matefaim n. m.
les citations
Indre, Cher, Allier (nord et est), Saône-et-Loire (sud), Doubs, Haute-Savoie, Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Ardèche (Mariac), Haute-Loire (Velay) "crêpe plus ou moins épaisse". Dès que le matefaim est cuit, le saupoudrer de sucre. (P. Fischer, Toute la gastronomie franc-comtoise, 1982, 49.)
1. Marat connaissait le rythme des veillées bressanes : vin jusqu’à minuit ; à minuit jambon et lard, tartes et matefaims. (R. Vailland, Drôle de jeu, 1945, 148.)
2. « Valentine ! appelait Reine. Va donc chercher l’autre assiettée de matefaims sur le coin du poêle. » (R. Vincent, L’Adieu aux champs, 1989 [1987], 75].)
V. encore s.v. macvin, ex. 3.

remarques. À Villeneuve-de-Marc (Isère), matefaim désigne une "crêpe très mince".
variantes.
1. Jura (Saint-Claude), Haute-Savoie, Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Ardèche, Haute-Loire (Velay) matafan n. m. "crêpe épaisse". « Des matafans épais comme un banc de menuisier » (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 109) ; « Le matafan ou matefaim tire son nom de mata fame (tue-la-faim). C’est en effet une solide crêpe de pommes de terre qui peut composer avec une salade verte le menu d’un repas du soir » (I. Karsenty, La Cuisine de Savoie-Dauphiné, 1981, 196) ; « Le “matafan”, sorte de crêpe épaisse, est apprécié nature ou bien, selon la saison, avec des épinards ou des pommes de terre » (J.-Cl. Ribout, « Descente en Savoie », Le Monde, 19 février 1994, x) ; v. encore s.v. farçon, ex. 6. □ Avec un commentaire métalinguistique incident. « […] déguster [le jour de l’abattage du cochon] les matafans, crêpes de sang frais, aromatisées à la noix de muscade » (L. Zinant, Graine de paysan, 1999, 24). – Même forme en Ariège : « Le matafan est une grosse crêpe de blé ou de sarrasin » (Chr. Bernadac, La Cuisine du Comté de Foix et du Couserans, 1982, 136).
2. Doubs, Haute-Savoie (nord) matafaim n. m. « Au four le matafaim va terminer sa cuisson en gonflant et dorant » (Les Recettes franc-comtoises de Grand’Maman, 1985, 51).
3. Saône-et-Loire (Chalon-sur-Saône) mataflan ; Isère (Vienne) matefan.
◆◆ commentaire. Terme de l’est de la France, centré sur Lyon, connu depuis la Saône-et-Loire au nord, jusque dans la Drôme au sud (et dont l’aire se prolonge en Suisse : Genève, Vaud, Neuchâtel, Fribourg). Son usage semble s’étendre plus au nord que les dictionnaires régionaux ne le disent : il est signalé fin 19e s. dans le Jura, et on en a des attestations au 20e s. pour la Franche-Comté (notamment à Montbéliard, v. TLF) ainsi qu’aux confins de la Bourgogne et dans le Centre. Le type lexical matefaim, composé de mate et faim (littéralement "ce qui dompte, ce qui abat la faim") est attesté en français dep. la fin du 15e s. (mattafon 1471-1472 dans la Drôme ; 1546 matafain Rabelais ; 1603 Matafan, nom d’un personnage dans Exil de Mardy-Gras, texte lyonnais, dans VarHistLitt 5, 101 ; 1678 matefain DuCange)a. Ces données indiquent une dédialectalisation relativement tardive de la forme, encore marquée de traits dialectaux jusqu’au début du 17e siècle. Quant à matefan, matafan, matafaim (v. supra) qui se continuent en français actuel dans des zones latérales, à l’ombre pour ainsi dire de la forme adaptée matefaim, ce sont des emprunts non adaptés (le mot est bien connu des parlers frpr.b, ainsi qu’au nord en oïl jusque dans le Doubs, et au sud en occitan jusqu’en Ariège et Béarn, FEW), attestés dep. 1859 matafam (MonnierDoubs, 219 ; aussi matafam 1912 et matafan 1928 dans HöflerRézArtCulin). La forme mataflan relevée en Saône-et-Loire (dep. 1896, FertiaultVerdChal) résulte d’un croisement avec flan.
