finage n. m.
les citations
〈Surtout Haute-Marne (est), Lorraine, Bourgogne, Franche-Comté usuel "étendue du territoire d’une commune rurale". Synon. région. ban*. – Le finage communal (La Haute-Saône. Nouveau Dictionnaire des communes, t. 2, 1970, 88). Les chemins du finage (G. Garillon, Vosges de mon enfance, 2000, 124).
1. J’ai cité naguère l’exemple du village [disparu] de Grancey, encore mentionné dans la Chronique de Saint-Bénigne, et dont la commune de Messigny s’est approprié le finage. (P. Lebel, « L’archéologie et la géographie historique vues à travers les lieux-dits », Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-d’Or 21, années 1938-1939, 1942, 562.)
2. Les communaux étaient pâturés en commun par toutes les bêtes et même tout le finage […] l’était aussi une fois les récoltes levées*. (J. Garneret, L’Amour des gens, 1972 [1950], 17-18.)
3. Il est vraisemblable qu’au début du siècle et à plus forte raison avant encore, notre finage a compté autant de vignerons et de bûcherons que d’authentiques laboureurs. (R. Collin, Les Bassignots, 1969, 10.)
4. […] il avait vu, dans la plaine, à ses pieds, les grandes constructions cubiques qui escaladaient le mont Muzard et le finage de Saint-Apollinaire. (H. Vincenot, Le Pape des escargots, 1972, 29.)
5. Son finage actuel [de la commune de Belfahy], approximativement triangulaire, mesure environ 2700 mètres d’est en ouest, et 2000 mètres du nord au sud ; il occupe une sorte de demi-cuvette orientée vers l’ouest, et haut placée : Belfahy est le village le plus élevé de la Haute-Saône […]. (R. Billerey, Histoire de Belfahy, 1977, 1.)
6. Hôtel qui a disparu et qui se trouvait à l’angle de la rue des Barbus et de la Place Anatole-Tirefond, le grand poète bletterannais, auteur de la fameuse « Pluie sur le finage » :
L’âpre vent de Larnaud
Lance la pluie en garauds [= à verse]
Sur le finage… (L.-A. Gauthier, Les Fidarchaux de Cabrefontaine, 1978, 282.)
7. […] dans toutes les petites vallées du finage se hâtent en cascadant les ruisseaux et les rus qui vont grossir l’Ognon naissant […]. (M. Sauvage, « Les travaux et les jours dans les Vosges saônoises », dans Barbizier. Bulletin de liaison de folklore comtois, n. s., n° 9, 1980, 136.)
8. Le patois était en somme la langue des champs et, à travers le finagea, où le travail de la terre exigeait beaucoup de monde, puisque essentiellement manuel, on entendait partout les conversations joyeuses exprimées dans notre vieille langue patoise. (L. Renoux, Un village alsacien-comtois aux années vingt, 1984, 23.)
a En note : Le finage est l’ensemble des terrains cultivés sur le territoire communal. Ce mot désigne également l’un des secteurs de l’assolement ou sole. Il en existait trois à Trétudans : le finage du Bautchet, celui de Moval et celui de Goudans. Chaque année, les cultures alternaient de l’un à l’autre.
9. Et, sans doute, ce n’est pas pour rien qu’on appelle [en Côte-d’Or] « climat » chaque petit vignoble dépendant lui-même d’un village appelé « finage ». Son propriétaire n’exploite généralement pas sa récolte lui-même. Il portera son climat à un négociant du finage qui le mélangera à d’autres climats pour obtenir un produit d’une qualité à peu près constante. (L’Univers du vivant, n° 5, novembre 1985, 24.)
10. Certains affirment que le micro-climat dû à la proximité du Der, le plus grand lac artificiel d’Europe, y est pour quelque chose [dans l’abondance des jonquilles sauvages]. D’autres prétendent qu’il en a toujours été ainsi sur le finage […]. (L’Est républicain, éd. Nancy, 22 mars 1991.)
11. Pierre Klemczynski a rejoint l’éternité de ses œuvres. Pierre Klemczynski s’est éteint dans sa demeure de Bousselanges, en Côte-d’Or, dans ce finage aux lisières de la Bourgogne et de la Franche-Comté. (Nouvelle Revue de Franche-Comté 7, 1992, 224.)
12. Le finage de Bar-sur-Aube compte 80 ha de vigne, celui du village tout proche d’Ailleville, 50 ha. (Le Pays, 23 octobre 1998, 32.)
□ En synonymie avec ban*. Le finage (ban*) [titre de paragraphe] (Chr. Voeglin, dans R. Oberlé / L. Sittler, dir., Le Haut-Rhin. Dictionnaire des communes, 1980, t. 1, 436).
□ En emploi ou en contexte métalinguistique.
13. Aujourd’hui on est passé du « finage » à « l’espace rural » […]. (J. Garneret, La Crèche et le Théâtre populaire en Franche-Comté, 1974, 28.)
14. Le terroir cultivé de la commune, moins les bois et la prairie permanente[,] constitue le finage. (J. Garneret, Vie et Mort du paysan, 1993, 62.)
□ Dans un commentaire métalinguistique.
