
Bourgogne (spor.), Haute-Marne (est), Lorraine, Franche-Comté vieillissant Surtout au pl. "lame ou lamelle de bois détachée par la hache". Des ételles ramassées autour des souches (R. Collin, Les Bassignots, 1969, 36). « Ételles » qu’on ramassait près des futaies abattues (A. Nicoulin, Le Dessus du Mont, 1979, 199). On ramassait des ételles, qu’on appelait, dans le bois (G. Grosjean, ca 80 ans, Ronchamp [Haute-Saône], enq. orale, 13 juin 1987). Les ételles glanées après le passage des bûcherons (H. Lesigne, Un garçon d’Est, 1995, 230).
1. Le Baptiste met une poignée d’ételles dans le fourneau qui reprend aussitôt son ronflement. (J. Desgênes, La Grange du Hazard, 1949, 37.)
2. Thérèse bourra le poêle d’étélles [sic], mit les fers au chaud, délaya la pâte où très ostensiblement elle laissa tomber l’œuf à deux jaunes […]. (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 32.)
3. Et les cognées recommençaient leur répons : le coup sourd pour tailler, le coup clair, à plat, pour faire sauter l’ételle. (H. Vincenot, La Billebaude, 1978, 48.)
4. Ils [les scieurs de long] travaillaient en équipes de trois. L’un était équarrisseur. Il marquait avec un cordeau frotté de craie de couleur la partie à supprimer et avec sa cognée adroitement, en faisant de grosses ételles[,], il laissait une surface nette. (R. Bichet, Un village comtois au début du siècle, 1979, 29.)
5. Elle jeta quelques ételles dans la cheminée pour raviver la flamme, y plaça deux rondins pour faire des braises. (A.-M. Blanc, Pays-Haut, 1988, 13.)
6. […] nous devions également désherber les carrés de légumes du jardin familial, ramasser les « ételles », glaner les poirottes [= pommes de terre], le blé et autres céréales, mais dès que nous avions un morceau de temps libre, vite, nous allions à la maraude. (J. Lazare, L’Ami Pouchu, 1988, 113.)
7. J’ai connu un vrai bûcheron […], il ne se pressait jamais. Quand il avait un arbre à abattre, il cherchait déjà longuement la direction de chute. Il frappait ensuite, lentement, l’outil bien en mains, mais en quelques coups il enlevait une « ételle » épaisse et de la surface d’une assiette. (P. Gardot et S. Mandret, Hugier, d’une guerre à l’autre, 1999, 169.)
8. Tout aussi bien rangées, mais placées sur un autre côté de la coupe, les « cassures »[,] les morceaux déchiquetés par la chute des arbres[,] et les « ételles » sont propriété du bûcheron. Mais ce dernier n’en dispose qu’après le débardage. (Le Pays, 8 février 2000, 21 [Article sur un bûcheron de Petitmagny, Territoire-de-Belfort].)
Loc.
aller aux ételles loc. verb. "aller ramasser des copeaux après l’abattage".
□ Avec un commentaire métalinguistique incident.
9. Moi ? Eh bien, j’irai aux mousserons, aux morilles, aux jaunettes [= chanterelles], j’irai aux ételles. (H. Vincenot, La Billebaude, 1978, 179.)
10. C’est dans une des deux parcelles voisines de la Source [du Planey] […] que je suis allé pour la première fois aux ételles. Voilà un vieux mot que l’on pourrait croire patois, mais qui, comme tant d’autres, fait bel et bien partie de notre bon vieux français. Prenez un Larousse universel, vous y lisez : ételle […]. (J. Reyboz, Douceur d’automne, 1984, 77.)
Ardennes, Haute-Marne, Lorraine on ne charpente pas sans ételles loc. phrast. "c’est en forgeant qu’on devient forgeron ; on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs" (FEW 25, 599a). Pour une omelette on casse des œufs et […] on ne peut charpenter sans ételles (R. Rogissart, Le Fer et la forêt, 1940, 39).
Var. libre.
11. – Nos armées sont vaillantes aussi, puisqu’elles ont pu les arrêter, seulement ça n’a pas dû se faire sans fracas et sans peine !
Abat-on un arbre sans ételles ? (J. Rogissart, Les Retranchés, 1955, 14).
Doubs (Montbéliard)〉 ne pas retourner une ételle loc. verb. "être très paresseux" (DuchetSFrComt 1993).
