bourras [buʁa] ou [buʁas] n. m.
les citations
rural
1. Allier, Provence, Aude (ouest) "étoffe grossière, grosse toile". Un costume de gros bourras (BridotSioule 1977, 37).
□ Dans un commentaire métalinguistique incident.
1. Donc, Fabouri installait sous le platane sa tente de jute que nous appelons « bourras », son fourneau, ses fers, ses barres d’étain, un seau d’eau, ses chiffons. (P. Gougaud, L’Œil de la source, 1978, 19.)
— Emploi comptable Auvergne (Thiers) "chiffon". Prends un bourras pour essuyer tes souliers (PotteAuvThiers 1993).
2. Isère, Drôme, Provence, Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales.
2.1. "filet ou grande pièce d’étoffe grossière, servant surtout à divers usages agricoles (drap de vannage, transport du foin, du fourrage, du tilleul, etc.)". Synon. région. filoche*, trousse*. – Le bouras [sic], on s’en sert toujours pour transporter du fourrage (GermiChampsaur 1996).
2. […] il vit venir, du côté de Saint-Martin, une charrette à fourrage vide. Il s’avança à sa rencontre. Elle était conduite par un paysan qui semblait sur-le-champ un peu bête et emportait dans ses ridelles, avec des fourches et des bourras, une vieille femme à jupon rouge. (J. Giono, Le Hussard sur le toit, 1951, 395.)
3. Le conducteur de la carriole faisait claquer le fouet, et mêlait sa voix aux chants des femmes. Dans un panier fermé, en osier, se trouvait le repas, et derrière, dans un bourra [sic], le foin qui servirait au repas du cheval. (M.-Th. Chalon, Une vie comme un jour, 1976, 158.)
4. Le corps de Ezzio reposait sur une corniche, par vingt mètres de fond. On remonta les restes dans un bourras. (P. Magnan, Les Charbonniers de la mort, 1982, 173.)
5. Cueillir un essaim ne lui posait pas de problème. Arrivé au pied du prunier, il fit comme il avait toujours fait, étala au sol, à l’aplomb de la grappe, le bourras de toile, puis posa la ruche à tiroirs dessus. (M. Scipion, L’Homme qui courait après les fleurs, 1984, 32.)
6. On mettait ça [l’herbe] dans des sacs ou dans un bourras [en note : drap grossier qui sert à transporter du foin ou de la paille]. (L. Merlo, J.-N. Pelen, Jours de Provence, 1995, 67.)
V. encore ici ex. 9.
□ Avec ou dans un commentaire métalinguistique incident. Des bourrats [sic], ces carrés en toile de jute grossière dont on se servait pour faire les foins (J.-Cl. Carrière, Le Vin bourru, 2000, 214).
7. [les fleurs de tilleul] sont acheminées au marché dans de grandes toiles de jute, les « bourras », simplement nouées aux quatre côtés, ce qui permet à l’acheteur d’en prendre une poignée et d’en apprécier la qualité. (Pays et gens de France, n° 46, la Drôme, 9 septembre 1982, 12.)
8. On gaulait [les amandes] sur des bourras, c’est-à-dire sur des draps de grosse toile blanche ou marron qu’on étalait sous les amandiers avant le gaulage. Si le dessous de l’amandier n’était pas trop herbeux, on ne mettait pas de bourras. Il fallait alors avec un panier ramasser les amandes l’une après l’autre. (Témoignage recueilli à Oraison [Alpes-de-Haute-Provence] dans MartelAmandiers 1994, 79.)
V. encore ici ex. 12 et s.v. trousse, ex. 3.
□ Dans un énoncé définitoire ordinaire.
9. Alors un soir, […] ils se sont mis sur la route avec des…, des bourras (vous savez ce que c’est, les bourras ? Les sacs ou des vieux draps de lit, enfin des…) et quand ça a été l’heure d’aller veiller, les voilà partis par la route, devant eux, à marcher à quatre pattes. Alors, avec des bourras dessus, ça faisait un corps de bête. (J.-Cl. Bouvier, La Mémoire partagée, 1980, 90.)
— Var. Drôme, Ariège, Aude (ouest) bourrasse n. f. On va ramasser des choux avec la bourrasse (FréchetDrôme 1997).
