fayard, foyard n. m.
les citations
1. fayard.
Indre, Cher, Allier (nord et est ; peu usité), Aube, Haute-Marne, Marne (est et sud), Jura, Haute-Savoie, Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence, Gard, Aveyron (nord), Lozère, Cantal (nord), Ardèche, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Creuse, Dordogne (Montcaret ; vieilli) "arbre forestier de haute taille, à tronc droit, cylindrique, à écorce lisse gris clair, portant des feuilles ovales et des fruits enchâssés dans une cupule, Fagus silvatica L.". Stand. hêtre. – Petit fayard (ALMC, 1957, 264*). Du bois de fayard (R. Sabatier, Les Noisettes sauvages, 1983 [1974), 35). Sous les fayards (J.-P. Chabrol, La Cévenne par ses gens, 1976, 47). Souche de fayard (P. Magnan, Le Commissaire dans la truffière, 1978, 236). La feuille sèche de fayard (M. Prival, Les Migrants de travail d’Auvergne et du Limousin au xxe siècle, 1979, 83). Saucissons fumés au bois de fayard (Pays et gens de France, n° 44, l’Ardèche, 19 août 1982, p. 4 de couverture). Un bosquet de fayards (P. Magnan, Le Courrier de la mort, 1986, 335). Un joli bois de fayards (Cl. Fourneyron, Quel temps faisait-il en Auvergne ?, 1991, 285). Un boqueteau de fayards (L.-Ch. Talon, Manants, 1997, 109). Futaie de fayards (Cl. Courchay, Quelqu’un, dans la vallée…, 1998 [1997], 190).
1. Le fayard y [entre Viverols (Puy-de-Dôme) et Craponne-sur-Arzon (Loire)] flamboie parmi les pins, les rochers et les genêts gras et grisâtres qui ne sont déjà plus ceux de l’Auvergne. (H. Pourrat, L’Homme à la peau de loup, 1950, 62.)
2. Une fois terminés labours et semailles, viendrait le temps, marqué d’une pierre blanche dans son esprit, de l’affouage et des hautes coupes : une trentaine d’hectares de fayards, auxquels s’ajoutaient une dizaine de conifères inclus dans les communaux mettaient un peu plus d’argent dans la boîte en fer et remplissaient le bûcher pour l’hiver. (J. Carrière, L’Épervier de Maheux, 1972, 269.)
3. Tout près du vieux pont achève de crouler un antique moulin, éventré par un fayard gigantesque qui a élu domicile dans le logis du meunier. (J. Mallouet, Jours d’Auvergne, 1992 [1973], 167.)
4. Les enfants joueraient avec le chien… ou tailleraient dans le bois un joug, une vache… ou grimperaient tout en haut du vieux fayard. (H. Devedeux, « Des vaches et des Auvergnats – Variations », Bïzà Neirà 18, 1978, 10.)
5. […] j’ai regardé le bois, j’ai dit : « Tiens, y a ce bois et y a deux fayards qui sont renversés et qui vont pourrir, laisse-moi d’aller [sic] chercher. » (Témoin né en 1901, dans J.-Cl. Bouvier, La Mémoire partagée, 1980, 44.)
6. Au lieu-dit « Lous Merlès » au-dessus du hameau de Combes, quelques traces d’un très vieux château se devinent encore dans un bois de fayards assez touffus […]. (R. Chastel, « En parcourant la Margeride », Lou Païs 245, 1980, 159.)
7. On s’amusait franchement, le père, la fille, ricochant du têtard vers un défunt fayard encroué [= accroché] dans les ronces […]. (H. Bazin, L’Église verte, 1983 [1981], 120.)
8. […] à l’automne, quand la feuille [= feuillage] était presque mûre, on coupait des branches de fayard qu’on liait en fagots. (C. et J. Jeury, Le Crêt de Fonbelle, 1981, 57.)
9. […] vers le nord, les collines se faisaient montagne. On quittait la luminosité méditerranéenne, la vigne, l’olivier et le mûrier. Les fayards puis les sapins apparaissaient. (S. Pesquiès-Courbier, La Cendre et le feu, 1984, 13.)
10. Ils s’arrêtaient pour contempler, dans l’ombre des branches basses d’un fayard, les couleurs qu’offraient au regard les cultures que le soleil éclaire différemment […]. (Ch. Exbrayat, La Désirade, 1985, 209.)
11. Il [le vent du nord] venait tout droit, à pas de loup, des hauteurs de la Margeride, du Mont Lozère blanc de neige, portant sa charge froide […]. Il sifflait dans les branches dénudées des fayards, devenait souffle énorme, lourd, quand il traversait les épaisses aiguilles des pins. (M. Donadille, Pasteur en Cévennes, 1989, 147.)
12. L’hiver était à la porte. Dans quelques jours, le brouillard envahirait la vallée, dépouillant les châtaigneraies, les forêts de fayards. (R.-A. Rey, « L’anniversaire », dans A. Roustan, dir., Nouvelles des Cévennes, 1996 [1994], 101.)
13. L’humidité du sol favorisait une légère nuée, sorte de brume porteuse des senteurs puissantes du sous-bois. Les fayards aux troncs puissants alternaient avec les sapins pectinés. (J.-C. Hanus, Le Pont des Genêts, 1995, 51-52.)
14. […] deux vallons étroits, frémissants de peupliers et de fayards. (H. Noullet, La Falourde, 1996, 20).
V. encore s.v. burler, ex. 2 ; char, ex. 8.
□ En emploi autonymique ou métalinguistique ou à connotation autonymique. Le vrai nom c’est hêtre / c’est pas fayard (GagnySavoie 1993, 69).
15. Avec le hêtre ou foyard [lettres grasses dans le texte] ou fayard [lettres grasses dans le texte], sapin et épicéa forment ces magnifiques forêts jurassiennes, dont la plus connue est celle de la Joux [lettres grasses dans le texte]. (M.A.I.F., Guide touristique. Jura, 1958, 10.)
16. Jean sans Peur, cette fois, avait rempli son sac de faines. Vous savez ce que sont les faines ? Les hêtres les portent, le hêtre qu’on appelle le fayard, mais nous, en patois nous disons le fâou. (A.-M. Méraville, Contes populaires de l’Auvergne suivis d’un Mémoire sur la langue et le patois, 1970, 187.)
