foirail n. m.
les citations
1. Bretagne, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Centre-Ouest, Allier, Saône-et-Loire, Côte-d’Or, Ain, Loire (Forez), Aude, Ariège, Haute-Garonne (Toulouse), Lot, Aveyron, Lozère, Haute-Loire (Velay), Auvergne, Limousin, Dordogne, Aquitaine usuel "place où se tiennent régulièrement les foires, spécialement les foires aux bestiaux". Stand. champ de foire. – Les foirails (M. Rolle, « Ambert », RA 80, 1966, 53) ; sur le foirail (L. Gachon, La Petite-fille de Maria, 1974, 90, 114 ; Cl. Duneton, Le Diable sans porte, 1981, 139, 140 ; G. Duby, La Société aux xie et xiie siècles dans la région mâconnaise, Paris, 1988 [1953], 50 ; Y. Brochet, « Allez, tôpette ! », 1998, 23) ; au bout du foirail (M. Chaulanges, Le Roussel, 1972, 59) ; arriver au foirail (R. Poussif, « Les foires à La Souterraine, jadis », Ethnologia 57-60, 1991, 249) ; foirail aux bestiaux (L. Gachon, La Petite-fille de Maria, 1974, 90) ; le foirail aux cochons (Pays et gens de France, n° 12, la Dordogne, 10 décembre 1981, 29) ; le foirail des veaux (G. de Lanauve, Anaïs Monribot, 1995 [1951], 12) ; l’ancien foirail (J. Mallouet, Jours d’Auvergne, 1992 [1975], 288) ; les allées du foirail [de Podensac, Gironde] (Sud-Ouest, éd. Sud-Gironde, 12 juin 2000).
1. Baptiste contemplait une manifestation folklorique qui se déroulait sur le foirail […]. (M. Cros, « Visite à l’Hospice du Malzieu », Lou Païs 153, mars-avril 1969, 67.)
2. Art. 7 – La réunion des bêtes du bourg* se fera au foirail, aux mêmes heures que les années précédentes. (Saint-Urcize, Cantal, règlement du berger communal, 15 avril 1964, cité dans L’Aubrac 2, 1973, 120.)
3. Notons ce fait capital que le marché est un champ clos de la lutte des classes, que ce concept n’est pas absent de notre recherche et qu’il est abondamment explicité ailleurs, nous avons eu un tort c’est de ne pas le situer là, sur le foirail, où il atteint sans doute son paroxysme, sous des échanges très ritualisés. (D. Fabre, dans Via Domitia 19, 1976, 48.)
4. Tournant le dos à l’école, je commençais par un détour vers le foirail d’où venait une énorme rumeur de cheptel rassemblé : veaux rechignants, verrats agressifs, truies monstrueuses, moutons aveuglés, agneaux bêlants, génisses placides… Virils en diable, les hommes discutaient âprement ce troc éternel où la vie à quatre pattes est à la merci d’un « tope-là ! » retentissant. (M.-P. Grégoire, dans Revue du Rouergue 32, 1978, 42.)
5. L’été dernier, à Meyssac, le libraire de l’endroit avait organisé, en plein foirail, une vente-dédicace d’ouvrages régionaux. Les auteurs et les vaches se côtoyaient fraternellement. (D. Tillinac, Spleen en Corrèze, 1979, 79.)
6. Nous jouions au rugby – sans avoir l’occasion d’assister à un vrai match – et, sur le foirail, les grands étaient bien obligés d’accepter les petits à partir de sept ans pour compléter leurs équipes. (M. Bailly, Le Piosou, 1980, 47.)
7. Il faut se trouver le mercredi matin à la foire de Parthenay, premier marché aux bestiaux de France ; car, si certains peuvent regretter la cohue ancienne, alors que le foirail était au cœur de la ville, la puissance du nouveau marché est saisissante. (Pays et gens de France, n° 57, les Deux-Sèvres, 25 novembre 1982, 9-10.)
8. Sur le foirail, on ne fait pas qu’acheter ou vendre des bêtes. En bordure, les commerçants sédentaires ou ambulants offrent aux chalands tout ce dont a besoin une exploitation : les sonnailles, le sel, le fil de fer, des outils. (M. Prival, dans P. Bressolette (dir.), Les Monts d’Auvergne, 1983, 234.)
9. […] les anciens étaient alors des philosophes, d’autant plus précieux qu’ils ignoraient tous les systèmes. Ils n’enseignaient rien, mais ils guidaient. […] Les jeunes espèrent beaucoup plus des boîtes magiques que des cerveaux ralentis. Et ils n’ont pas obligatoirement tort. Notre génération aura été la dernière à pouvoir écouter les mots rares et lourds des vieillards assis sous les ormes du foirail. (G. Delaunay, Le Petit Chouan, 1985, 39.)
10. Et ce fut d’abord le foirail, un foirail débordant de bêtes grasses ou maigres venues de tous les horizons des terroirs voisins. (R. Blanc, Les Amours de l’oncle César, 1986, 75.)
11. L’Escagon courut sur le foirail et Maljean, suivi de Yann, se fraya un chemin de fierté entre les curieux. (Ch. Le Quintrec, Chanticoq, 1986, 41.)