10. […] ma belle-mère a trouvé ce sac de fil [de chanvre]. « C’est bien dommage, quand même, ce sac de fil il faudrait bien l’utiliser… Oh il n’y a rien à faire de ça, c’est bien grossier, tout ça ». Alors son autre sœur lui a dit : « Ecoute, ça, tu ne le jettes pas, il faut que tu en fasses faire des bourrasses, des sacs. » (Témoignage recueilli dans G. Charuty et al., Gestes d’amont, 1980, 71.)
□ Avec un commentaire métalinguistique incident.
11. […] dans les cours, les femmes disposaient des poignées de paille sur le sol afin d’étendre, sur une bourrasse, sorte de toile de jute, ou sur un drap de lit rapiécé, le grain qu’elles venaient de laver. (L. Pujol, Le Temps des fleurs, 1989, p. 255.)
2.2. Par méton. "charge transportée dans un bourras". Bourras de luzerne (FréchetDrôme 1997).
12. Chaque paysan apportait sa récolte dans un « bourras », un grand carré de toile de jute dont les quatre coins étaient rassemblés et noués ensemble. Il posait son bourras par terre, défaisait le nœud et étalait la toile, sur laquelle les cocons formaient une colline d’or. (R. Barjavel, La Charrette bleue, 1980, 147-148.)
□ Avec un commentaire métalinguistique incident.
13. Le premier mercredi de juillet se tient la grande foire au tilleul de Buis-les-Baronnies [Drôme]. C’est à la fois jour de pesées à la balance romaine […] et jour d’enlèvement par les acheteurs de ces « bourras », grands carrés de toile de jute emplis de fleurs odorantes, formant des lots de vingt à trente kilos. (D. Bottani, Le Guide des routes de l’olivier, 1996, 244.)

◆◆ commentaire. Fr. bourras "grosse toile, étoffe grossière" est dérivé sur fr. bourre (suff. ‑as). Le sens général (1.) est attesté par une longue tradition : afr. borras "étoffe grossière" (dep. env. 1230, Le Roman de la rose, TL), mfr. bourrasse "bourras, vêtement de bure" ; (« Une couverte de laine et bourrasse » Saône-et-Loire, Contrat de mariage du 22 décembre 1573, dans Mâcon 1926), fr. « dix draps de lit de toille my-linge […] deux de bourasse de chacun trois aunes » (1739, BoulangerConfolentais), « aune bourase donnée à une servante » (ms. 18e s., MussetAunSaint 1929) ; cotillon de bourras (RézeauPérochon 1934) ; aocc. (dep. env. 1250, Vie de Saint Alexis, Raynouard ; LvP), afrpr. borras "une couverture de bure" (dep. 14e s., GononForez). Si Trév 1704-1752 note le terme « vieilli », cette appréciation ne sera pas suivie par les lexicographes : de Littré à Rob 1985, bourras "grosse toile faite d’étoupes de chanvre" est signalé sans marque d’usage (TLF note uniquement « région. » pour le sens 2). Concurrencé par fr. bure (non-comptable), ce sens paraît pourtant avoir amorcé son déclin en français général dès le 18e s. et les rares emplois attestés aujourd’hui sont des survivances. Contrastant avec cet usage en déclin, 2. bien vivant et localisé dans l’aire occitane (sud du Dauphiné, Provence, Roussillon et Languedoc occidental), attesté à date récente, prolonge occit. bouras (documenté pour les sens "grosse étoffe" (ici 1.) et, plus spécialement, "drap grossier qui sert à transporter le foin ou la paille"). Il doit sa vitalité au maintien de certaines activités rurales de ramassage et de transport de produits comme le fourrage ou le tilleul.
◇◇ bibliographie. FEW 1, 640b, burra. 1. BridotSioule 1977 « vx » ; QuestThiers 1987 "chiffon" ; MartelProv 1988 ; PotteAuvThiers 1993. 2. [techn.] GermiLucciGap 1985 « technique usuel » ; MartelProv 1988 « [c’est le sens techn. qui] s’est surtout maintenu en français régional » ; DucMure 1990 "pièce de gros tissu carrée, souvent avec des anneaux aux quatre coins utilisée pour transporter des semences ou du foin" ; CampsRoussillon 1991 "drap de vannage en toile grossière" ; BoisgontierMidiPyr 1992 bourras, bourrasse ; MazaMariac 1992 ; GermiChampsaur 1996 « largement attesté en domaine occit. et francopr. » ; FréchetDrôme 1997 bourras, bourrasse « [bourras] globalement connu ; moins vivant que bourrasse ».
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (1.) bourras, bourras : Languedoc occidental, 60 % ; pyrérénée-Orientales, 30 %.