mitaine n. f.
les citations
1. Sarthe, Centre-Ouest, Allier, Saône-et-Loire, Jura, Haute-Savoie, Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Marseille, Ardèche, Haute-Loire (Velay), Puy-de-Dôme, Dordogne, Landes vieillissant, souvent rural "moufle ou gant de laine". – Il ne fait pas bon sortir sans ses mitaines (Infirmière, env. 55 ans, Clermont-Ferrand, 22 décembre 1999).
1. La mère « broche », c’est-à-dire tricote d’interminables chaussettes ou des mitaines pour les enfants et pour le père ; les enfants « repassent » leurs leçons et font leurs devoirs de classe. Le père, la mère, les enfants, réunis autour de l’âtre, c’est la veillée de chaque soir ; la pause que l’on s’accorde avant le sommeil. (F. Dupuy, L’Albine, 1981 [1977], 140.)
2. C’était joli comme une carte de bonne année, mais c’était froid. On portait des mitaines et une casquette à oreilles pour aller fagoter dans les bois de la Mâ Fondres’ch […]. (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 99.)
3. On se barda d’épaisseurs de laine. On me culotta de deux culottes l’une par-dessus l’autre. J’avais du mal à boutonner la deuxième. Un bonnet de laine. Des mitaines. (Y. Viollier, La Mariennée, 1980, 30-31.)
4. Sur la route[,] Beurluron a serré la main de Polyte, sans poser sa mitaine, puis ils se sont séparés… (J.-Cl. Cagnion, Les Cahiers bourbonnais et du Centre, n° 118, 1986, 427.)
5. Les dindonneaux font l’objet de soins attentifs. […] Leur nourriture ? Des orties… Les orties abondent au début du printemps. Après le retour de l’école, une faucille à la main droite, la gauche protégée d’une mitaine, j’en fais ample provision. (G. Laporte-Castède, Pain de seigle et vin de grives, 1989, 55.)
6. Il faut marcher. L’homme aux mains chaussées de grosses mitaines porte sur l’épaule gauche une sorte de baluchon fait d’une grosse toile de nylon […]. (Panazô, Le Traînard, 1994, 9.)
7. Mais les jeunes, pressés de ranger les bancs sur les côtés de la pièce pour dégager une piste de danse, poussaient les mamans dans la salle de café enfumée où elles finissaient de s’emmitoufler dans de vieux manteaux étriqués avant de demander, bourrues, en enfilant leurs mitaines, penchées sur l’épaule des joueurs de cartes : « Voyons, les bonhommes, c’é t’ fini c’te partie ? » (L. Lebourdais, Les Choses qui se donnent…, 1995, 220.)
8. Nous avions des gants de laine ; difficiles à enfiler, les gants, lorsqu’on est petit et qu’on a abandonné les mitaines […]. (L. Gaborit, Quand on était petits à la Tranchelardière, 1998, 21.)
— Dans une comparaison.
9. Et après, il se mit à rendre tripes et boyaux tant et tant que la pauvre Zabelle crut un moment qu’il allait se tourner comme une vieille mitaine. (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 274.)
2. Centre-Ouest rural "moufle de cuir épais (souvent à la main gauche seulement) pour couper des épines et fagoter".
10. Mon père [un cordonnier] a beaucoup fabriqué de mitaines. Elles étaient cousues sur toute la longueur à l’envers et ensuite détournées. Le pouce se faisait ensuite. (L’Aiguille et le sabaron, 1983, 104.)

◆◆ commentaire. Archaïsme ; sens non marqué diatopiquement dans la langue générale jusqu’au premier tiers du 20e s. On le trouve sans marque dans Littré 1868, Ac 1884, DG 1897, et pour la dernière fois dans Lar 1949 ; pourtant, dès 1925, G. Collinet ressent le besoin de le gloser dans son recueil de régionalismes des environs de Pontarlier. La marque « vx » n’apparaît pour la première fois que dans Rob 1959, et Lar 1963 note « autrefois ». Seul le sens de « gant qui laisse à nu les deux dernières phalanges des doigts » s’est maintenu sans restriction dans l’usage contemporain, mais le sens de « moufle » survit en plusieurs régions : il est encore attesté dans le Centre-Ouest (RézeauOuest 1984), la Saône-et-Loire (ValMontceau 1997), le Haut Jura (DuraffHJura 1986 « usuel »), l’Ain (FréchetMartAin 1998 « globalement usuel »), la Loire (MichelRoanne 1998 « bien connu »), la Drôme (FréchetDrôme 1997 « usuel »), le Velay (FréchetMartVelay 1993 « usuel ») et l’Ardèche (FréchetAnnonay 1995 « globalement bien connu »). Des enquêtes récentes (1995) ont en outre démontré qu’environ la moitié des témoins connaissent encore le mot dans la région Rhône-Alpes ; Cl. Martel l’atteste aussi pour Marseille (comm. pers.). Ce sens survit également dans la locution argotique enlève tes mitaines ! (ColinArgot 1990), utilisée en s’adressant à un joueur qui distribue maladroitement les cartes. En Suisse romande, mitaine dans le sens qui nous intéresse est encore bien connu, mais subit très fortement la concurrence de son équivalent du français central (moufle) ; v. DSR 1997. En français du Canada, mitaine est le mot le plus courant pour désigner la moufle (MassignonAcad 1962, n° 1664 ; TraLiQ 1, 1975, 157 ; ALEC, q. 1949 ; DFPlus 1988 ; DQA 1992 ; CormierAcad 1999). La survivance de ce sens dans les aires latérales et dans la phraséologie argotique montre bien que nous avons affaire à un cas classique d’archaïsme. – La lexicographie française ne signale jamais explicitement l’existence de ce sens dans l’usage contemporain en France ; les marques diatopiques ne concernent que le Canada ou la Suisse (Rob 1985 « vx ou régional (Canada) » ; TLF « vieilli ou région. (en partic. Canada) » ; PLI dep. 1989 « Suisse » ; NPR 1993-2000 « vieux ou régional (Canada) ») ; Lar 2000 « Québec, Suisse ».
◇◇ bibliographie. DuprazSaxel 1975, 139 "moufle de laine" ; BrussonCordon 1982, 104 « mitaines, en laine » dans la métalangue ; JaffeuxMoissat 1987, dans la métalangue s.v. pat. mito, fr. local mite ; ThibQuébHelv 1996, 340 FEW 6, II, 177a, mit- I b b.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Ain, Ardèche, Charente, Charente-Maritime, Drôme, Loire, Haute-Loire (Velay), Deux-Sèvres, Vendée, Vienne, 100 % ; Isère, 80 % ; Rhône, 65 % ; Savoie et Haute-Savoie, 50 %.