17. […] « faillards » [sic] (c’est ainsi qu’on appelle le hêtre en Savoie) […]. (A. Detaille, Les Noyaux de cerises, 1978, 89.)
18. Enfin, c’est à l’ombre ou en lisière des bois communs – lorsqu’il s’agit des essences traditionnelles, pins ou « fayards » – que poussent les « produits spontanés » ou « de cueillette », ressources souvent importantes sur le plan financier. (La Margeride : la montagne, les hommes, 1983, 282.)
19. Sur la commune de Mont de Lans vous trouverez des hêtres ou fayards dans le bois du Fayol […]. (R. Canac, Vivre ici en Oisans, 1991, 49.)
20. Sous ce climat montagnard [dans l’Aubrac], bien caractérisé à partir de 900 à 1000 m d’altitude, le hêtre ou « fayard » règne, ou plutôt devrait régner en maître. (C. Bernard / F. Jarrige, dans C. Bernard et al., Aveyron, 1993, 267.)
21. La hêtraie, plantation de fayards, du latin « fagus », est à l’origine du lieu-dit suivant la Faye [lettres grasses dans le texte] ou les Faye. (M. Coudeyras, Si Saint-Amant m’était conté, 1994, 119.)
22. Les fayards, souvent plus connus sous le nom de hêtres […]. (B. Cras, « Le château de Folgoux (Malvières, Haute-Loire) », dans Le Canton de la Chaise-Dieu, hors-série n° 28 des Chroniques historiques du Livradois-Forez, 1995, 39.)
V. encore s.v. fourme, ex. 12.
— Dans une comparaison. Robuste comme le fayard de l’Aubrac, « Pierrounet » ne fut jamais malade (J. Remize, La Médecine sur le plateau de l’Aubrac, 1949, 5).
— En alternance avec hêtre.
23. Je connais bien cette portion de forêt, entièrement dégagée pour faciliter la croissance des hêtres, et, plus bas, d’une plantation de chênes. Périodiquement les forestiers éliminent les bouleaux et les essences communes, débroussaillent au pied des fayards […]. (Cl. Bourgendre, Le Tablier de sapeur, 1979, 239.)
24. Mais chez les Gagnaud qui habitent une chaumière construite derrière une rangée de hêtres, à l’orée d’une futaie, le printemps tarde à entrer. Il semble même que le Renouveau butte contre les fayards et ne parvient pas à loqueter à la lourde porte cloutée. (M. Bénézit, La Voix des chaumières, 1999, 119.)
variantes.
1. Dordogne (sud)〉 foyard (vieilli ; ChaumardMontcaret 1992, qui n’indique pas la prononciation), confirmé par un emploi chez L. Cladel (1879, Frantext), à distinguer sur le plan aréologique de foyard ci-dessous 2.
2. Beaujolais feuillard (VurpasMichelBeauj 1992 s.v. fayard) : par intromission du type feuillard (FEW 3, 678b, folium ; TLF) comme dans SeineM. Yonne, Aube ⌈ feuillard ⌉ (ALCB 560).
— P. méton. "bois de hêtre". Un mai de fayard (J. Cressot, Le Pain au lièvre, 1977 [1943], 12). Un feu de fayard ou de sarments (Ch. Forot, Odeurs de forêt, 1987, 84). Une perche de fayard (Cl. Fourneyron, Quel temps faisait-il en Auvergne ?, 1991, 286). Cosses de fayard (M. Bénézit, La Voix des chaumières, 1999, 27.)
25. Heureusement le hangar était plein. Du sol au plafond. De belles bûches bien alignées : du fayard, du rouvre avec du châtaignier […]. (R.-A. Rey, La Passerelle, 1976, 125.)
26. Dans le « fayard », plus tendre, on débitait 36 à 40 traverses. (M. Prival, Les Migrants de travail d’Auvergne et du Limousin au xxe siècle, 1979, 68.)
27. Le fayard gèle comme l’eau… tu ne l’aurais pas scié. (B. Gervais, Saint-Amant-Roche-Savine, Puy-de-Dôme, témoignage oral, 1977, dans M. Prival, Les Migrants de travail d’Auvergne et du Limousin au xxe siècle, 1979, 70.)
28. Ce dicton apparemment assez mystérieux [occ. Fau, faïna. / Rove, racina], indique la façon de refendre un billot. Quand c’est du fayard, il faut le prendre du haut vers le bas, quand c’est du chêne, il faut le prendre du bas vers le haut. Il paraît que c’est plus efficace. (FaraçaVans 1992, 367).
29. Jean ne parvient pas [à] faire le geste franc du pareur, il sent que le bloc de fayard résiste beaucoup plus qu’il ne l’avait pensé lorsqu’il observait les compagnons racler le bois comme une motte de beurre. (G. Rey, La Montagne aux sabots, 1994, 122.)
remarques.
1. Dans la Marne et les Ardennes, fayard désigne parfois, par opposition à hêtre, une variété de hêtre « trapue, au tronc un peu tordu, noueux, à la cime touffue » (ALCB 560*). On note ici ce fait puisque, sous le nom de « parlers modernes de la Champagne et de la Brie », il est arrivé à l’auteur de l’atlas de décrire les variétés régionales du français de ces régions dans leur registre populaire (v. H. Bourcelot, « La syntaxe des parlers modernes de la Champagne et de la Brie », dans G. Straka (éd.), Les Dialectes de France au Moyen Âge et aujourd’hui. Domaines d’oïl et domaine franco-provençal, 1972, 361).
2. Inversement, en Bourgogne, foyard « ne désigne pas nécessairement tous les hêtres, mais souvent les arbres de grande taille » (TavBourg 1991).
3. La répartition sémantique entre fayard "hêtre sur pied" et hêtre "bois de hêtre" que G. Tuaillon, TraLiLi 15 (1977), 18, indique pour le français du Dauphiné, ne paraît confirmée par aucune autre source, notamment pas par TuaillonVourey ; cf. d’ailleurs « Eté, forte chaleur, jeux de boules sous les ombrages. Boules de bois durs et denses – buis, frêne, fayard – tournées par des artisans dans les petites usines hydrauliques des vallées et du pied des Alpes » (A. Mante, Le Temps s’élève, 1995, 25).
