vogue n. f.
les citations
〈Surtout Saône-et-Loire (sud), Jura, Haute-Savoie, Savoie, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Hautes-Alpes, Ardèche, Haute-Loire (Velay) usuel "fête du village ou du quartier". Synon. région. assemblée*, ducasse*, festin*, fête votive*, frairie*, kilbe*, messti*, reinage*, romérage*, vote*. – Le bal de la vogue, le 15 août (M. Thimon, Un village comme tant d’autres, le mien !, 1983, 82).
1. Pour continuer mon initiation à la vie lyonnaise, on me mena, peu après, à la vogue de la Croix-Rousse. / C’était alors une vogue, une vraie – pas la pâle réjouissance de maintenant –, à la fois fête du vin nouveau et fête foraine, où l’on buvait ferme et s’amusait de même, où l’on savourait la châtaigne grillée, au milieu de cent attractions, arrivant directement de Neuilly ou de la barrière du Trône. […] Du Gros Caillou à la place des Tapis, on se portait littéralement, on s’écrasait devant les tirs, devant les loteries à la vaisselle, devant les billards japonais. […] Les deux ficelles* déversaient sans arrêt des trôlées [= ribambelles] de vogueurs*, venues d’en-bas. On dansait. On se jetait des confetti. On riait. (M.-É. Grancher, Lyon de mon cœur, 1946, 28-29.)
2. Saint-Jean-de-Bournay [Isère] : la grande vogue de la Saint-Pierre. C’est tout prochainement, les 1er, 2, 3 et 4 juillet que se tiendra […] la grande vogue annuelle dite de la Saint-Pierre. Un nombre considérable de forains, attractions et manèges divers vous attendent. (Les Allobroges, 28 juin 1950, 4.)
3. Le lundi était la dernière journée de la vogue à Vienne [Isère]. Et ce fut une belle journée avec un temps splendide et une foule nombreuse […]. (B. Clavel, L’Hercule sur la place, 1985 [1966], 89.)
4. À l’occasion de la vogue d’Ambilly [Haute-Savoie] les débits de boissons sont autorisés à rester ouverts jusqu’à 2 heures du matin dans la nuit du 22 au 23 mai ainsi que dans la nuit du 23 au 24 mai. / Les bals sont autorisés au cours de ces mêmes nuits et heures. (Le Progrès (savoyard), 21 mai 1971, 9.)
5. Par bonheur, il y avait [à Saint-Étienne] souvent la vogue… et surtout, pas loin de chez nous, la plus belle, la plus animée, celle qui s’installait place Carnot et y demeurait une bonne partie de l’hiver. (M. Bailly, Le Piosou, 1980, 18.)
6. – Et la vogue alors, qu’est-ce qu’il y avait pour la vogue ?…
– Ah ! bè ça ça dépend. Les villages*, c’était pas tant compliqué, les villages… La commune nous donnait un peu de l’argent vous comprenez, pour payer les musiciens eh ! Et puis alors on faisait quelques petites courses là, des courses à pied quoi. Et puis l’après-midi […], on faisait des tirs : tir au lapin, tir au coq pour les chasseurs, pour les amuser un peu. Et puis le soir c’était le bal. La buvette quoi, et le bal. Voilà. Oh ! c’était simple quoi, mais enfin. Et ici là notre vogue c’était comme dimanche passé là, on appelait ça la vogue des cerises parce que les cerises étaient bien mûres, et il y avait beaucoup de cerises ici. C’était la vogue des cerises. / Et la vogue de Lus c’était le… le dimanche après le 23 août. Seulement ils l’ont avancée un peu à cause des estivants vous comprenez, parce qu’après y en a pas tant. (Témoin né en 1911, dans J.-Cl. Bouvier, La Mémoire partagée, Lus-la-Croix-Haute (Drôme), 1980, 109.)
7. En sortant de la messe, le dimanche de la vogue à Lapte [Haute-Loire], mon tonton Marius voulut me faire monter dans les « bateaux », mais je ne voulus pas. J’avais trop peur de tomber. Il m’acheta un tourniquet et je partis à la maison bien contente. (Germaine [rédaction d’élève de l’école primaire], Per lous chamis 34, 1980, 13.)