15. Le territoire de la commune ou « finage », d’une superficie de 708 hectares, est encore, entre les deux guerres, divisé en près de 120 lieux-dits ou « climats ». (P. Gardot et S. Mandret, Hugier, d’une guerre à l’autre, 1999, 25.)

◆◆ commentaire. Attesté dep. 1232 (« el fignaige de la ferté sor Aube » GigotDocHMarne n° 1) et, aux 13e et 14e siècles, dans les départements actuels suivants : Côte-d’Or, Yonne, Aube, Haute-Marne, Ardennes, Meurthe-et-Moselle, Moselle, Haute-Saône, Doubs et Jura, ainsi que, dans le Girard de Roussillon bourguignon (Gdf ; TL ; Philipon 41, 548 et R 43, 499, 504, 505 ; MorletChampagne 216 ; GigotDocHMarne 474), fr. finage est un diatopisme du français essentiellement caractéristique, dès son origine, du quart nord-oriental de la Galloromania. Il s’agit d’un dérivé autochtone formé sur afr. fin(s) "limite" (Bald 163), lequel est lui-même implanté anciennement dans la même zone au sens métonymique de "territoire" (dep. 1254, GigotDocHMarne ; MorletChampagne 216 ; Gdf) et s’y est bien maintenu au plan dialectal (bourg., lorr. comt. SR dans FEW 3, 561b). Terme institutionnel appartenant pleinement à la langue écrite et d’usage courant jusqu’à la Révolution dans le sens "étendue de territoire sur laquelle s’exerce une juridiction seigneuriale, civile ou ecclésiastique", finage a survécu, sur une partie seulement de son aire ancienne, à la disparition des rapports féodaux, en adoptant le sens de "territoire d’une commune rurale". S’il se maintient surtout, aujourd’hui, en Lorraine, Bourgogne et Franche-Comté, ainsi qu’en Suisse romande (DSR), Frantext l’atteste encore en 1870 chez Erckmann-Chatrian (Lorraine)a, il figure dans la métalangue des sources dialectales du FEW pour Les Vouthons (Meuse, 1887), La Bresse (Vosges, 1917) et Innimont (Ain, sans doute fiche de Duraffour, cf. DuraffGloss, § 3772), et se lit, en 1943, sous la plume d’un auteur originaire de la Haute-Marne (J. Cressot, Le Pain au lièvre, 229) ; d’autre part, entre 1875 et 1925, il a été relevé dans certains parlers dialectaux, non seulement du Morvan, de la Côte-d’Or, de la Haute-Saône et du Doubs, mais encore de la Meuse et du Territoire-de-Belfort (FEW). On peut donc observer une restriction de l’aire à date récente et, semble-t-il, dans le français de l’Est, une tendance vers une distribution géographique complémentaire avec le synonyme ban* (aujourd’hui Moselle et Alsace dont Territoire-de-Belfort), qui a suivi une trajectoire similaire.
Admis dans la lexicographie référentielle dep. Trév 1704, marqué comme « t. d’ancienne pratique » (notamment Ac 1835, Besch 1845 et Littré 1864), finage y a été également repéré comme régionalisme vivant dep. Littré 1864. Parallèlement, le mot a été emprunté au français de l’Est comme terme de géographie, dans l’acception de "territoire agricole exploité d’un village, d’un hameau ou d’une ferme", subissant ainsi « un double glissement de sens » (GeorgesDictGéogr 1974). Cet emploi, devenu courant sous la plume des géographes et des historiens, doit conforter, voire stimuler, l’usage hérité de la tradition chez les érudits régionaux et chez les auteurs régionalistes. Les dictionnaires généraux rendent plus ou moins bien compte de la situation complexe du mot : (outre l’acception marquée « vx ») GLLF « dans certaines régions (Bourgogne, Franche-Comté) » ; TLF « géogr. agraire et région. (Bourgogne et Franche-Comté) » ; Rob 1985 « dans certaines provinces » ; NPR 1993-2000 « dans certaines régions ».
a Et, en référence à la Bourgogne, chez Huysmans (1903 finage de Pommard).
◇◇ bibliographie. SchneiderRézDoubs 1786, dans la métalangue s.v. fin et s.v. laboureur ; PyotJura 1838, 393, 433 ; Littré 1864 « en quelques provinces » ; Lar 1872 « certaines provinces, en Franche-Comté par exemple » ; ContejeanMontbéliard 1876 (définissant de finaige) ; GuilleLouhans 1894-1902 ; L. Febvre, Histoire de Franche-Comté, Paris, 2e éd., 1922 [réimpr. Marselle, Laffitte reprints] « les finages de Dole et de Chaussin » [au sens de "territoire", pas "territoire communal"] ; Lar 1930 « de nos jours encore (en Bourgogne, en Franche-Comté), Etendue du territoire d’une commune : Les vins du finage de Santenay » ; V. Bruppacher Vox 21 (1962), 45 ; ColinParlComt 1992 (avec cit. de Pergaud, 1914) ; RobezVincenot 1988 « très vivant en Bourgogne » ; DuchetSFrComt 1993 « archaïque en français courant [i.e. standard] mais toujours utilisé en Franche-Comté » ; DromardDoubs 1997 ; DSR 1997 (avec bibliographie) ; FEW 3, 561b, finis.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96 : Ø.