2. foyard.
Cher, Allier (est), Bourgogne, Franche-Comté "Fagus silvatica L.". Stand. hêtre. – Du haut des foyards (R. Vuillemin, Les Chroniques du « Chat Bleu », 1975, 85). Futaies de chênes et de foyards (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 11). Cépées de foyards (H. Vincenot, La Billebaude, 1978, 64). Grumes de chênes et de « foyards » (A. Besson, Une fille de la forêt, 1996 [1987], 41).
30. Les plus douces et les plus aimables [des jeunes filles à marier] voyaient leur cheminée fleurie [la nuit du 1er mai] par un sapin ou un foyard, décoré de rubans, de papillotes, d’amandes, de cigarettes. (GrandjeanFougerolles 1979, 236.)
31. Puis nous pénétrâmes dans la forêt d’Orsey, marchant sur un tapis de feuilles mortes recouvrant l’entrelacs des racines de tous ces foyards qui se dénudaient inéluctablement. (M. Raclot, Nadette, 1985, 78.)
32. C’étaient des futaies en dévers où cohabitaient le chêne et le foyard. (B. Clavel, Les Colonnes du ciel, Paris, 1986, 347.)
33. Le foyard se partage l’espace des forêts haut-jurassiennes avec le sapin. Il se prête à tous les travaux de tabletterie, de tournerie et constitue un excellent bois de chauffage. (DuraffHJura 1986, 102.)
34. Je m’emplis une dernière fois de la ferme, des foyards, des haies, des bosquets […]. (L. Semonin, La Madeleine Proust, 1990, 112.)
35. Pareils à des branches de feu, dessinant d’incroyables arabesques, les éclairs traversaient le ciel et venaient s’abattre sur la forêt tout au long des ravins de la Mal’Côte, où gisaient maintenant plusieurs cimes de foyards et de chênes. (P. Arnoux, Les Loups de la Mal’Côte, 1991, 173.)
36. Parmi les chênes, les trembles, les bouleaux, les touffes de charme et de foyard devenaient plus confuses. Seule la cime restait nette. (D. Bayon, Le Facteur de Mont-Joly, 1991, 25.)
V. encore ici ex. 15 ; s.v. charmille, ex. 9.
□ En emploi autonymique.
37. Bois-d’Amont [Jura] est situé à 1.200 mètres d’altitude dans la haute vallée de l’Orbe, rivière qui prend sa source aux Rousses. Les forêts proches du village comptent 90 % d’épicéa, 4 % de sapin et 6 % de hêtre appelé ici foyard et utilisé comme bois de chauffage. (L’Est Républicain, éd. Belfort, 8 juin 1998, 113.)
— P. méton. "bois de hêtre". Deux rondins de foyard (H. Vincenot, La Billebaude, 1978, 86). Deux gros quartiers de foyard (P. Arnoux, Les Loups de la Mal’Côte, 1991, 22). Un quartier de foyard (M. Dussauze, Le Pont du lac de Saint-Point, 1995, 12).
38. Dans la Joux et la Haute-Joux le « foyard » est presqu’exclusivement utilisé comme bois de chauffage. (GrandMignovillard 1977, 13.)
39. Il choisissait une eau-de-vie de plus en plus vieille, en fût de foyard. (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 253.)
40. N’ayez crainte, le feu ronflait car je savais le bois qu’il fallait choisir. Le frêne et l’acacia pour faire de la flamme, le chêne et le foyard pour faire de la braise, le vieux nerprun et l’épine blanche pour durer. (H. Vincenot, La Billebaude, 1978, 23.)
41. D’autres [parts d’affouage], les bonnes, étaient constituées de quartiers [= bûches fendues] de chêne, de « foyard » ou de charmille*. Le « foyard » – le hêtre – était un bon bois de chauffage mais qui, une fois abattu[,] vieillissait vite, aussi ne fallait-il pas le laisser plusieurs saisons dehors, à la pluie ou à la neige. (A. Nicoulin, Le Dessus du Mont, 1979, 204.)
42. Ces moules [à beurre] étaient en foyard ou en érable, pleins ou démontables. (R. Bichet, La Cancoillotte, 1987, 54.)
43. Vous avez amené trop de bois blanc. Ça ne fait pas de la bonne braise. Le meilleur, c’est le chêne, ou bien le « foyard ». (A. Nicoulin, Les Prisonniers du bacul, 1987, 72.)
V. encore s.v. vergne, ex. 5.
par plaisanterie tu veux des lunettes en foyard ? loc. phrast. "se dit à quelqu’un qui ne trouve pas ce qu’il cherche" (TrouttetHDoubs 1991, 52).

prononciation. Aucune source lexicographique régionale française de la seconde moitié du 20e siècle n’indique la prononciation de foyard ; en Haute-Saône, nous avons entendu [fwajaːʁ] (confirmé par C. et L. Dondaine), mais aussi [fɔjaːʁ] (Ronchamp, vente aux enchères d’arbres sur pied, 12 septembre 1992).
remarques. La localisation en Dauphiné, avancée par G. Tuaillon, TraLiLi 15 (1977), 18, n’est confirmée par aucune source lexicographique ou textuelle pour cette région.
◆◆ commentaire. Frm. fayard (1), flanqué de sa variante phonétique foyard (2), apparaît comme un diatopisme de très vaste extension supra-régionalea ; v. carte. Quant à la diffusion du type en français, on peut déceler, semble-t-il, deux aires distinctes, géographiquement indépendantes – elles sont séparées dans le Massif Central par un isthme limousinb – , animées de dynamismes contradictoires, et dans lesquelles le mot possède une vitalité et un statut différents.
On est, d’une part, (i) devant une vaste section orientale de l’espace francophone d’Europe, s’étendant, en France, de la Marne aux Alpes-de-Haute-Provence et au Gard et du Puy-de-Dôme à la Savoie, aire qui trouve son prolongement en Suisse romandec, atteignant ainsi pratiquement l’amplitude maximale des profils aréologiques lyonnaisd. Frm. foyard (2) s’encastre dans cette première aire, au nord-est. On considérera d’abord cette première unité aréologique.