● Comme terme de comparaison. Ardennes, Haute-Marne sec/maigre comme une ételle loc. adj. "très sec, très maigre".

encyclopédie. Dans l’économie traditionnelle, les ételles étaient ramassées pour servir à allumer ou à entretenir le feu ; leur ramassage, après abattage d’une coupe en forêt, pouvait être réglé par contrat (cf. FleischJonvelle 1951).
◆◆ commentaire. Mot caractéristique du français du nord-est de la France (à l’exception de l’Alsace) et du nord de la Suisse Romande – zones où il est bien attesté à partir de la fin du 17e s. – ainsi que de la Wallonie (où la densité des attestations connues est moins grande) ; v. FEW pour le détail des localisationsa. Le mot a été retenu dans les variétés françaises dans le sens de "lame ou lamelle de bois détachée à la hache" sur une aire bien plus restreinte que celle occupée par les descendants dialectaux galloromans de stella (forme secondaire de astella) possédant ce sémantisme ; le français de Wallonie a connu surtout estal(l)e (16e–18e s.), plus proche de la forme dialectale (cf. aussi frm. estalle bern. 1696, GPSR 6, 778a, ainsi que etalles neuch. 1703, Pierreh). Le mot exprime (par opposition à copeau) une distinction lexicale inconnue de la variété standard ; son accès à certaines normes régionales, son statut et aussi son implantation ont probablement été assurés et soutenus par l’usage écrit administratif et juridique (cf. BeauquierDoubs, texte de 1776 ; FleischJonvelle 1951, 34) lié aux contrats de bûcheronnage dans des régions d’intense activité forestière (zones des Vosges et du Jura). En revanche, la pénétration en français central contemporain est nulleb, bien que ételle soit enregistré sans marque par certains dictionnaires généraux de Boiste 1803 à nos jours (Lar 1983, Rob 1985, TLF) ; comme terme diatopiquement marqué, sa tradition lexicographique remonte à LittréSuppl 1877. Malgré la vigueur des traditions savantes régionales qui font remonter le mot à hastella/hastula "petit bâton" (BeauquierDoubs 1881), hastella "petite lance" (TavBourg 1991 ; TamineArdennes 1992), ou encore à axis + « le suffixe diminutif -t-ella » (RobezVincenot 1988), c’est l’étymon (a)stella qui est couramment admis par les romanistes. La loc. on ne charpente pas sans ételle est attestée dep. MichelLorr 1807 ; sec/maigre comme une ételle, attesté dep. MichelLorr 1807 (cf. encore É. Moselly, Rouet, 1907, 24), est un type locutionnel très répandu dans les parlers dialectaux (FEW 25, 599-600).
a Y ajouter ALPi 192 pt 98 et Saint-Albain, Saône-et-Loire (1785 « un chard d’etelles ou eclats », JeannetSLoire). La localisation savoyarde donnée par Littré 1877 n’est pas confirmée par d’autres sources ; ConstDésSav 1902 accorde d’autres valeurs au mot français.
b Les ex. littéraires suivants ont un caractère régional : Erckmann-Chatrian, L’Ami Fritz, 1864, 63 ; Goncourt, Journal, 1870, 630, cf. M. Fuchs, Lexique du Journal des Goncourt, Paris, 1912, 64 ; Moselly, Le Rouet d’ivoire, 1907, 24 ; Bertrand, Jean Perbal, 1925, 53.
◇◇ bibliographie. ContejeanMontbéliard 1876 s.v. aîtelle ; BeauquierDoubs 1881 ; CollinetPontarlier 1925 (dans la métalangue s.v. retaillons) ; Mâcon 1926 s.v. clapon, dans la définition ; ZéliqzonMetz 1930 ; BruneauMsArdennes [etel] "copeau (de hache)" ; PohlBelg 1950 ; CrouvChampagne 1975 ; DelortStClaude ca 1977 ; BichetRougemont 1979 ; RobezVincenot 1988 ; LanherLitLorr 1990 ; TavBourg 1991 ; TrouttetHDoubs 1991 ; FréchetMartAin 1998 "bûche" ; LesigneBassignyVôge 1999 ; FEW 25, 597b, 599a, 599-600, astella ; GPSR 6, 776-779.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Haute-Saône (sud), 100 % ; Vosges, 70 % ; Territoire-de-Belfort, 65 % ; Doubs, Jura, Haute-Saône, 30 % ; Meurthe-et-Moselle, Moselle, 25 % ; Meuse, 15 % ; Bourgogne, 0 %.