filoche n. f.
les citations
1. Haute-Savoie, Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Ardèche, Haute-Loire (Velay), Puy-de-Dôme (Clermont-Ferrand) "filet à provisions". Une belle filoche de toutes les couleurs (GononPoncins 1984). Aujourd’hui, la filoche est remplacée par le sac en plastique (VurpasLyonnais 1993).
1. De mon temps une filoche était un sac à provisions fabriqué en filet. Le mot, et cela m’étonne, n’est pas dans le Larousse. Les sacs en plastique ont tué la filoche. (CottetLyon 1996, 176.)
— En contexte métaphorique.
2. […] les deux complices […] sont vite appréhendés à leur domicile clermontois. Devant les policiers, ils chargent allégrement la filoche de leur camarade […]. (La Montagne, 30 juin 2000, 7.)
remarques. Le mot a vieilli en ce sens, comme le référent (v. supra l’ex. 1, où filoche apparaît aussi en emploi autonymique) ; mais il est susceptible d’être réutilisé dans des emplois métaphoriques (ex. 2 ; cf. encore ex. 9).
2. pêche et chasse
2.1. Allier, Jura, Saône-et-Loire, Lorraine, Haute-Loire, Puy-de-Dôme (Clermont-Ferrand) "récipient à mailles métalliques aérées dans lequel on conserve dans l’eau les poissons pêchés". Il ferra un gardon, le fourra dans sa filoche (R. Fallet, Le Braconnier de Dieu, 1982 [1973], 17).
3. Les vrais connaisseurs pêchent à la filoche, au goujonnier, en boulottant sous les sapes des vorgines [= roseaux] où se planquent les énormes brochets. (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 15.)
4. […] pêche […] couronnée par le succès : une filoche abondamment garnie. / Ce n’était pas en fait une filoche, mais une caisse de bois récupérée chez mon oncle. Nous la portions dans le dos, comme une musette […]. Pendant les parties de pêche, elle reposait dans l’eau. Les poissons venaient y échouer un à un […]. (A. Nicoulin, Le Dessus du Mont, 1979, 147-148.)
5. Sa filoche grouille de goujons et de gardons, mais les grosses pièces lui arrachent son bas de ligne en même temps que des bordées de jurons, avant même qu’il ait le temps de mouiller son épuisette. (M. Mazoyer, Les Vacances des berthes, 1985, 12.)
6. Le soleil a boudé cette seconde partie de pêche organisée par l’APP « le Maubré » à l’étang de la Grande Fontaine et les disciples de St-Pierre étaient à l’aise sur les bords de l’étang. Comme le poisson n’avait pas envie, lui non plus, de quitter son milieu pour les filoches, les prises furent moins nombreuses que le dimanche précédent. (Les Annonces des Hautes-Vosges, 13 juillet 1986, 6.)
7. Les gaules à une main, la « filoche » à l’autre et la musette en bandoulière […]. (R. Harrburger, Du pain avec du chocolat, 1995, 172.)
8. […] il reprisait lui-même, à l’aide de gros fil noir, les épuisettes et les filoches avec l’habileté d’une dentellière. (Ph. Claudel, Quelques-uns des cent regrets, 2000, 85.)
par plaisanterie (sur le modèle de avoir plus d’un tour dans son sac).
9. Les pêcheurs ont plus d’un tour dans leur filoche [titre] (La Montagne, 11 janvier 1999, 5.)
— Comme nom d’une société de pêche.
10. C’était un passionné de nature, de pêche. / Il fut président d’un club de pêche laneuvevillois [de Laneuveville-devant-Nancy, Meurthe-et-Moselle] « La Filoche ». (L’Est républicain, éd. Nancy, 4 avril 2000, 607 [nécrologie].)
2.2. Ain "bourse utilisée pour la chasse du lapin au furet". Le lapin s’est jeté dans la filoche placée à l’entrée du terrier (FréchetMartAin 1998).
3. Alpes-de-Haute-Provence (spor.)〉 rural "filet, sac ou toile grossière servant à transporter du foin ou diverses récoltes". Synon. région. bourras*, trousse*.
11. […] la filoche, dont Peyre se servait pour descendre des granges la pâture des bêtes. (P. Magnan, L’Aube insolite, 1998 [1946].

dérivés. filochon n. m.
a) Saône-et-Loire (Mâcon), Ain, Rhône, Loire, Isère "épuisette". « Quand j’étais mouflet, mon père m’emmenait à la pêche […]. Mais le hasard voulait que je n’eusse pas les yeux sur le bouchon au moment critique. Lorsque mon dabe [= père] s’affairait et bramait “filochon !”, c’était déjà trop tard […] » (San-Antonio, Faut être logique, 1979 [1967], 59) ; « Au moment où le pêcheur et ses amis allaient sortir vainqueurs de ce combat, ils réalisèrent que leur épuisette était trop petite pour la taille d’un tel “monstre” ! L’un d’eux courut jusqu’à l’embarcadère pour emprunter le grand filochon des frères Charrion… » (R. Weil, « Au Lac de la Tête-d’Or : la pêche miraculeuse », Lyon-Matin, 23 juillet 1990) ; v. encore s.v. enfilocher. – LaloyIsère 1995 ; PlaineEpGaga 1998 « encore utilisé ».
b) Ain "poche de filet à armature en forme de poire ou en U (contenant 20 kg environ), sans manche et servant à transporter le poisson de la pêcherie jusqu’à la balance, puis jusqu’au banc du poissonnier". « [La technique de pêche] consiste à regrouper les poissons dans la pêcherie à l’aide de différents filets […]. La pêche commence. Par les plus gros. Ils sont portés sur la rive aux trieurs qui “embossent [= font entrer] les carpes dans les filochons”, passent ces filochons aux porteurs qui suspendent le filochon à une balance où le poids et la catégorie des poissons sont annoncés » (C. D., « Pêche en Dombes », Lyon Figaro, 10 octobre 1992). – Attesté dans le français de Lyon dep. 1750 (Du Pineau, "petit filet pour pescher").