Par comparaison avec la situation enregistrée par ALF 690 et 691, on constate que l’aire française des deux sous-types phonétiques déborde très largement celle du type dialectal correspondant aussi bien vers le sud-ouest (Gévaudan, Velay, Auvergne) que vers le nord-ouest (Champagne), vers le sud-est (Hautes-Alpes et Alpes-de-Haute-Provence) que vers le nord-est (Suisse romande où « le mot n’a pratiquement pas pénétré dans [les] patois » GPSR, et est de la Savoie)e. On constate, de plus, qu’il a existé ou existe au plan dialectal des avant-postes dans les Ardennes (ALCB pt 24), dans le Val d’Aoste (pts 986, 987) et en Provence (Var pts 894, 896 ; Vaucl. pts 853, 864, ALP pts 72, 80, 98 ; BRhône ALP pts 150, 151, 154) : bien que ces avancées n’aient pas été sanctionnées par la sélection de fayard dans la norme française de ces régions, le mot y a été apporté par le français ; cf. encore pr. fayard (Avril 1839) et même Péz. fayar (Mâzuc 1899 s.v. faou) dans FEW 3, 371b.
fayard tend, en outre, à déborder ou à recouvrir foyard. Entre le début de notre siècle et sa seconde moitié, on note des progrès significatifs dans ce sens sur le front nord : ⌈ fayard ⌉ est relevé dans l’Yonne, l’Aube, la Marne (et aussi, explicitement, dans le français de ces départements) ainsi que dans les Ardennes par l’ALCB, alors qu’on n’y trouve que des formes en ⌈ foj- ⌉, ⌈ fwa- ⌉, ⌈ fwɛ- ⌉ (relevant du type 2) ou ⌈ hêtre ⌉ dans l’ALF. L’emploi de fayard par Daniel-Rops (1934, deux occurrences dans Frantext), né à Épinal, qui conforte la localisation de l’ex. 13 ci-dessus (Charmes, arr. d’Épinal, Vosges), semble aussi témoigner d’une certaine extension du mot vers le nord-est (cf. Walter 47 pour quelques faits dialectaux vosgiens du type 2 ; Ø ALLR 139). En Franche-Comté, on remarque que fayard est utilisé, conjointement à hêtre, pour gloser foyard dans DuchetSFrComt et dans DelortStClaude, et on trouve ce mot, à côté de foyard (ex. 32), sous la plume de B. Clavel (1960, Frantext), né à Lons-le-Saunier ; cf. aussi ex. 15. Ces faits, joints à l’existence de fayard dans le français du Beaujolais (VurpasMichelBeauj 1992) où, tout « emprunté au patois » qu’on le répute (mais à tort), il s’oppose au patois ⌈ foyard ⌉ (MichelParlersBeauj 1993, 237), indiquent que 1 est, dans l’Est et le Centre-Est, extensif par rapport à 2 senti comme plus marqué et plus adhérent au registre dialectal. La diffusion de fayard s’appuie donc sur des forces d’intercourses puissantes, qui ne peuvent rien devoir au fait dialectal, et dénoncent au contraire le vecteur du français.
On a donc affaire, au total, à une aire expansive, axée essentiellement sur les vallées du Rhône et de la Saône et nettement impulsée par le français, y compris, bien entendu, en ce qui concerne la pénétration dans les parlers dialectauxf. Cette aire possède Lyon pour épicentre et s’articule sur les relais habituels de cette ville, dans sa sphère immédiate d’influence ainsi que vers l’ouest, le sud et la Suisse romande, cette dernière dépendant à son tour « [d]u fr. des départements limitrophes » (GPSR ; DSR). À l’intérieur de l’aire globale, fayard tend à supplanter foyard, dont le noyau dur semble bourguignon. Le commerce du bois de hêtre, recherché pour divers usages, a pu favoriser, comme le pensait Wartburg (FEW 3, 373a), la diffusion spectaculaire d’un mot n’appartenant pas à la langue écrite, y compris de façon erratique (Cotentin fayard, FEW ; Ø ALF et ALN 445)g ; en outre, l’arbre n’est pas connu partout, ce qui peut contribuer également à expliquer le succès, ici ou là, d’un terme importé.
Enfin, à date récente, on constate que Lyon, où fayard a été relevé pour la dernière fois par Vachet 1907 (Ø MiègeLyon 1937, malgré VurpasLyonnais 1993), a commencé à diffuser le mot du standard (hêtre) dans les parlers dialectaux de sa périphérie (ALLy 431 pts 40, 51) ; on écartera, à cet égard, l’explication d’ALLy 5, 311 : « peut-être par erreur d’un témoin distrait ou lassé ». Ainsi, suivant un scénario classique, la métropole efface-t-elle sa propre influence passée au profit de la norme nationale, au reste portée, partout ailleurs, par nombre de locuteurs. Dans l’aire (i), fayard/foyard jouit cependant d’une belle vitalité (connu/employé de 75 % des témoins ou plus dans la Saône-et-Loire, l’Yonne, la Franche-Comté, la Haute-Savoie, la Savoie, l’Isère, la Drôme, l’Ardèche, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme ; enq. DRF) ; fayard joue le rôle de véritable orthonyme régional et, à ce titre, il est régulièrement usité dans la métalangue définitionnelle des glossaires dialectaux (v. la bibliographie en fin d’article).