8. En Haut-Vivarais, à Sarras, à la « vogue du canal » (ou du vin nouveau) en octobre, il y a encore de nos jours, le lundi, un tiercé de chèvres. Cette vogue dure trois jours et est organisée par les sapeurs-pompiers. on [sic] l’inaugure le samedi soir par une retraite aux flambeaux. (M. Carlat, dans M. Carlat, L’Ardèche, 1985, 361, n. 126.)
9. Heureusement qu’il y a la vogue, les manèges, les barbes à papa […] ! (A. Begag, Le Gone du Chaâba, 1986, 23.)
10. Il y avait ce jour-là [à une fête d’aviation] une foule joyeuse et bon enfant, venue de tous les coins du département, on se serait cru à une « vogue ». (M. Fouriscot, Marie la dentellière, 1987, 109.)
11. Hier comme aujourd’hui, la vogue se concrétise par des installations devenues banales : manèges et autres divertissements forains, loteries, attractions, bals. (R. Bouiller, « Les “vogues” », dans Br.-J. Martin et al., Forez, De la Madeleine au Pilat, 1987, 146-147.)
12. Il y a foule dans les rues d’Albertville en ce dimanche après-midi de juin et plus encore sur le pré de foire où la vogue bat son plein. La vogue, autrement dit les réjouissances qui entourent la fête du saint patron de la paroisse : Jean-Baptiste. (J. Rosset, Les Porteurs de terre, 1990, 11.)
13. Du 11 au 14 juillet, Pélussin [Loire] s’anime avec les conscrits de la classe 99 pour la vogue […]. En soirée, toutes les générations sont invitées à faire la fête : bal musette sur l’esplanade Saint-Jean et bal gratuit emmené par les conscrits au cœur de la vogue. (« En avant la vogue », Le Réveil du Vivarais et de la Vallée du Rhône, 11 juillet 1997, 20.)
14. – J’aime bien celui-là [un tableau], dit-il.
– C’est la vogue des vignerons à Clarafond, commente Lucien […].
– La vogue ?
– La fête du village. C’est comme ça qu’on dit chez nous. Vous êtes d’où ?
– Paris. (D. Van Cauwelaert, La Vie interdite, 1999 [1997], 255.)
15. – […] On avait des gâteaux uniquement pour la vogue. On avait des rissoles* ce jour-là… La vogue, c’était un grand moment, on l’attendait. (Témoignage recueilli à Reyvroz, Haute-Savoie, dans J.-N. et Ph. Deparis, La Place du village, 1998, 153.)
□ En emploi métalinguistique.
16. – […] A part les semi-noctambules qui se tiennent jusqu’à minuit dans une ou deux rues du centre, « ils » sont tous couchés à neuf heures !… Mais ici, une fois par an, en automne, il y a exception. Ici la « vogue des marrons et du vin blanc doux !… C’est une tradition ! »
– […] La vogue ? dit John.
– […] Oui, ce que d’autres appellent la fête. À vrai dire, c’est plutôt une fête de quartier. (F. Breysse, La Traboule, 1958, 79.)
17. À Lyon, la fête foraine, appelée vogue, est le jardin de la bonne humeur et des sourires à bon marché. Le mot vogue a du bouquet. Il fleure le pain d’épice, la gaufre au miel et le nougat de Montélimar. Il est bruyant comme un manège. N’existerait-elle pas qu’il suffirait de parler de la vogue pour que ses flonflons s’échappent des bouches entrouvertes. (B. Pivot, L’Amour en vogue, 1959, 11.)
V. encore ici, ex. 14 ; s.v. festin, ex. 6.
□ Suivi d’un commentaire métalinguistique incident.
18. Il craint la foule. La cohue, le bruit des manèges les jours de vogue – fête* votive du village – lui donent déjà mal à la tête. (A. Mante, Le Temps s’élève, 1995, 121.)
remarques. Selon sa date, la vogue est l’occasion de fêter un produit de la terre local, d’où les syntagmes vogue des cerises (ici ex. 6), vogue des marrons (« La vogue des marrons à la Croix-Rousse » CottetLyon 1996, 229), vogue du vin nouveau (ici ex. 8).
