assemblée n. f.
les citations
I. Île-de-France, Normandie, Haute Bretagne, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Vienne (sud), Indre, Cher, Allier (nord-ouest), Haute-Vienne (nord), Landes, Gironde souvent vieillissant "fête annuelle du village". Synon. région. ducasse*, festin*, fête votive*, frairie*, kilbe*, messti*, reinage*, romérage*, vogue*, vote*.
1. Elle ne quittait guère la maison que pour courir la ville, les fêtes et les assemblées, bien sûr pas pour aller aux champs. (J. Rolland, Nanon, fille du Sillon, 1946, 33.)
2. – Encore une nouveauté ! Tu joues du violon ?
– Oh ! pas pour faire danser aux assemblées ni aux noces ! (P. Lebois, Les Trois Amoureuses de Villeclaire, 1968, 99.)
3. Qui est-ce ? Un inconnu. Il ne couche nulle part, ce qui le forcerait à remplir des fiches. Même fausses, elles dévoileraient au moins son écriture, des empreintes. Il surgit tout à coup dans une foire, une assemblée. Il n'hésite pas à se mêler à la foule, à trinquer, à se faire appeler d'un nom de fantaisie. (P. Lebois, La Flache aux Ecureuils, 1971, 37.)
4. Il n'avait pas d'argent pour aller se distraire dans les bals et les assemblées des bourgs*, comme le faisaient d'autres garçons. (H. Revault, Marie Courlavoine, la jument et le poulain, 1980, 42.)
5. Le bourg* n'est plus ce qu'il était dans mon jeune temps : plusieurs familles avaient de nombreux enfants et leur porte ouverte sur la place, quelques chiens étaient bien connus, deux forges faisaient tinter le fer, deux charrons et deux charpentiers ouvrageaient le bois, toutes les épiceries tenaient café, il y avait une assemblée en mai […]. (J.-L. Trassard, Des Cours d'eau peu considérables, 1981, 134.)
6. […] les « assemblées », les foires locales, constituaient l'occasion propice pour apprendre ce qui se racontait de nouveau d'un village à l'autre. (Pays et Gens de France, n° 16, les Landes, 7 janvier 1982, 7.)
7. Comme tous les jeunes, Joseph avait participé aux fêtes dans les villages des alentours, aux veillées chez les voisins, aux assemblées. (Ch. Briand, La Batteuse, 1991, 23.)
8. S'il y avait une assemblée dans les parages, nous rentrions parfois assez tard dans la nuit, en sifflant le chien de bien loin pour qu'il n'aboie pas ; en ouvrant et refermant la grille avec des précautions de cambrioleurs pour qu'elle ne tinte pas. (Y. Péan, Malices du terroir, 1991, 51.)
9. Et affluent des souvenirs de bals, d'assemblées, de mariages mémorables, rappelés tout à coup par un air qui fuse sous l'archet. Merveilleux pouvoir de la musique populaire qui abolit le temps. (L. Lebourdais, Les Choses qui se donnent…, 1995, 193.)
10. De temps immémorial, une assemblée s'y [La Gacilly, Morbihan] tenait les dimanche et lundi dans l'octave de la Fête-Dieu : fête à la fois religieuse et civile dont la tradition s'est perpétuée jusqu'à nos jours (le lundi de la Pentecôte). (A. Poulain, Contes et Légendes de Haute Bretagne, 1995, 269.)
11. À trente et un ans, il était temps de trouver un parti. La guerre avait retardé les mariages et il n'était plus d'âge à courir les assemblées de village pour repérer sa promise. (J.-Cl. Boulard, Le Charretier de la Ravissante, 1996, 29.)
12. Les assemblées, les batteries [= battages des céréales], le régiment et leur nature propre faisaient que les garçons s'en tiraient vaille que vaille et généralement plutôt bien. Mais on a vu des filles de vingt ans « et plus », tout ingénues et confiantes, pour qui la nuit de noces fut un drame qu'une floppée d'enfants ne réussit jamais, par la suite, à faire oublier. (Y. Brochet, Le Braco. Mémoire [sic] d'un angevin [sic], 1997, 114.)
