clarteux, ‑euse adj.
les citations
Aube, Haute-Marne, Lorraine usuel [En parlant d'un logement, d'une pièce d'habitation] "qui reçoit beaucoup de lumière naturelle". Stand. clair, lumineux.
1. Le défaut le plus fréquemment reproché à la maison lorraine est son manque absolu de clarté intérieure. […] Le logement, comme nous l'avons vu, n'est pas plus clarteux [que le grenier] et la flamande [= verrière sur le toit] est un luxe qui change totalement l'ambiance de la pièce centrale de la travée d'habitation. (La Tradition en Lorraine, t. 1,La maison et le village lorrain, 1979, 88.)
2. […] le décor du meuble lorrain, sans jamais abandonner une certaine sobriété, présente une grande variété de formes et de motifs qui mettent merveilleusement en valeur la patine du bois de chêne dans une pièce bien clarteuse […]. (Pays et gens de France, n° 80, la Meurthe-et-Moselle, 5 mai 1983, 19.)
3. Chacun veut ouvrir toutes grandes les portes des chambres impeccablement tenues et clarteuses. Sanitaires briqués, cuisines correctement équipées, parc vert-doré de l'automne. (L'Est Républicain, éd. Nancy, 1er novembre 1991, 602.)
4. « Ces “châteaux aux champs” [du xviiie s.] correspondaient à un nouvel art de vivre. Ils étaient plus fonctionnels, plus clarteux, plus ouverts sur la nature que ceux que l'on construisait jusque là », raconte […] l'une des trois filles des propriétaires [du château de Vaire-le-Grand, près de Besançon], qui connaît sur le bout des doigts la longue histoire de la « maison ». (L'Est Républicain, éd. Belfort, 19 septembre 1997, 112.)a
a L'article a été rédigé par une journaliste bisontine, mais ayant vécu quinze ans en Lorraine.
□ En emploi métalinguistique. Voir s.v. cornet1, ex. 9.

◆◆ commentaire. Ce dérivé sur fr. clarté, avec le suffixe ‑eux (peut-être favorisé par lumineux), est attesté dep. 1775 dans le français de Lorraine (« Au lieu de dire, cet appartement est clarteux, dites : cet appartement est clair, il est bien éclairé » DuboisLorr), dont il est caractéristique ; on l'a aussi relevé en Champagne, où il entre en concurrence avec clartif (CrouvChampagne 1975 ; TamineChampagne 1993)a. Dénoncé par les recueils lorrains de cacologies des 18e et 19e siècles (Dubois, Michel), le mot est absent des dictionnaires généraux contemporains, sauf TLFb, qui le marque « région. » (s.v. clair I B 1, avec un exemple de Barbussec) ; l'exemple suivant témoigne de sa forte légitimité dans les Vosges dans la première moitié du 20e s. : « Dans une rédaction de 1935, je qualifie de “clârteuse” notre salle de classe, qui était bien éclairée. L'instituteur n'a rien trouvé à redire » (R. Harrburger, Du pain avec du chocolat, 1995, 98).
a Il n'est pas signalé dans les Ardennes pour l'époque contemporaine (Ø TamineArdennes 1992), mais cette attestation dans Rimbaud, originaire de Charleville, permet d'élargir l'aire du mot pour le 19e siècle : « O terrible frisson des amours novices, sur le sol sanglant et par l'hydrogène clarteux ! » (H, dans Illuminations, Œuvres complètes, éd. L. Adam, Gallimard, 1972, Pléiade, 151, qui indique en note, p. 1015, n. 2 : « L'hydrogène clarteux, c'est très simplement le gaz »).
b Le recteur Paul Imbs, fondateur de l'entreprise, avait découvert le mot en venant à Nancy et le donnait volontiers comme un exemple de régionalisme « de bon aloi » ; v. la préface au TLF, t. 1, 1971, xxvi : « On dit en Lorraine d'un appartement qu'il est clarteux, pour dire qu'il a une bonne exposition au soleil ».
c Il n'est pas assuré que cet exemple illustre un fait lorrain (une lecture attentive du contexte donne à penser qu'il s'agit d'une création populaire indépendante, mise dans la bouche d'un Normand).
◇◇ bibliographie. DuboisLorr 1775 ; MichelLorr 1807 ; ZéliqzonMoselle 1922 « klärtœ lang. pop. messin » s.v. clarteus ; RoquesNancy 1979 ; StrakaProbl 1983, 52 ; TuaillonRézRégion 1983 ; LanherLitLorr 1990 ; MichelNancy 1994 ; FEW 2, 739a, claritas.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Meurthe-et-Moselle, Meuse, Vosges, 100 % ; Moselle (sauf est), 50 %.