12. Sur un foirail immense, ils ont choisi un joli bourricot, guère plus gros qu’une chèvre, mais râblé et qui promettait de devenir robuste. (G. Chevereau, Une enfance à la campagne, 1988 [1987], 82.)
13. À l’opposé du café, l’église romane appelait pour l’office du matin. Des ormes, plantés de part et d’autre d’un passage sablonneux menant au foirail, la séparaient de la boutique peinte en bleu du boulanger-pâtissier. (Chr. Signol, Les Chemins d’étoiles, 1988 [1987], 52.)
14. À première vue, la foire suppose qu’il y a vente d’animaux sur un lieu spécifique le foirail […]. (J. Blanchon, dans Bïzà Neirà 58, 1988, 30.)
15. Et sur tout le foirail règne une odeur capiteuse qui m’est familière, faite de senteurs mélangées : celle du foin, du fourrage, des victuailles… mêlées au relent des bœufs, de leur sueur, de leurs crottes et de leur urine. (G. Laporte-Castède, Pain de seigle et vin de grives, 1989, 158.)
16. Sur le foirail aux vaches rouges, les transactions ont débuté tôt ce matin, à l’heure où les dernières étoiles se sont voilées d’une brume d’aurore naissante. (Massif Central Magazine 5, septembre-octobre 1994, 81.)
17. C’est dans les mêmes eaux que la place contiguë au boulevard et qui servait, depuis la Gaule romaine, sans doute, de foirail, fut promue à la dignité de parking, le sol de terre battue recouvert de goudron et, l’instant d’après, de voitures. Les paysans en sarraus noirs, le bétail mugissant qu’ils menaient, deux fois par semaine, jusqu’au cœur de la ville, les vieux mots du dialecte d’oc furent relégués à la périphérie […]. (P. Bergounioux, La Mort de Brune, 1996, 134.)
18. L’espace qu’elle [la place de Châteauneuf-de-Randon] régit avait grand caractère, jadis : beau foirail percé au cœur de la bourgade sur son roc, elle-même commandant le plateau vide, ondoyant et venteux. (R. Camus, Le Département de la Lozère, 1996, 137.)
19. Les cours des deux dernières semaines au foirail de Saint-Christophe [-en-Brionnais, Saône-et-Loire] témoignent du malaise […] (F. Grosrichard, dans Le Monde, 30 août 1996, 6.)
20. – […] c’est juste derrière, au bout de l’ancien foirail […]. (A. Aucouturier, L’Arthritique de la raison dure, 1999, 35.)
21. La grande foire de la Saint-Michel a attiré une foule énorme. Mille bovins meuglent en chœur, attachés aux barres métalliques du foirail. (J. Mallouet, Les Jours chiffrés, 1999, 267.)
22. Aux abords du foirail de Maurs-la-Jolie, bourg cantalien d’environ 2 500 habitants, jeudi 6 mai au lever du jour, une queue de voitures, de camions et de bétaillières finissait de trancher quelques lambeaux de nuit à grands coups de phares. […] La plus grande foire aux chevaux lourds de France s’ouvrait une nouvelle fois, aux confins du Cantal, de l’Aveyron et du Lot. (Le Monde, 11 mai 1999, 13.)
23. Le traditionnel marché primé aura lieu sur le Foirail de Marjevols, le lundi 10 avril. (La Lozère nouvelle, 10 mars 2000, 18.)
V. encore s.v. bourg, ex. 13.
remarques. Tend parfois à devenir un mot-souvenir du fait de la délocalisation des foires aux bestiaux hors centre-ville et de leur disparition progressive (cf. ex. 7 et 17). Le mot est largement représenté en odonymiea.
a Notamment à Agen, Albi, Bayonne, Le Malzieu, Lourdes, Montluçon, Tarbes ; dans des noms de restaurants ou de cafés à Allanche, Espalion, Figeac, Laugnac (Lot), Lannemezan, Puy-Guillaume, Riom-ès-Montagnes. (Sources : Plans guides Blay ; Minitel 1996.)
2. Par méton. "foire aux bestiaux".
24. De là-haut, ils voyaient du monde sur la place d’où montait une rumeur de foirail. (M. Chaulanges, Les Mauvais Numéros, 1971, 29.)
25. Au bas de la charrière* pentue et rocailleuse, se tenait le foirail des agneaux et, à la montée, le foirail, si l’on peut dire, des domestiques. (M. Chaulanges, Le Roussel, 1972, 103.)