La première attestation alléguée (sans localisation) par Walter 44, FEW, TLF et RobHist (failhart, 1373, dans Ord. v, 682, Gdf), outre qu’elle susciterait une grave difficulté phonétique (<ilh> pour [j]), ne vaut pas : dans ce documenth, qui concerne d’ailleurs Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime), le mot a sûrement, en effet, le sens de "jeune tige de châtaignier fendue pour faire des cercles de barriques"i, et on tient là la plus ancienne attestation de fr. actuel feuillard < *fallia (avant sa captation par la famille de feuille ; FEW 3, 391b)j. On est, en fait, assez mal renseigné, en raison du manque de dépouillements de textes historiques – l’attestation erronée de 1373 ayant bloqué les recherches axées sur ‘la’ première date –, sur les dates d’apparition du mot dans les différentes zones concernées. On relève fayard (1) depuis la première moitié du 17e siècle en Basse Auvergne (É. Dalmas, procureur royal du baillage de la Comté, texte cité dans J.-M. Bielawski, Histoire de la comté d’Auvergne et de sa capitale Vic-le-Comte, 1868, 245 ; cf. encore Livradois ca 1730, Revue d’Auvergne 47, 13 ; Chambon MélVarFr I, 31), à Lyon depuis Trév 1721 (DAOSuppl 488 : Trév 1721-1771), en Haute-Savoie depuis 1730 (DuprazSaxel xvii), en Suisse romande depuis 1764 (Pierreh ; v. encore GPSR), depuis 1813 en Gévaudan (Les Tournées du Préfet Gamot. La Lozère à la fin du premier Empire, Mende, 1985, Centre d’études et de recherches de Mende, Mémoire n° 2, 9) ; la première attestation actuellement disponible a une valeur particulièrement relative puisqu’elle concerne une extrémité de l’aire. Quant à la première attestation dialectale, elle ne remonte pas au-delà du 17e siècle, en Dauphiné (Dev 110). L’acception métonymique "bois de hêtre", qui serait primaire selon Wartburg (FEW 3, 373a), est documentée dep. ca 1750 à Lyon (DuPineauV ; cf. encore MolardLyon 1810), dep. 1766 en Suisse romande (GPSR) et dep. 1783 en Basse Auvergne (Ambert, Chambon MélVarFr I, 31 [où l’acception n’est pas dégagée]). Dans la littérature, fayard a été utilisé par Stendhal (1805/1808, TLF [né à Grenoble]), Pourrat (né à Ambert et qui s’en était fait une spécialité, v. TLF, Frantext et ChambonÉtudes), Giono (Rob 1985 [né à Manosque]). La tradition dans la lexicographie générale, comme régionalisme marqué ou comme « nom vulgaire », est continue dep. Trév 1721 (notamment Gattel [né à Lyon] ; Boiste ; Li 1865 ; Lar 1872-1983 ; GLLF ; TLF ; Rob 1985 ; NPR 1993-2000 ; PLi dep. 1989 ; Lar 2000).
Il peut être utile de considérer les faits en se plaçant à l’échelle régionale. En Auvergne, région pour laquelle on est sans doute le mieux renseigné, on observe que fayard, aujourd’hui plus usuel dans le Puy-de-Dômek qu’en Brivadoisl et que dans le Cantalm (enq. DRF), a très largement refoulé, dans la variété bas-auvergnate de français, son synonyme fau (attesté dep. 1674 dans MègeClermF 1861)n, emprunté à l’occitan, encore connu aujourd’hui comme dénomination secondaire marquée. Frm. région. fayard a été, d’autre part, assez largement emprunté par les parlers d’oc d’une vaste section centrale, mais aussi en partie orientale, du Puy-de-Dômeo, à l’exclusion des parlers de l’ouest du département ; le mot est absent des parlers du Cantal et de la Haute-Loire (cf. ALMC). On voit ainsi clairement comment s’opère, sur quelques siècles, une superposition de normes : une norme lexicale régionale autochtone d’origine occitane se trouve supplantée par une norme supra-régionale de provenance lyonnaise (v. Dauzat, cité à la bibliographie)p, capable de constituer un écran protecteur relativement efficace contre la pénétration de la norme nationale (hêtre), norme qu’on ne peut dire pour autant, avec P. Bonnaud (Bïzà Neirà 69, 1991, 9), « ignoré[e] des autochtones » ! car les trois mots coexistent, mais sociolinguistiquement stratifiés. On voit aussi comment les parlers dialectaux ruraux, réduits à un rôle tout passif, ne font, dans le mouvement lexical moderne et contemporain, que suivre le mouvement, avec un temps de retard.
Quant à la forme foyard (2), qui porte un développement phonétique secondaire dû à la précession d’une labiale (cf. mfr. poyer, attesté aussi bien à l’Ouest [DuFail] qu’au Sud-Est [MystTrDoms], v. FEW 7, 455a, pacare), elle est attestée en Franche-Comté depuis Brun 1753 (cf. encore SchneiderRézDoubs 1786 « Hêtre, & non pas foyard » ; Morteau 1811, Barbizier 17, 1990, 382 ; Haute-Saône 1812, RLiR 53, 139) et dès 1746 en Suisse romande (foyar "bois de hêtre", Pierreh ; v. encore GPSR) ; en 1765, l’Encyclopédie (17, 136b) donne foyard comme mot technique des charbonniers dans le sens de "bois de hêtre ou de chêne" (« Dans bien des pays de forêts, ces deux bois sont, pour ainsi dire, une espece à part distinguée par le nom de foyard, qu’on donne à l’un & à l’autre » ; FEW 3, 373a-b). Recueilli dans la lexicographie générale depuis Besch 1845, foyard a été employé en littérature par des auteurs originaires de Bourgogne ou de Franche-Comté : Lamartine (1851, Frantext), E. Droz (Au Petit-Battant, 1905, 301), L. Pergaud (TLF ; Frantext), M. Aymé (RouffiangeAymé).