13. Avec Armand Freulon qui jouait de la trompette, on s'est mis à faire les bals. À l'occasion on jouait aussi aux assemblées, pour les noces… (Interview de Marcel Pavy, 91 ans, « accordéoniste de village », Maine Découvertes n° 19, décembre 1998-janvier 1999, 32.)
V. encore s.v. parquet, ex. 3.
— Au sing. avec l'article défini et parfois une majuscule. Chaque année, le 15 août, l'assemblée attirait la population (G. Chevereau, Une enfance à la campagne, 1987, 185).
14. C'est alors que les fêtes et les réunions commencent, et, parmi celles-ci, l'assemblée et la foire de l'Angevine, qui se tiennent à Combourg le premier dimanche de septembre et les deux jours qui suivent, sont-elles des plus renommées. (R. Pichery, Le Parisien, 1946, 209.)
15. Faut voir comment il la serrait à l'assemblée et puis j'ai buté une fois dans eux, quand j'allais chercher du tabac pour Pépé, à nuit noire. Ils se faisaient des licheries sous le tunnel. Quand ils m'ont aperçue, ils se sont sauvés. (C. Paysan, L'Empire du taureau, 1982 [1974], 132-133.)
16. […] selon une mode qui commençait à gagner les villages, il était du ressort du bijoutier de « tirer en portrait » toute la noce qui avait acheté chez lui la bague de promesse – quand il y en avait une – l'anneau de mariage, la couronne et le bouquet de fleurs d'oranger qu'on placerait ensuite sous un globe et sur la cheminée, entre un vase à fleurs gagné à la loterie, à l'assemblée, et les souvenirs clinquants d'un glorieux conseil de révision. (Bl.-M. Depincé, Au Carillon de l'Ouest, 1975, 41.)
17. Une des joies de mon enfance campagnarde aura été d'accompagner mes cousines et leurs amies au bal. […] / Nous arrivions rapidement sur les lieux de l' « assemblée » où se tenait le bal, tant leur hâte leur avait donné la force de pédaler et de monter les côtes comme en se jouant. (R. Deforges, Blanche et Lucie, 1986 [1977], 108.)
18. Ce jour-là, c'était l'assemblée. Comme tous les ans, la place de l'Eglise était remplie par les baraques des forains : des tirs, des loteries, des chevaux de bois, des marchands de sucre de pomme et de macarons, des attractions fermées aussi où qu'on ne laissait point entrer les enfants, que sais-je encore. (J. Boutin, Louis Rougé, le braconnier de l'Anjou, 1979, 15.)
19. Noël, le Jour de l'An, c'était là fêtes d'enfants. En existait-il aussi pour l'effervescence des jeunes gens ? Certes… Et même l'Assemblée, bien qu'en tant que festivités laïques, on n'y vît guère qu'une ou deux loteries foraines devant quoi s'attrouper. (A. Pollier, Femmes de Groix ou la Laisse de mer, 1983, 131.)
20. L'assemblée aura lieu dans le cadre ombragé du château avec des jeux divers, mijot*, dîner champêtre […]. (Annonce de la fête annuelle de Pindray [Vienne], La Nouvelle République du Centre-Ouest, 16-17 août 1985.)
21. Vint le bal de l'Assemblée où les gars et les filles prenaient dans la rencontre d'une nuit un engagement à tirer la même charrue toute la vie. (L. de La Bouillerie, Le Chemin de la Rote aux loups, 1989, 30.)
□ Avec ou dans un commentaire métalinguistique incident.
22. Il fallait avoir bien travaillé pour aller au cinéma, et ne pas être retenu à l'école à faire des lignes [= punition consistant à copier n fois la même phrase]. Après la séance, on poussait les bancs. Daniel, un voisin, prenait son accordéon, et faisait danser quelques danses avant que les gens repartent. / Il y avait aussi bal à l'assemblée, la fête du village, quand ma mère tenait sa petite buvette. (Cl. Courchay et G. Arnoult, Une petite maison avec un grand jardin, 1980, 53.)