◆◆ commentaire. Le terme filoche dessine une aire compacte comprenant l’Ain, le Rhône, la Loire, l’Isère (bien que paraissant absent des Savoies, il est signalé en Suisse à Genève et dans le canton de Vaud) ; il est aussi attesté dans l’Allier, la Saône-et-Loire, le Jura, ainsi que dans la Drôme, dans le nord de l’Ardèche, et a été adopté par la Haute-Loire, ainsi qu’à Clermont-Ferrand. En dehors de cette aire compacte, on le trouve en Lorraine : peut-être est-ce la trace d’une aire anciennement plus large. En effet, le terme est attesté dep. 1374 en Bourgogne (filoiche, dans l’Inventaire du mobilier du Duc de Bourgogne, dans TLF), au sens de "filet (pour attraper les loups)". Ses emplois ont évolué vers la spécialisation (Du Pineau 1750 "petit filet pour pescher ou pour enfermer quelque chose, du fruit" ; Puitspelu 1894 "bourse, filet à poissons, filet à papillons"), pour se restreindre aujourd’hui aux sens de "filet à provisions" (dep. 1916)a ou "nasse à poissons"b. Dans la lexicographie générale, l’emploi dans le domaine de la pêche est relevé dès le milieu du 18e s. (Trév 1743), mais sa définition reste obscure : "aide qui tient le haut et le bas d’un filet" (définition recopiée par Land 1843, Besch 1845, Lar 1872, et non pourvue d’exemples) jusqu’à RobSuppl 1970, qui le marque comme mot de Lyon et distingue le sens “épuisette” et celui (qui n’est signalé que pour la Lorraine dans la lexicographie régionale) de "bourriche immergée où l’on met les prises pour les garder vivantes". Le sens "filet à provisions" n’est répertorié par les dictionnaires généraux qu’au 20e s. (GLLF ; TLF ; Rob 1985). Ce régionalisme est issu de lat. filum "fil" par la filière sémantique "treillis en fil, filet, objet fait en filet", par l’intermédiaire du frpr. filochi "filet" (dep. le 14e s. en anc. lyonnais "corde", d’après Gebhardt), connu dans les parlers de la Bresse, du Lyonnais et du Dauphiné (FEW). Filoche est passé dans la langue générale comme terme de couture ("tissu à larges mailles") dep. Cotgr 1611.
a « […] on voit les cuisiniers à figure pâle qui font leurs achats, une serviette autour du cou, les ménagères avec leurs filoches des Danaïdes » Henri Béraud, L’Ours, n°11, 5, cité dans Françoise La Marca-Mathevet, Étude du lexique régional dans l’œuvre d’un auteur d’origine lyonnaise : Henri Béraud, Mémoire de DEA, Université Lumière-Lyon II, 1994, 88).
b Dans cette dernière acception, il connaît une certaine diffusion dans le milieu des pêcheurs à la ligne (« poser la filoche frétillante dans l’évier de la cuisine » J.-L. Maunoury, Cènes de famille, 1999, 121), remplaçant avantageusement des périphrases comme seau à poissons,bidon « vivier », filet ou sac à poissons, bourriche à poissons (Catalogue Manufrance, 1931, 308-309).
◇◇ bibliographie. DuPineauV ; MolardLyon 1803-1810 « filoche. Dites, filet » ; PuitspeluLyon 1894 ; Mâcon 1903-1926 ; JoblotNîmes 1924 ; MiègeLyon 1937 ; DuraffVaux 1941 "filet à provisions" ; GebhardtOkzLehngut 1974, 190 ; Gebhardt RLiR 38 (1974), 190 ; DuprazSaxel 1975, 83 ; JamotChaponost 1975, 58 ; EscoffStéph 1976, 367 ; RLiR 42 (1978), 172 ; TuaillonVourey 1983 « régionalisme inconscient et d’usage constant » ; GononPoncins 1984 « très courant » ; MartinPellMeyrieu 1987 ; MartinPilat 1989 ; MaurelFirminy 1989 ; DucMure 1990 « mot d’usage quotidien, dont le caractère régional n’est pas perçu par les locuteurs » ; LanherLitLorr 1990 ; VurpasMichelBeauj 1992 ; BlancVilleneuveM 1993 ; FréchetMartVelay 1993 ; VurpasLyonnais 1993 ; Lengert 1994 ; FréchetAnnonay 1995 ; LaloyIsère 1995 "sac à provisions, en filet" ; SalmonLyon 1995 ; GPSR 7, 457 ; FréchetDrôme 1997 ; FréchetMartAin 1998 ; PlaineEpGaga 1998 "filet à provision[s]" « encore utilisé » ; ChambonÉtudes 1999, 222 ; FEW 3, 537b-538a, filum.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (1) Ain, Ardèche, Loire, Haute-Loire (Velay), 100 % ; Isère, 80 % ; Drôme, Rhône, 65 % ; Savoie et Haute-Savoie, 30 %. (2.1) Meurthe-et-Moselle, 85 % ; Vosges, 40 % ; Moselle, 25 % ; Meuse, 15 %.