◆◆ commentaire. Régionalisme de très large extension : non seulement Centre-Ouest, Sud-Ouest, Massif Central (dont le Forez, si l’on en croit l’ex. 6), Saône-et-Loire (Mâcon 1926 ; ex. 19), mais encore – diffusion peut-être récente qui s’explique sans doute par le canal du parler des professionnels – Ouest (Morbihan, ex. 11 ; Sarthe, ex. 12 ; Saint-Lô, Rostrenen, Châteauneuf-du-Faou, Chauteaubriant, Laval, tous Minitel 1992 et 1996), Semur-en-Auxois, Bourg-en-Bresse et Rethel (tous Minitel 1996 ; cf. aussi Claudel dans TLF). Attesté dep. ca 1465, en Basse Auvergne (Ambert, Chroniques historiques d’Ambert et de son arrondissement 10, 1988, 67 ; Langeac 1664, Gonfanon 51, 9), en Limousin dep. 1825 (SaugerPr, v. FEW) et enregistré dans la lexicographie générale (comme régionalisme) dep. LittréSuppl 1877 (ex. de 1874, concernant Cournon, Puy-de-Dôme), puis DG 1894. Le mot est souvent réputé emprunté (GebhardtOkzLehngut 1974, 356), imité (DG) ou altéré (TLF ; RézeauOuest) d’occ. feiral/feirau (dep. 1514, Rodez, RevRouergue 1990, 187 ; St-Pons 1559, Lv ; Montpellier 1649, fieirau, Roudil, éd. Barral 2, 100/19), de même sens. Mais on devrait postuler, dans cette hypothèse, non seulement la francisation de la base, mais encore un changement de suffixe, ancien et embarrassant car la suffixation en ‑ail est tout à fait inconnue des parlers occitans et se manifeste seulement dans des parlers/parlures du centre et du sud-ouest d’oïl (cf. FEW). Le critère formel semble donc défavorable à une origine occitane, et il est plus probable que le mot a été formé régionalement en langue d’oïl et diffusé plus au sud, en français seulement, à partir de ce domaine (cf., dans ce sens, BlWb : « mot berrichon ») ; pour la suffixation en -aìculu dans des désignations de lieux, v. E.F. Tuttle, Studies in the Derivational Suffix -aìculum : Its Latin Origin and Its Romance Development, Heidelberg, 1975, 33 sqq. En Velay (FréchetMartVelay 1993, foira(i)l, mais foiral Le Puy 1805, Per lous chamis 31, 36), en Gévaudan (foirail ex. 1 et R. Chastel, La Haute Lozère jadis et naguère, 1994, 139, mais foiral [Marvejols] 1874 dans LittréSuppl, place du Foiral à Mende dans Lou Païs 240, 109 ; cf. foirail et foiral dans F. Buffière, « Ce tant rude » Gévaudan, 1985, 1556 et 1581 respectivement), en Rouergue (ex. 4 et de nombreuses autres attestations dep. 1911 [RevRouergue 7, automne 1986, 359], mais foiral en 1879, ChambonVayssier 100), le mot entre en concurrence avec foirala, adaptation française d’occ. feiral, dep. 1668 (« foiral de la ville de Lupiac en Fesensac » H. Polge, Bull. de la Soc. archéol. et hist. du Gers 1962, 171), dénoncé par DesgrToulouse 1768, VillaGasc 1802b et SievracToulouse 1836 ; cf. aussi le Foiral 18e s. (Cassini) devenu le Foirail, vill., commune de Saint-Chamant (Cantal), aujourd’hui réuni à la population agglomérée (É. Amé, Dictionnaire topographique du département du Cantal, Paris, 1897)c ; on retire l’impression que foirail, venu du nord (et probablement senti comme moins dialectal), a progressé, au détriment de foiral, sur le front sud-oriental de son aire.
a Les deux mots sont regroupés à tort dans LittréSuppl, Rob 1985, de même que dans CampsLanguedOr 1991, BoisgontierMidiPyr 1992 et FréchetMartVelay 1993.
b « Il est honteux pour des François, de la classe appelée honnêtes-gens, et même des gens de lettres, d’employer une expression aussi barbare que dégoûtante ; telle que celle de foiral. »
c Foirail figure dans la métalangue d’Amé s.v. Lavenal.
◇◇ bibliographie. SolQuercy 252 ; TLF ; Rob 1985 ; PépinGasc 1895 foiral, foirail ; France 1910 « dans le Quercy » (ex. de Camille Delthil, Les Rustiques [1875]) ; RézeauOuest 1984 ; MichelCarcassonne 1949 ; BoisgontierAquit 1991 ; CampsLanguedOr 1991, s.v. foiral (Aude) ; CampsRoussillon 1991 foiral ; BoisgontierMidiPyr 1992 ; FaraçaVans 1992, 191 (pour traduire occ. fieirau) et 462 (index français) ; FréchetMartVelay 1993 ; FréchetMartAin 1998 ; ChambonÉtudes 1999, 22, 61, 123 (Pourrat, Gaspard des montagnes) ; Lar 2000 « région. » ; MoreuxRToulouse 2000 « régionalisme inconscient » ; FEW 3, 463a, feria .
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (foirail) Charente, Corrèze, Dordogne, Gers, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Deux-Sèvres, Vienne, 100 % ; Creuse, 80 % ; Charente-Maritime, 75 % ; Corrèze, Gironde, 70 % ; Landes, 65 % ; Vendée, 50 % ; Lot-et-Garonne, 20 %. (foirail et foiral) Ariège, Aveyron, Haute-Garonne, Lot, Tarn, 100 % ; Tarn-et-Garonne, 65 %. (foiral) Pyrénées-Orientales, 65 %.