23. Pas de fêtes folkloriques, seule la fête au bourg* une fois par an, « l'Assemblée », c'est tout. (Cl. Rivals, Pierre Roullet. La Vie d'un meunier, 1983, 181.)
24. Mais, au 31 Mai, jour de cette grande fête foraine et religieuse à Mailhac sur Benaize [Haute-Vienne], qu'on appelait « l'assemblée », un confiseur ambulant, équipé pour la première fois d'une glacière, s'était installé. (J. Louis, Il était sept fois…, 1997, 93.)
V. encore s.v. festin, ex. 6.
II. Haute-Loire (Velay, Saugues) maison d'assemblée loc. nom. f. vieilli "maison, généralement surmontée d'un petit clocher, construite aux frais des villageois dévôts pour y loger une béate". Synon. région. maison de béate* (Per lou Chamis 39, 1982, 57 ; FréchetMartVelay 1993 comme définition de assemblée).
25. Ce sursis permit-il aux sœurs de passer l'hiver au chaud ? Purent-elles présenter un acte de propriété de leur maison d'assemblée ? Durent-elles se réfugier dans leur famille ? (C. Bertholet, Per lou Chamis 24, 1977, 163.)
26. Les communaux constituent le plus important des biens fonciers du village. S'y ajoute souvent – mais uniquement en Haute-Loire – un bien immobilier particulier, la « maison d'assemblée » ou « assemblée » bâtie par les habitants du village, généralement au milieu du 19e siècle, où le village logeait sa « sœur ». Avant l'instauration de l'instruction obligatoire – et aussi après – l'assemblée servait de « maison d'école ». (La Margeride : la Montagne, les hommes, 1983, 282.)
Haute-Loire (Velay) salle d'assemblée loc. nom. f. "pièce de la maison d'assemblée où se tenaient les réunions". Dans la salle d'assemblée des bancs et des ornements religieux (J. Chaize, « Architecture rurale en Haute-Loire : maisons paysannes et dépendances », Per lou Chamis 39, 1982, 57).
— Par ellipse Haute-Loire (Velay, Saugues) assemblée n. f. "(synon. de maison d'assemblée)".
27. […] on faisait une veillée de prières à l'assemblée, pendant que le corps du défunt, lui, était dans sa maison. (1979, agricultrice de Saugues, 55 ans, dans J.-F . Vincent, Ethnologia 17-20, 1981, 14.)
28. Près de « l'assemblée » du village, vivait un vieux garçon […]. (H. Verdier, « Une enfance à Taulhac au début de ce siècle », Per lou Chamis 52, 1988, 14.)
□ En commentaire métalinguistique incident. Ces petites bâtisses à clochetons (les assemblées) qui s'élèvent encore sur le coudert* de plusieurs de nos villages (J. Arsac, « La dentelle du Puy », Per lou Chamis 18, 1976, 20).
29. Tante sœur (la Béate*), qui avait assez d'influence, montra sa tolérance et ouvrit sa maison (l'assemblée) à la pauvre isolée [une institutrice laïque] qui ne trouvait rien à acheter dans le village. (M. Barrio-Chanal, « Souvenirs d'autrefois en massif du Meygal », Per lou Chamis 42, 1983, 9.)

graphie. Parfois écrit avec une majuscule (Per lou Chamis 52, 1988, 15).
◆◆ commentaire.
