navette n. f.
les citations
I. Hautes-Alpes, Provence usuel "petit gâteau sec, dont la forme évoque une barque, traditionnellement confectionné à Marseille le jour de la Chandeleur (2 février)". Navettes à la fleur d’oranger (Var-Matin, 21 octobre 1998, var-infos 3). Navettes à l’anis (Y. Audouard, Le Sabre de mon père, 1999, 159).
1. La Provence ne connaît guère de spécialités de gros pains, sauf quelques façonnages particuliers, dans la région de Gardanne notamment. Par contre les fougasses* […], et les navettes façonnées en petits fuseaux allongés sont, avec les pans bagnats[,] les petites unités de boulangerie typiques de cette région et qui constituent le plus souvent l’essentiel des casse-croûte. (J. Montandon, Le Bon Pain des provinces de France, 1979, 128.)
2. Spécialités régionales [dans une boulangerie de Gordes, Vaucluse] : un très bon pain aux olives […], des croquettes aux amandes et des navettes à l’anis. (É. de Meurville & M. Creignou, Le Guide des gourmands 1991, 1990, 31.)
3. Chaque année, au moment de la Chandeleur, tante Mathilde m’emmenait à l’abbaye de Saint-Victor. C’est là, dans les cryptes, que depuis des siècles on vénère la Vierge Noire […]. La visite à la Vierge Noire comporte deux rites, si l’on veut respecter la tradition. Déposer au brûloir un cierge de couleur verte – c’est aussi celle du vêtement que porte la statue de la Vierge –, aller faire la queue au « four aux navettes » [pâtisserie proche de l’abbaye] pour acheter une sorte de biscuit, la navette, qui ressemble à celle des machines à tisser. (J.-M. Di Falco, Le Gàrri, 1992, 32-33.)
4. Le 2 février, à Marseille, arrivent les navettes de saint Victor, patron de Marseille […]. Aux jours « gras », […] on trouve des oreillettes* « à pleines banastes »* […]. (J.-Cl. Ribaut, dans Le Monde, 20 mars 1993, 33.)
5. C’est un produit à forte connotation religieuse, associé à la Chandeleur. […] Beaucoup de gens n’achètent des navettes qu’à cette période, elles sont alors gardées en signe de prospérité durant l’année. (L’Inventaire du patrimoine culinaire de la France. Provence-Alpes-Côte d’Azur, 1995, 140-141.)
encyclopédie. Recettes de « Navettes » dans L’Encyclopédie de la cuisine régionale. La cuisine provençale, 1980, 144-145 et de « Navettes de Saint-Victor » dans Ph. Blanchet et Cl. Favrat, Dictionnaire de la cuisine de Provence, 1994, 101. V. encore L’Inventaire du patrimoine culinaire de la France. Provence-Alpes-Côte d’Azur, 1995, 140-141.
II. Tarn usuel "gâteau sablé en forme de losange, comportant des amandes hachées, de taille et de poids variables selon les fabricants".
6. Des gâteaux typiques [du Tarn] : les navettes ; les gimblettes* […]. (Pays et gens de France, n° 68, le Tarn, 10 février 1983, 4e de couverture.)
encyclopédie. V. L’Inventaire du patrimoine culinaire de la France. Midi-Pyrénées, 1996, 95-96.
III. Sarthe vx "petit gâteau en forme de losange".
7. Il faisait aussi des navettes : des petites brioches en forme de navettes de tisserand. C’était la gourmandise des enfants. (G. Chevereau, Une enfance à la campagne, 1987, 229).

◆◆ commentaire. Ces trois emplois du mot ne sont pas pris en compte par les dictionnaires généraux contemporainsa. Ils sont des métaphores de fr. navette "instrument du tisserand", avec peut-être, pour le premier, une remotivation sur navette "bateau", par référence à la légende des Saintes-Marie-de-la-Mer ; FEW 7, 67b, navis. Le terme apparaît en 1739 dans le français de Suisse romande dans la langue de la boulangerie-pâtisserie, en un sens indécidable (« Serment des patissiers, faiseurs de navettes, torches » (Règl. Chambre des blés, Genève, dans Pierreh s.v. torche)b.
I. Type lexical attesté dep. 1785 en provençal (« naveto […] Navette, instrument de Tisserand […] : on donne aussi ce nom à un gâteau fait en forme de navette » AchardMars), dep. 1866 en francoprovençal (BridelSuisse, v. FEW) et dep. 1931 en français de Marseille (Brun).
II. Attesté dep. 1913 (« un morceau de fruit confit qui émerge de la navette » L. Rieux, Au pays de Cocagne. Livre de cuisine albigeoise, 71) ; cf. les correspondances de poilus du Sud-Ouest qui « fourmillent de demandes ou de remerciements […] “melsas” (boudin blanc fait avec de la mie de pain et des œufs), et “navettes” (sablés aux fruits confits) de la région de Castres, “tourrons” (nougat de Catalogne) […] » (G. Bacconnier et al., La Plume au fusil, 1985, 56).
III. Attesté en Loire-Atlantique dep. ca 1850 « navette s.f. petit échaudé en forme de navette, mais beaucoup plus applati [sic] » BizeulBlain), le terme a désigné diverses pâtisseries en Haute Bretagne, dans le Pays nantais, le Maine et l’Anjou ; il semble n’y être plus qu’un mot-souvenir.
a Un sens approchant, dans Rob 1985 et NPR 1993 "petit pain au lait (pour buffet)", semble récent [les dates alléguées dans Rob 1985 et NPR 2000 concernent d’autres sens] et de diffusion encore restreinte ; mais cf. ce titre de recette : « Navettes au poulet pimenté / 4 petits pains longs de campagne / 2 blancs de poulet fermier […] » (Prima, n° 203, août 1999, 135) ; et cet avis commercial (où le mot est glosé) : « Confiez-nous vos commandes de / Petits pains de table à votre fantaisie / Navettes (mini pains au lait) / Pains au seigle / Pains surprise prêts à découper » (Magasin Auchan, Strasbourg, 25 novembre 1999).
b L’attestation de 1754 (DDL 47), qui concerne également la Suisse romande, laisse entendre qu’il s’agit d’une pâtisserie individuelle.
◇◇ bibliographie. (I) BrunMars 1931 ; RLiR 42 (1978), 188 ; MartelProv 1988 ; BlanchetProv 1991. – (III) BizeulBlain ca 1850 ; LittréSuppl "nom, en Bretagne, d’une espèce d’échaudé" ; EudelNantes 1884 ; CoulabinRennes 1891 ; « […] la navette, petit échaudé campagnard de forme triangulaire que l’on trempait dans du lait pour le faire cuire à la poêle en le saupoudrant de sucre blanc en poudre » (P. Eudel, La Gastronomie à Nantes, 1908, 7) ; VerrOnillAnjou 1908 "petit pain rond ou allongé" (à Lué-en-Baugeois).
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (I) Alpes-de-Haute-Provence, Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse, 80 % ; Hautes-Alpes, 75 % ; Alpes-Maritimes, 30 %. (II et III) Ø.