— Par anal. "comportement négligent et relâché ; lieu bruyant où règnent le désordre et la confusion". Stand. fam. bazar, cirque, foire. Synon. région. messti*.
19. Nous les [des journaux ou livres pour enfants] lisions à la cantine, où nous échangions nos journaux. Le jour de leur parution, il nous arrivait d’en prolonger la lecture pendant le repas du soir. / C’est alors que nous percevions l’exclamation suivante : « Ah, bon flamme… Il n’y a pas d’eau, mais qu’est-ce que c’est que cette vogue ! / Allez chercher de l’eau à la pompe, compris… […] Et que ça saute. » (M.-J. Faure-Bouteille, Le Pépé au grenier, 1985, 63.)

dérivés. Ain, Lyon, Loire, Isère vogueur n. m. vieilli
1. "jeune homme ou jeune fille qui organise la vogue". « La vogue*, fête populaire et païenne, était organisée par les conscrits […]. Cette journée très privilégiée par les habitants permettait des réunions de famille où l’on invitait les enfants mariés et n’habitant plus Saint-Maurice. / Le samedi soir, les jeunes vogueurs faisaient péter les boîtes, des caisses de fer renforcées, bourrées de poudre noire, munies d’un cordon allumeur produisant une détonation, comme un coup de canon […] » (M.-J. Faure-Bouteille, Le Pépé au grenier, 1985, 153).
2. "personne qui participe à la vogue". Voir s.v. vogue ex. 1.
◆◆ commentaire. En usage dans une large aire sud-est, ce régionalisme est attesté dep. 1460 à Lyon (astrologues : vougues "fêtes patronales", La Complainte de François Garin, marchand de Lyon, éd. M.-J. Bayard et al., Lyon, Presses Universitaires, 1978, v. 1634 ; v. Roques Z 95, 451) ; 1552 (« […] ceux de la garnison de Marualz [au Pays de Gex] faisoient vne feste comme vogues, ou venoient gens de toutes pars, qui faisoient vn certain iour de l’annee mille insolences & yvrongneries, comme les Païsans ont de coutume en plusieurs lieux de celebrer les festes des saints de leurs paroisses, avec grande moquerie & derision de Dieu, & de ses saints » G. Paradin, Cronique de Savoye, Lyon, 216). Le mot est d’usage général dans la grande région lyonnaise, où il est la norme : « le mot vogue, typiquement lyonnais, gagne » (M. Gonon, « État d’un parler franco-provençal dans un village forézien en 1974 », Ethnologie française 3, 1973, 282) ; « dans le Rhône et la Loire, le nom “vogue” a été presque officialisé » (G. Taverdet, Les patois de Saône-et-Loire, 1981, 13) ; « C’est un mot lyonnais qui nous a conquis. […] Vogue est le terme officiel, qui figure sur toutes les affiches » (GononPoncins 1984, 247) ; « Il n’y a que quelques années que j’ai constaté que ce mot est ignoré des Parisiens. […] Peu de Lyonnais savent que ce mot n’est pas français [i. e. standard] ; nous devrions dire fête foraine » (CottetLyon 1996, 101 et 229)a. La documentation ne fait apparaître qu’un cas où fête votive semble être la norme supra-régionale (Izeron, à l’ouest de l’Isère ; ici ex. 18). Il connaît un prolongement en Suisse (dans le Valais et à Genève, où on le trouve dès la fin du 15e s. ; v. DSR 1997) et il est également présent dans l’extrême sud de la Bourgogne (où il constitue le prolongement de l’aire lyonnaise), dans la Drôme, dans les Hautes-Alpes, en Ardèche (Annonay, Privas), et s’est diffusé jusqu’en Provence (BrunMars 1931 ; encore MartelProv 1988 et EnqCompl 1999) et en Haute-Loire (par l’intermédiaire de la région stéphanoise) où il est senti comme le terme non marqué par rapport à reinage (v. ce mot, ex. 4-5). Une telle aire de diffusion est caractéristique du rôle de Lyon comme centre directeur. Entré dans la lexicographie générale au 19e s. (LittréSuppl), vogue est aujourd’hui recensé par la majorité des dictionnaires contemporains (Ø GLLF), avec une localisation assez précise : Rob 1985 et NPR 1993-2000 « régional […] Lyonnais, Sud-Est », citant Stendhal ; TLF « région. (Alpes, Lyonnais, Provence) » ; Lar 2000 « région. (Sud-Est) ; Suisse ». Le dérivé vogueur est apparu plus tardivement dans la lexicographie régionale (1894, PuitspeluLyon) et n’est pas recensé par les dictionnaires généraux.