I. Enregistré comme régionalisme dans les dictionnaires français des 19e et 20e s. sans localisation ou avec des localisations approximatives (« dans certaines provinces » Landais 1834 ; « en certaines localités de la campagne » Littré 1863 ; « dans plusieurs provinces de France, et surtout en Normandie » Lar 1866 ; « dialectal » GLLF 1971 ; « régional » TLF ; « dans plusieurs provinces de France, et surtout en Normandie, en Poitou, en Bretagne » Lar 1982 ; « régional » Rob 1985). Dans les parlers dialectaux le type est représenté dans une vaste zone de l'ouest de la France qui s'étend de la Normandie à la Saintonge, en domaine d'oïl, et sur une frange au nord-ouest du domaine occitan, de la Marche au nord de la Gascogne (FEW 25, 542b-543a, assimulare). Les attestations historiques montrent l'implantation de assemblée dans le français des régions de l'ouest du domaine d'oïl depuis le début du 15e siècle : Bretagne (QJoyesR ; Quimperlé 1621, A. Croix, Moi, Jean Martin, Recteur de Plouvellec, Rennes, 1993, 86 ; Ille-et-Vilaine 1634, ibid. 116 ; Morbihan 1640, ibid. 127), Normandie (Manche 1554, Gilles de Gouberville ; Calvados 1835, Pierre Rivière, v. Lepelley, La Linguistique 16, II, 81), Poitou (1647, AHP 25, 409), de même que les attestations du mot en ce sens relevées par les dictionnaires chez des écrivains originaires de l'Ouest (Chateaubriand ; Courier ; Balzac ; Maupassant ; tous les quatre cités par les dictionnaires généraux ; R. Bazin, Madame Corentine, 1893, 79 et Récits de la plaine et de la montagne, 1903, 81 ; E. Pérochon, v. RLiR 42, 85). ALF 556 montre que assemblée est une innovation de l'Ouest, qui s'est substituée au mot général et traditionnel fête, comme en témoigne le maintien de ce dernier aux marges occidentales de l'aire assemblée (en particulier îles anglo-normandes, Basse Bretagne, Noirmoutier). L'aire de fr. région. frairie* vient s'inscrire dans l'aire de fr. région. assemblée qu'elle a donc brisée dans le Centre-Ouest (avec cependant un îlot Vienne sud et Haute-Vienne nord). Enfin, Bordeaux a emprunté deux fois pour la notion un mot français aux régions qui se trouvent au nord de la ville (régions qui, appartenant plus anciennement au domaine d'oïl et français, ont pu ainsi bénéficier d'un prestige caché) : d'abord assemblée, qu'il a pu diffuser dans sa zone d'influence immédiate (Gironde, Landes) ; puis frairie, avec une diffusion beaucoup plus limitée (Gironde nord). À l'époque contemporaine, sauf exception (« d'une grande vitalité » SimonSimTour 1995), l'usage du mot est déclinant (les « dénominations traditionnelles […] cèdent aujourd'hui la place à des syntagmes passe-partout : fête annuelle, locale ; fête folklorique, traditionnelle ; fête des battages, des vieux métiers, etc. » RézeauOuest 1990 ; « vieilli et actuellement de peu d'usage » BoisgontierAquit 1991 ; « Employé : Orne ; Manche ; Haute-Normandie. Connu : Calvados » LepelleyNormandie 1993 ; sans marque d'usage, DubuissBonBerryB 1993 ; « Pour nommer la fête patronale, c'est le terme assemblée (fête patronale), qui était autrefois employé. Il fut remplacé plus tard par celui de “fête” et, dans les années quatre-vingt-dix, de “kermesse” » SchortzSenneville 1998). V. encore ChambonÉtudes 1999, 166 (Pourrat,Gaspard des montagnes).
II. Création du français du Velay sur frm. assemblée "réunion d'un certain nombre de personnes assemblées en un même lieu pour un motif commun" (dep. 1539, TLF) appliqué aux réunions où, sous la direction de la béate, on faisait des prières, des lectures pieuses et où les femmes confectionnaient de la dentelle (dep. 1961, P. Nauton, ALMC 1698*) ; sans attestation ancienne dans la documentation disponible. Les formes de l'occitan régional (FEW) sont calquées sur le français. – FréchetMartVelay 1993 « usuel à partir de 20 ans, connu au-dessous » ; à aj. à FEW 25, 543b, assimulare (sans attestations françaises).
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance (I) : Indre, Indre-et-Loire, 100 % ; Cher, Île-de-France, 80 % ; Allier, Basse-Normandie, Loir-et-Cher (sud), Maine-et-Loire, Sarthe, 65 % ; Loire-Atlantique, 60 % ; Ille-et-Vilaine, 10 %.