cheni n. m.
les citations
fam.
1. Bourgogne, Franche-Comté, Savoie, Ain.
1.1. "poussière ; brindilles, épluchures ; balayures". Synon. région. bourre*. – Faire du cheni.
1. Elle avait apporté une éponge et une bouteille d’eau, après sa prière, montée sur un escabeau, elle se mit en demeure de faire la toilette du vieux saint [= statue] abandonné et couvert de chenil. (R. Bichet, Contes de Mondon et d’autres villages comtois, 1975, 137.)
2. Si vous avez le temps, promenez vous dans nos auberges de campagne, […] vous y trouverez, pendues au mur et pleines de ch’nis, des photos de classes de conscrits […]. (M. Mazoyer, Les Aventures du Toine Goubard, 1982, 26.)
1.2. "grain de poussière, saleté". Synon. région. bordille*, bourrier*. – Avoir un cheni dans l’œil.
3. […] Cornuchet se mit à chialer […] ; il nous fit croire qu’un « ch’ni » lui était tombé dans l’œil. (Histoires et traditions du Doubs, 1982, 13.)
4. Jusqu’à Digoin, tout va bien, le moteur ronronne à plaisir. / […] ils sont à peine sortis de Digoin que le moteur ratatouille. Si perceptiblement que Polyte en convient :
– T’avais raison ! Doit y avoir un ch’ni [en note : une poussière] dans l’carburateur. (M. Mazoyer, Les Vacances des berthes, 1985, 158.)
— Par métaph. Sur la mappemonde, la France n’est jamais qu’un ch’ni (DuraffHJura 1986).
1.3. "objet sans valeur". Stand. fam. bricole.
— Au sing. à valeur collective.
5. – […] Il avait rapporté une fois, d’une exposition avicole, une poule naine et son coq, deux bestioles qu’il a nourries des années durant sans qu’elles lui rapportent le moindre bénéfice. Ma pauvre Rose en était toute gênée, surtout quand des gens lui demandaient pourquoi ils s’embêtaient avec du cheni pareil. (M.-Th. Boiteux, Le Secret de Louise, 1996, 32.)
6. Tu les vois mes petiotes, soumises à l’autorité d’une belle-famille ? La Charlotte, encore, peut-être, car elle est plus souple de caractère. Mais la Louise ! Tu vois la Louise demandant la permission à une belle-mère pour s’acheter du cheni à la foire de Maîche ? (M.-Th. Boiteux, Le Secret de Louise, 1996, 47.)
2. Doubs, Jura Par restr., au pl. "ordures ménagères" (synon. région. bourrier*) ; par méton., au sing. ou au pl. "personne ou service qui collecte les ordures ménagères" (stand. éboueur, fam poubelles ; synon. région. bourrier*).
7. Très tôt, les « chenits » passent. Vous ne trouverez pas, dans le dictionnaire, la définition appropriée. […] Louis R… vide les poubelles dans sa voiture à quatre roues de style franc-comtois. (Histoires et traditions du Doubs, 1982, 96.)
3. Lyonnais, Savoie, Ain "désordre". Synon. région. caillon*, commerce*.
8. – Dans le tiroir du bas, tout au fond, vous trouverez une grande enveloppe jaune. Allez la chercher.
Je lui ai obéi. Y’ avait un de ces chenis démentiels dans le tiroir : de tout, plus le reste. (San-Antonio, Tire-m’en deux, c’est pour offrir, 1979, 17.)

en composition.
1. brosse à cheni n. f. "balayette" (à Ronchamp, Haute-Saône, comm. pers. de J.-P. Chambon).
2. pelle à cheni n. f. "pelle à poussière". Synon. région. pelle à bourre*, ramasse-bourre*, ramasse-bourrier*, ramasse-poussière*. « […] y savent même pas dire une pelle à chenis, y disent une pelle à poussière. Alors tu vois ! Y sont comme nous les touristes, y savent pas tout !! ! On parle français quand même ! » (L. Semonin, La Madeleine Proust, 1990, 222) ; « Par contre, on n’a pas de pelle… de pelle à ch’nis ! » (Vendeuse de mercerie (faisant des rangements), env. 35 ans, Belfort, 28 mars 2000)a.