Il existe, d’autre part, (ii) une aire centre-occidentale (type fayard, mais aussi foyard) qui se révèle beaucoup plus labile. Au plan dialectal, les faits paraissent très diffus : les atlas linguistiques montrent quelques points isolés dans le Centre-Ouest (ALF 690 : Indre pt 505, Charente pt 519, Haute-Vienne pt 604 ; ALAL 279 Dordogne pt 68) ; FEW 3, 371b permet d’ajouter, d’après le témoignage de la lexicographie dialectale, bmanc. poit. saint. Centre foyard, Cotentin fayard, et GlossSefco 1993, Vendée, Charente-Maritime fayard ; cf. encore périg. faiart Daniel. Mais en français, le mot est attesté dès 1557 en Indre-et-Loire (faiar "bois de hêtre", Gdf)q, puis chez le Tourangeau Balzac en 1833 (fayard "bois de hêtre", Le Médecin de campagne 9, Frantext), M. Genevoix (enfance à Châteauneuf-sur-Loire, Loiret) en 1931 (cinq occurrences de fayard dans Frantext) et H. Bazin (fayard, ci-dessus ex. 7 [Maine-et-Loire]) ; l’enquête DRF documente en outre fayard dans l’Indre et dans le Cherr. Jointes au relevé de MartellièreVendômois 1893 (foyard), les attestations françaises occidentales, bien que peu nombreuses, possèdent donc une réelle cohérence ‘ligérienne’, et elles semblent, justement, se relier à l’aire principale par l’intermédiaire de la Loire, fayard tendant ainsi – en descendant le fleuve – à se superposer, dans une certaine mesure, au type autochtone ligérien ⌈ fouteau ⌉ (FEW 3, 374ab, *fagustellus ; ALF 690) dont l’expansion vers le sud-est suit au contraire le fil de l’eau. L’attestation de fayard dans la zone de Bergerac (ChaumardMontcaret 1992 ; Ø PierdonPérigord 1971) demeure isolée : cet isolement même, la présence à côté de fayard d’une variante foyard (v. ci-dessus 1, Var.), laquelle représente localement un décalque d’un fait de phonétique périgourdine (Ronjat 2, 290), le caractère de la source, enfin, qui s’attache au vocabulaire rural en voie de disparition, tout cela pousse à considérer cette attestation comme un dialectalisme.
Ainsi, au total, l’aire occidentale apparaît-elle comme beaucoup moins dense, beaucoup moins structurée et dynamique que l’aire orientale. Considérée dans son ensemble, il s’agit là d’une zone dépressive dans laquelle le mot est infiniment moins bien établi, malgré une première attestation précoce, que dans l’aire orientale et beaucoup moins bien représenté dans les sources lexicographiques françaises, tandis que ses apparitions dans la littérature demeurent rares. Cette situation s’explique sans doute par l’absence d’un centre unificateur tel que Lyon, capable de diffuser une véritable ‘contre-norme’ en s’imposant face à d’anciens types dialectaux indigènes et au standard. Si l’on admet l’existence d’un axe de liaison et de pénétration ligérien qui se dessine, nous semble-t-il, assez nettement, il ne paraît pas téméraire de considérer l’ensemble de l’aire occidentale (dispersée) comme un provignement diffus autour de cet axe, à partir de l’aire orientale (compacte).
Dans la littérature consacrée à notre régionalisme, celui-ci est ordinairement tiré en dernier ressort (y compris par GPSR) de lat. fagu (ou d’une issue de celui-ci) + suffixe ‑ard, avec renvoi à FEW ; mais cette hypothèse soulève une difficulté phonétique au regard du simple afr. fou, afrpr. fo (FEW 3, 371a ; GononLangVulg). Wartburg (FEW 3, 373b) laissait, toutefois, largement ouverte la possibilité qu’il puisse s’agir d’un dérivé sur *fageu (FEW 3, 367a-b, fageus ; Walter 36-37), substantivation de l’adjectif fageus (cf. dans ce sens Walter 44, malgré une notation ambiguë, et, pour la formation, ThomasEss 74 sqq.), et c’est à cette solution que l’on se rangeras.
a D’après notre documentation, il ne ressort pas, toutefois, que le mot soit, comme on l’a écrit, « représenté dans tout le sud de la France » (VurpasDuPinLyon et FréchetAnnonay ; cf. aussi la marque « Midi » dans PLi 1989).
b Le mot n’est pas attesté en Limousin par nos sources, cf. cependant le toponyme les Quatre Fayards (lieu-dit, comm. et cant. de Saint-Privat, Corrèze), dans l’ouest de ce département (IGN 1 :25000, 2235 E). BéronieTulle 1823 emploie fayard dans la métalangue, à côté de hêtre, mais il emploie aussi fonteau (l. fouteau), si bien que cette attestation ne paraît pas significative.
c Les aires indiquées ci-dessus tiennent compte des glossaires de régionalismes, des enquêtes DRF et des attestations textuelles.
d Cf. A. Dauzat, « La diffusion du français en France et le français régional », dans A. Dauzat (dir.), Où en sont les études de français, 1935, 195.
e V. aussi les atlas régionaux : ALCe 144 ; ALB 542 ; ALCB 560 ; ALLR 139 ; ALFC 382 ; ALLy 431 ; ALJA 526 ; ALP 582 ; ALLOr 247 ; ALMC 264* ; ALAL 279, 279*. On constatera la meilleure représentation du type traditionnel ⌈ fau ⌉ dans les domaines d’ALJA, ALP, ALMC, par rapport à ALF, qui, comme c’est souvent le cas, a enregistré, malgré sa date, un patois plus francisé.
f Cf., par exemple, FEW 3, 373b, à propos de Pierrecourt (Haute-Saône), et n. 4 à propos de Tréminis (Isère), ou RouffiangeMagny 226 : « le mot patois a subi l’influence du fr. régional » ; le mot est senti comme « französisch » en Val d’Aoste, AIS 578* pt 121. V. Walter 47-49 pour divers témoignages tirés de la lexicographie dialectale montrant la coexistence de notre type et d’un synonyme traditionnel.
g Cf. aussi l’emploi de fayard par G. Duhamel (1945, Frantext), né à Paris.
h « Le Maire a regard sur Coudre, sur Merrien, sur Failhard, se lesdictes choses ne sont marchandes ; & de les faire arder ou de leur faire gaigner l’amende […]. »
i Les deux autres substantifs du passage (coudre, merrien) renvoient clairement à la tonnellerie. L’éd. (1736) glosait en bas de page failhard par "hestre", d’où l’erreur de Gdf et de ses successeurs.
j Première date 1465 dans TLF dans un document de La Rochelle (fueillart, Gdf). On y ajoutera mfr. faillart (Saint-Jean-d’Angély 1412, v. ci-dessous, n. q) et « ce qu’on nomme à Bordeaux, le feuillard » (1780, DG ; FEW 3, 391b). Le terme technique feuillard paraît donc originaire de la zone Saintonge / Bordelais.
k Où il est ignoré ou seulement connu des trois témoins âgés de moins de vingt ans, les huit autres témoins déclarant l’employer.