Le terme matefaim est apparu assez récemment dans les dictionnaires de l’usage général (début 20e s., cf. Lar 1931, par ex.). Il est peu diffusé en dehors de son aire géographique (noter un emploi analogique par S. de Beauvoir : « nous arpentions l’avenue des Ternes, mangeant en guise de dîner des beignets farcis de confiture que nous appelions des “mate-faim” », La Force de l’âge, 1960, dans Frantext), mais suffisamment présent dans les ouvrages de cuisine pour que l’on omette parfois (Rob 1985 ; NPR 1993) de marquer son caractère régional, mais NPR 2000 le marque « région. (Franche-Comté, Lyon, Savoie) », tandis que Lar 2000 indique « spécialité lyonnaise et comtoise ».
a La date de 1540 ou 1560, donnée comme première attestation par FEW, GLLF, Rob 1985 et TLF, correspond à un texte de J. Bruyérin Champier dans DuCange, qui ne comporte que la forme latine mattafanos et dans lequel matefain est un ajout de Du Cange (d’après HöflerRézArtCulin) ; Quant à l’attestation de 1565 à Saint-Jean-de-Maurienne, relevée par Gdf et reprise dans FEW sous l’étiquette « mfr. », il s’agit en fait d’un passage en frpr. ; il a été édité – et donc reconnu comme frpr. par Aebischer, Chrestomathie franco-provençale, Berne, 1950, n° 20 ; dans le même recueil, on a aussi frpr. mattafan Bresse 1614, au n° 28, v. 269, et au gloss. (Comm. de J.P Chambon).
b Où il est attesté dep. 1565 (« de gro matafan », Histoire de saint Martin, dans Jacques Chocheyras, Le Théâtre religieux en Savoie au xvie siècle, Genève, Droz, 1974, 143).
◇◇ bibliographie. MolardLyon 1810 ; RollandLyon 1813 ; MonnierJura 1824 matafin, matefin ; ConnyBourbR 1852 ; HumbGen 1852 ; MonnierDoubs 1859 matafan ; GrasForez 1863 ; OnofrioLyon 1864 s.v. matafan (1862) ; BeauquierDoubs 1881 ; OffnerGrenoble 1894 ; PuitspeluLyon 1894 ; FertiaultVerdChal 1896 mataflan, matefaim ; Mâcon 1903 et 1926 ; VachetLyon 1907 ; LarocheMontceau 1924 ; Pierreh ; PrajouxRoanne 1934 ; MiègeLyon 1937 ; LarGastr 1938 ; BaronRiveGier 1939 ; ParizotJarez [1930-40] ; DuraffVaux 1941 (dans la métalangue) ; MarMontceau ca 1950 ; Baldinger TraLiLi 4 = MélGardette 1966, 74 ; DuprazSaxel 1975, 128 dans la métalangue s.v. matafã avec cette précision « mets courant autrefois » ; JamotChaponost 1975, 59 ; ManteIseron 1980 ; BrussonCordon 1982, 247 matefaim (dans la métalangue) et matafan ; TuaillonRézRégion 1983 (Romans) ; TuaillonVourey 1983 ; ArmanetVienne 1984 ; GononPoncins 1984 ; MeunierForez 1984 ; DuraffHJura 1986 matafan « très usuel » ; GuichSavoy 1986 ; MartinPellMeyrieu 1987 ; DufroidVienne 1989 matefan ; MartinPilat 1989 ; DucMure 1990 ; TavBourg 1991 ; BoisgontierMidiPyr 1992 matafan ; MazaMariac 1992 ; VurpasMichelBeauj 1992 ; BlancVilleneuveM 1993 ; DubuissBonBerryB 1993 ; FréchetMartVelay 1993 ; GagnySavoie 1993 ; VurpasLyonnais 1993 ; LaloyIsère 1995 ; SalmonLyon 1995 ; FréchetDrôme 1997 ; FréchetMartAin 1998 ; MichelRoanne 1998 « usuel » ; PlaineEpGaga 1998 « encore utilisé » ; ChambonÉtudes 1999, 197, 229 ; FEW 6/1, 519b, mattus ; HöflerRézArtCulin ; GLLF ; Rob 1985 ; TLF.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (matefaim) Indre, 50 % ; Cher, 40 % ; Allier, 30 % ; Loir-et-Cher (sud), 0 %. – (matafan) Ain, Isère, Loire, Haute-Loire (Velay), Rhône, 100 % ; Drôme, 65 % ; Savoie et Haute-Savoie, 50 % ; Ardèche, 30 %.