Au sens de "fête de village", vogue est issu de germ. *wogon "voguer, être balancé", par la trajectoire sémantique "se déplacer par vagues, affluer" (« vogue, comme assemblée, désigne la fête par le concours de gens qu’elle provoque », DauzatPatois, 104). Le type lexical est attesté, de façon concomitante au français, dans les parlers dialectaux dep. le 16e s. (1584 pour l’occitan, en Provence) ; à l’heure actuelle, son aire d’emploi dans les patois recouvre le domaine frpr. et déborde en domaine occ. sur la Drôme, les Alpes Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence, l’Ardèche et la Haute-Loire (FEW). Le type vogueur est également attesté en frpr. (à Lyon et Crémieu, Isère).
a Le mot pénètre même fortement les patois du Beaujolais, au détriment du type fête (v. Cl. Michel, Les Parlers beaujolais. Géographie linguistique du nord du département du Rhône, Dijon : Association bourguignonne de dialectologie et d’onomastique, 1993, 366).
◇◇ bibliographie. DuPineauV ; RollandGap 1810 ; BreghotLyon 1828, 229 ; Delacroix, Essai sur la statistique, l’histoire et les antiquités de la Drôme, 1830, 303 « Les fêtes patronales qu’on nomme vogues sont ordinairement fort bruyantes. Chaque village a la sienne. C’est le rendez-vous de toutes les populations voisines »a ; GabrielliProv 1836 ; OffnerGrenoble 1894 ; PuitspeluLyon 1894 ; FertiaultVerdChal 1896 ; ConstDésSav 1902 ; VachetLyon 1907 ; ParizotJarez [1930-40] ; BrunMars 1931 ; PrajouxRoanne 1934 ; MiègeLyon 1937 ; DuraffVaux 1941 ; DuprazSaxel 1975, 216 dans la métalangue, s.v. epunye ; JamotChaponost 1975, 57 ; RLiR 42 (1978), 186 ; MédélicePrivas 1981 « sans concurrent français [standard] » ; ArmanetVienne 1984 ; GononPoncins 1984 ; MeunierForez 1984 ; DuraffHJura 1986 « usuel » ; GuichSavoy 1986 ; MartinPellMeyrieu 1987 ; MartelProv 1988 ; MartinPilat 1989 ; MaurelFirminy 1989 ; DucMure 1990 ; TavBourg 1991 « surtout connu dans l’extrême-sud de la région » ; BrussonCordon 1982, 21 (dans la métalangue) ; VurpasMichelBeauj 1992 ; BlancVilleneuveM 1993 ; FréchetMartVelay 1993 ; GagnySavoie 1993 ; ValThônes 1993, 155 ; VurpasLyonnais 1993 ; Lengert 1994 ; FréchetAnnonay 1995 ; LaloyIsère 1995 vogue et vogueur ; SalmonLyon 1995 ; GermiChampsaur 1996 ; DSR 1997 (avec bibliographie) ; FréchetDrôme 1997 ; ébauche de cet article dans FrMod 65, 68-69 ; FréchetMartAin 1998 ; LengertAmiel ; MichelRoanne 1998 « usuel » ; PlaineEpGaga 1998 ; ChambonÉtudes 1999, 240 ; F. Matteucci (comm. pers. sur la vogue de Rive-de-Gier) ; FEW 17, 606b-607a, *wogon.
a L’éd. de 1817, 178 portait seulement : « Les fêtes patronales sont ordinairement fort bruyantes. C’est un rendez-vous pour les habitants des villages voisins ».
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96 : Ain, Ardèche, Drôme, Isère, Loire, Haute-Loire (Velay), Rhône, Savoie, Haute-Savoie, 100 %. EnqCompl. 1999. Taux de reconnaissance : Var, 15 %.