l Déclaré connu ou employé par quatre témoins sur six.
m Où aucun témoin ne dit l’employer, le mot étant connu de trois témoins sur neuf. Mais v. ex. 3 (auteur originaire de la région de Riom-ès-Montagnes, dans le nord du département).
n Aussi 1685 « boix pin et fau d’haute futée appellé le boix de Fraissonnet » (doc. Viverols, DrouotDocLivradois 5, 1997, 131), ca 1705 « bois de fau ou hestre » (Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne 91, 328) ; 1763/1764 (Almanach de Brioude 53, 80) ; MègeClermF 1861 ; 1953 (Gachon MélArbos 1, 122) ; BonnaudAuv 1977. faux "hêtre" serait dans E. Fléchier (né près d’Avignon), Mémoires sur les Grands Jours d’Auvergne, selon P.-F. Fournier / R. Sève, Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne 83, 225.
o ALF pt 804, 806, 807, 809 ; Limagne fayè (FEW 3, 371b) et faya ; ALAL pts 3, 4, 5, 6, 8, 8N, 8W, 9, 13S ; Reichel, Bïzà Neirà 85, 7 (indications trop vagues).
p Cf. aussi la situation dans la Drôme où fau est « peu attesté » tandis que fayard est « globalement usuel » (FréchetDrôme 1997).
q Texte : « À Raphael Chaillou, marchant demourant a Rugny pour l’achapt faict par led. recepveur en presence de monsr le chastellain de Chenonceau, de douze cens toises d’aiz en faiar, sçavoir est six cens de doulze poulces d’epaisseur et de quatorze-quinze poulces de largeur […] » (Comptes de Diane de Poitiers, éd. Chevalier, 225). Rugny est à identifier à Reugny, Indre-et-Loire. Cf. l’emploi, dans les mêmes comptes, de bousiller (1554, TLF), mot qui appartient à une famille de l’Ouest et du Centre (FEW 1, 474b, *bovacea). En revanche, l’attestation de mfr. faillart (St-Jean-d’Angély 1412, RLiR 47, 491) ne vaut pas ; cf. le texte : « les visiteurs verront ledit faillart lequel est ploié et mis en frettes » (Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis 32, 1902, 43-44) ; il s’agit du terme de tonnellerie issu de *fallia (v. ci-dessus p. 18, n. j).
r Le mot n’a pas été demandé en Loir-et-Cher lors des EnqDRF.
s La base de notre dérivé ne paraît pas attestée dans le lexique : afor. fay, cité par FEW 3, 371a, est tiré de Philipon (R 22, 5), mais la référence que donne ce dernier est erronée ; le document qu’il cite (« Censier de Pons de Rochefort » = alyonn., et non afor., 1er quart 13e s.) ne contient pas le lexème fay au § 22, mais seulement les formules onomastiques Johannes de la Fay (§ 5), lo pra de la Fay (§ 62), Stephani del Fay (§ 63). Cf. aussi PfisterGirRouss 460 qui cite afor. fay f. "bois de hêtre" (Chazelles ca 1290, Charte 909 ; 13e s., R 22, 40) et ajoute n. 4 : « in Flurnamen belegt : I prat qui est en la Fay (chartes 909, 178) ; Johannes de la Fay (R 22, 40) ». Abress. Fay (Philipon, dans MeyerDoc 107) est le toponyme la Fay (< *fagea et non fagu, malgré l’éditeur) ; abug. fay (Philipon, dans MeyerDoc 142 et PfisterGirRouss 460 n. 1) ne semble pas pouvoir être contrôlé.
◇◇ bibliographie. FEW 3, 371b, 373a-b, fagus ; G. Walter, Die Bezeichnungen der “Buche” im Galloromanischen, Giessen, 1922, 44-50 ; Gdf ; DDM ; RobHist ; TLF (« région. (notamment dans le Massif Central, le Lyonnais, la Savoie ») ; Rob 1985 (« région. ») ; Frantext ; DAOSuppl 488 ; GPSR 7, 217-218 ; Pierreh ; DSR ; ALLy 5, 310 ; DauzatPatois, 34-35 ; DauzatHLF, 559 ; DauzatGéogrLing 1938, 209 ; GebhardtOkzLehngut 1974, 355 (« fayan (fayard) » confondus comme une seule unité et considérés à tort comme des emprunts à l’occitan) ; P. Bonnaud, « Le concept de Médioromanie, synthèse de l’originalité de la France médiane », Bïzà Neirà 51 (1986), 25 ; Chambon MélVarFr I, 31. – 1. DuPineauV [ca 1750] ; VillaGasc 1802 faiard ; MolardLyon 1803-1810 ; PyotJura 1838, 481 foyards ; MègeClermF 1861 ; GrasForez 1863 s.v. fau (dans la métalangue) ; Malval, dans BAuv 1878 (dans la nomenclature française) ; MartellièreVendômois 1893 (foyard) ; PuitspeluLyon 1894 ; PommerolLimagne 1898 s.v. fau (dans la métalangue) ; ConstDésSav 1902 « nom usuel du hêtre » ; VachetLyon 1907 (des sabots de fayard) ; DauzatVinz 1915, § 1304 ; PrajouxRoanne 1934 (« les paysans » ; sabots de fayard) ; EgloffVersailleux 1937, 155 ; DuraffVaux 1941, 142 « on ne connaît guère le mot fr. hêtre » ; dans la métalangue de M. Gonon RLiR 24, 1970, 61 ; VincenzCombeL 1974, 67, § 36 ; DuprazSaxel 1975 s.v. fœ ; BonnaudAuv 1977 s.v. fau ; RLiR 42 (1978), 190 ; ManteIseron 1980 ; ALLOr 1981, 247 « Dans l’est du domaine (Gard, Ardèche et Lozère), le hêtre est toujours appelé “fayard” en français régional » ; BecquevortArconsat 1981 (dans la métalangue) ; MédélicePrivas 1981 ; BrussonCordon 1982, 150 ; EdeineSologne 1983 « nom populaire du hêtre » ; FéliceChambonL 