3. porte-cheni n. m. "boîte à ordures faite d’une caissette en bois ouverte du côté opposé à la poignée pour permettre le ramassage des déchets avec un balai tenu d’une seule main" (DuraffHJura 1986). « La pelle à poussière, le “porte chni” […] était une caisse ouverte d’un côté, munie d’une planche qui formait manche, d’assez grandes dimensions, hors d’usage aujourd’hui » (GarneretLantenne 1959, § 392) ; « On ramassait les poussières avec le “porte-chenis” » (J.-L. Clade, La Vie des paysans franc-comtois dans les années 50, 1988, 165). Enregistré dans la lexicographie régionale dep. GasconDole 1870 ; ToubinJura 1870 ; BeauquierDoubs 1881 ; CarrezHJura 1901-1906 ; BoillotGrCombe 1910-1929 ; CollinetPontarlier 1925 ; GrandMignovillard 1977 ; DuraffHJura 1986 « usuel » ; ColinParlComt 1992 ; RobezMorez 1995 « bientôt éliminé ».
a J. Mandret-Degeilh, qui a relevé cette réflexion, note : « L’emploi de la lexie ne m’a pas semblé relever du pur hasard. La façon dont cette jeune femme l’a prononcée semblait sous-entendre “comme on dit chez nous” ».
graphie. En dehors de la graphie retenue en vedette, on relève, pour l’époque contemporaine, chenil (v. ici ex. 1, et RLiR 42, 164) ; chenit (v. ici ex. 7) ; ch’ni (v. ici ex. 2-4 et GrandMignovillard 1977 ; DromardDoubs 1991 ; GagnySavoie 1993) ; chni (GarneretLantenne 1959 ; DondaineAuth 1976 ; DuchetSFrComt 1993).
◆◆ commentaire. Probablement d’un type suffixé en ‑is (< icius ; v. DSR 1997, qui écarte, avec de bonnes raisons phonétiques et morphologiques, la relation avec chenil "logement sale et mal tenu"), ces sens sont attestés dans le Doubs dep. BrunFrComté 1753 (« Chenit. Les ordures, les balayeures d’un apartement ») et SchneiderRézDoubs 1786 chenil ; en Haute-Saône dep. 1812 chenils (ChambonHSaône 1989) ; à Langres dep. MulsonLangres 1822. Ils sont aujourd’hui caractéristiques d’une aire qui comprend la Bourgogne et surtout la Franche-Comté (où le mot a pénétré les patois, ainsi que porte-cheni, v. ALFC 959 ‘balayures’), avec quelques traces en Champagne (RéginVallage 1992) et en Savoie (GagnySavoie 1993) ; également en usage en Suisse romande (GPSR 3, 504 ; Lengert 1994, 427-428). Ces sens sont bien enregistrés par la lexicographie régionale pour la Bourgogne (CunissetDijon 1889 ; RLiR 42 (1978), 164 ; TavBourg 1991 « usuel dans toute la Bourgogne à l’est du Morvan ; […] inconnu dans la Nièvre » ; ValMontceau 1997 « très usité »), la Franche-Comté (GasconDole 1870 ; ToubinJura 1870 ; ContejeanMontbéliard 1876 s.v. tcheni ; BeauquierDoubs 1881 ; CorbisBelfort 1883 ; FertiaultVerdChal 1896 ; Mâcon 1903-1926 ; CarrezHJura 1906 ; LarocheMontceau 1924 ; CollinetPontarlier 1925 ; DoillonComtois [1926-1936] ; BoillotGrCombe 1929 ; MarMontceau ca 1950 ; FleischJonvelle 1951 ; GarneretLantenne 1959 ; DondaineAuth 1976 ; DelortStClaude ca 1977 ; GrandMignovillard 1977 ; BichetRougemont 1979 chenil ; RouffiangeMagny 1983, 294 « extrêmement vivant, en français régional » ; DuraffHJura 1986 ; DondaineMadProust 1991 ; DromardDoubs 1991 et 1997 ; TrouttetHDoubs 1991 ; ColinParlComt 1992 « très usuel » ; DuchetSFrComt 1993 ; RobezMorez 1995 ; JacquotChampagney 1998 ; LesigneBassignyVôge 1999), la Haute-Savoie (ZumthorGingolph 1962, 256 ch(e)ni "lieu où règne un grand désordre ; ensemble d’objets en désordre") et l’Ain (FréchetMartAin 1998 « usuel à partir de 20 ans »). La lexicographie générale n’a retenu que les sens "désordre" et "objet sans valeur", s.v. chenil : Lar 1982 « en Suisse » ; Rob 1985, NPR 1993-2000 et Lar 2000 « régional (Suisse) » ; le TLF en donne un exemple sans marque diatopique, mais tiré d’un roman (1951) de P. Morand, écrit en Suisse ; aj. ces sens à FEW 2, 193a, canis.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (1.) Doubs, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Territoire-de-Belfort, 100 % ; Côte-d’Or, 50 % ; Jura, Nièvre, Yonne, 30 %.