1983 s.v. fau (dans la métalangue) ; TuaillonVourey 1983 « constant, bien que tout le monde connaisse l’équivalence fayardhêtre » ; ArmanetVienne 1984 ; GononPoncins 1984 ; GermiLucciGap 1985 « très vivant, certains ne connaissent pas l’équivalent hêtre » ; DufaudLLouvesc 1986 s.v. fau (dans la métalangue) ; MarconPradelles 1987 s.v. fau (dans la métalangue) ; MartinPellMeyrieu 1987 ("hêtre", le seul ex. illustrant l’acception métonymique) ; ChambardFeillens 1989 s.v. fouyar (dans la métalangue) ; MartinPilat 1989 « usuel à partir de 20 ans, connu au-dessous » ; DucMure 1990 « mot d’emploi courant » (défini "hêtre, Fagus silvatica", l’unique ex. illustrant l’acception métonymique) ; TrouttetHDoubs 1991 « foyard nom courant du hêtre. On dit aussi fayard » ; ChaumardMontcaret 1992 « autre nom du hêtre » (var. foyard) ; EscoloGév 1992 s.v. fau (dans la métalangue et dans la traduction de l’ex.) ; FaraçaVans 1992 (pour gloser un dicton occitan contenant fau ; ex. 28) ; MazaPMariac 1992 ("le hêtre") ; VurpasMichelBeauj 1992 fayard, feuillard « bien connu au-dessus de 20 ans, inconnu au-dessous » (« emprunté au patois ») ; BlancVilleneuveM 1993 « usuel au-dessus de 50 ans, en déclin régulier, bien connu à 20 ans » ; DubuissBonBerryB 1993 (Allier, nord et ouest) ; FréchetMartVelay 1993 « usuel » (« ne continue pas la forme dialectale qui est fau » ; « a rayonné à partir du Lyonnais » ; « l’extension est plus grande en français régional qu’en dialecte ») ; GagnySavoie 1993 « partout » ; PotteAuvThiers 1993 ; TamineChampagne 1993 (« est et sud de la Marne, Aube, Haute-Marne » ; « sans contamination du ‑a- ») ; VurpasLyonnais1993 « connu seulement au-dessus de 20 ans » (« continuateur du patois ») ; FréchetAnnonay 1995 « globalement usuel » (défini par "hêtre", mais l’ex. unique illustre l’acception métonymique ; « ce mot est représenté dans tout le sud de la France » [inexact]) ; LaloyIsère 1995 ; GermiChampsaur 1996 s.v. faou/fayard [sic] ; MazodierAlès 1996 (avec cet exemple : « Sur le Lozère, il y a de ces fayards, qu’ils font pas rire ») ; QuesnelPuy 1996 ; FréchetDrôme 1997 « globalement usuel » ; FréchetMartAin 1998 « peu vivant chez les plus jeunes » ; MichelRoanne 1998 « usuel » ; PlaineEpGaga 1998 « presque disparu » ; ChambonÉtudes 1999, 22, 61, 120 (Pourrat, Gaspard des montagnes), 187, 222. – 2. BrunFrComt 1753 ; SchneiderRézDoubs 1786 ; MulsonLangres 1822 ; ContejeanMontbéliard 1876, 134 (Thom : [fwajar]) et s.v.  (dans la définition) ; BeauquierDoubs 1881 ; GuilleLouhans 1894-1902 ; FertiaultVerdChal 1896 ; BoillotGrCombe 1910 et 1929 ([fwɛjar]) ; CollinetPontarlier 1925 ; DoillonComtois [1926-1936] foyard "hêtre et bois de hêtre" [Vauvillers, Haute-Saône] ; MarMontceau ca 1950 ; FleischJonvelle 1951 ; GarneretLantenne 1959, § 222 ; Thom TraLiLi 12/1, 1974, 124 (Montbéliard) ; DuprazSaxel 1975, 87 fayard (en patois [fø]) ; KiwanisMontceau 1976 ; DelortStClaude ca 1977 foyard ; GrandMignovillard 1977 ; DelortStClaude ca 1977 « forme locale de fayard qui lui se trouve dans le Larousse » ; BichetRougemont 1979 ; BrussonCordon 1982, 150 « en fr. loc. fayard » (en patois [fø]) ; RouffiangeMagny 1983 (« mot usuel, le seul qui soit employé pour désigner cet arbre ») ; DufaudLLouvesc 1986 fayard s.v. fau (dans la métalangue) ; DuraffHJura 1986 « régionalisme inconscient » ; RobezVincenot 1988 « très vivant » ; DromardFDoubs 1991 et 1997 ; TavBourg 1991 (« ne désigne pas nécessairement tous les hêtres, mais souvent les arbres de grande taille. Le français [standard] hêtre n’appartient pas à la langue locale ») ; DubuissBonBerryB 1993 (Allier, est) ; DuchetSFrComt 1993 (glosé par "hêtre, fayard" ; cit. de L. Pergaud) ; MichelParlersBeauj 1993, 237 « très vivant, […] est passé en français régional et n’a pas à souffrir de la concurrence de hêtre, connu mais inusité » (cf. VurpasMichelBeauj 1992 : fayard, feuillard) ; RobezMorez 1995 ; Creuse (Guéret, Châtelus-Malvaleix, Ladapeyre), témoignage de Bruno Phalip (25 mai 2000).
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (fayard) Ardèche, Drôme, Haute-Loire (Velay), 100 % ; Cher, Isère, Puy-de-Dôme, 80 % ; Ain, Haute-Loire (centre-ouest), 65 % ; Indre, 50 % ; Loire, 40 % ; Cantal, Rhône, 30 % ; Allier, 15 % ; Loir-et-Cher (sud), 0 %. (foyard) Haute-Saône, Yonne, 100 % ; Doubs, Jura, Territoire-de-Belfort, 65 % ; Saône-et-Loire, 50 % ; Cher, 40 % ; Côte-d’Or, Nièvre, 30 % ; Allier, 15 % ; Indre, Loir-et-Cher (sud), 0 %. EnqCompl. 1999 : Taux de reconnaissance : (fayard) Alpes-de-Haute-Provence, 90 % ; Gard, 60 % ; Var, 0 %.a
a Une première version de cet article a paru dans RLR 103 (1999), 229-246.