petitou, ‑oune n. m. et f.
les citations
Drôme, Provence, Gard, Hérault, Aude, Ariège, Haute-Garonne, Tarn, Tarn-et-Garonne, Aveyron, Lozère, Ardèche, Haute-Loire, Cantal, Puy-de-Dôme, Pyrénées-Atlantiques fam.
1. "enfant très jeune". Stand. fam. tout petit, petiot. Synon. région. gari*, mousse*, nin*, niston*, pitchoun*.
— [Envisagé dans un rapport de filiation] Pleure, ça te soulagera, mon petitou (L. Bourliaguet, La Dette d'Henri, 1958, 94).
1. […] ce petitou il s'ennuie sans ses parents, il a besoin d'amour. (J.-N. Blanc, Esperluette et compagnie, 1991, 49.)
2. Jean, très ému, souriait à ce cher neveu.
– Il est mignon, ton petitou ! (Cl. Fourneyron, Quel temps faisait-il en Auvergne ?, 1991, 74.)
3. « Mon grand a choisi de faire carrière dans l'armée. Si ça se trouve, mon petitou [le second fils, âgé de cinq ans] court davantage de risques en traversant la route. » Coiffé d'un béret que lui a offert son frère aîné, le « petitou » se met au garde-à-vous devant la télé dès qu'apparaissent des images de militaires. (Reportage sur les spahis de Valence [Drôme], dans Le Monde, 17 janvier 1991, 7.)
4. Les diminutifs d'usage, encore surabondants quand on s'adressait aux petitous sont en train de disparaître du langage des mères. (Y. Rouquette, « Histoires de parler », dans Toulouse, 1991, 141.)
V. encore s.v. béate, ex. 2.
— [Envisagé seulement par rapport à l'âge] Quand nous étions petitous (P. Cauvin, Rue des Bons-Enfants, 1990, 109).
5. Puis il alla choisir la plus belle miche de pain, la plus dorée, la plus craquante, et la posa sur ses genoux pliée* dans un papier fin. Les coques* et les fougasses* qui sortaient tout juste du four, il en fit un joli paquet, disant :
– J'en ai mis une en plus. Ce sera pour le « petitou ». (R.-A. Rey, La Passerelle, 1976, 186 [sic pour la ponctuation].)
6. La sœur dit : « Bien sûr mon cher enfant (elle a aussi l'accent méridional) bien sûr nous serons ravies d'accueillir la petitoune. » (J.-L. Bory, Le Pied, 1978 [1977], 89).
7. […] un petitou qui s'en va [= meurt] avant une mémé, ce n'est pas dans l'ordre des choses. (Th. Bresson, Le Vent feuillaret. Une enfance ardéchoise, 1980, 23.)
8. Les « tatas » [= femmes de service des écoles marseillaises], puisqu'on ne les appelle que comme ça, y compris aux actualités régionales, manifestent aussi « pour les minots*, pour nos petitous », comme le dit une déléguée CFDT. En termes plus académiques, « pour un meilleur taux d'encadrement en surveillance ». (Le Monde, 2 avril 1997, 8.)
● Comme terme d'adresse. Voir s.v. mère, ex. 13.
— Emploi adj. Elle est bien petitoune pour aller toute seule à l'école (MazaMariac 1992).
9. – Viens, me dit la cousinette, viens avec moi, je te donnerai quelque chose que tu aimais quand tu étais « petitoune »… (M.-P. Grégoire, « La cousinette », Revue du Rouergue 31, 1977, 257.)
2. Au fig. "personne d'humble condition, en bas de l'échelle sociale".
10. Le Jeantou était né pauvre. / Parmi les petits, un petitou. Pas la peine d'essayer de péter plus haut que son cul. Devait bien avoir raison le curé : « il faut rester dans son état… » Reste une merde, tiens. (R. Eymard, Nous sommes tous des Nez noirs, 1988, 25.)

remarques.
1. petiton, ‑onne n. m. et f. Hautes-Alpes, Provence fam., peu usuel
a) [En parlant d'une personne] "très jeune". « Paulette que j'ai connue toute petite, petitonne… » (P. Brun, Raimu mon père, 1980, 144).
b) [En parlant d'un inanimé concret] "de petite taille". « – Et les pommes de terre [dans la bouillabaisse] ? – Ça je me méfie […]. J'en mets une petitone pour deux personnes » (Ch. Blavette, Ma Provence en cuisine, 1984 [1961], 31). – Attestée dep. 1931 dans le français de Marseille (petiton, Bruna), cette forme est signalée seulement au féminin dans MartelProv 1988.
2. petitounet, ‑ette n. m. et f. Drôme, Ardèche, Puy-de-Dôme fam. "id.". « Elle est venue avec son petitounet, qu'il est mignon ! » (MazaMariac 1992). Emploi adj. « – Faites bien attention, il est si petit, si petitounet… » (Y. Audouard, Ma Provence à moi, 1968, 215). « Anne-Marie, toute petitounette alors. Et sa sœur guère plus grande » (L. Gachon, La Petite-fille de Maria, 1974, 64). – Emprunté à l'occ. (FEW 8, 344b, *pettittus), avec adaptation phonétique, petitounet est attesté dep. 1861 dans le français de Clermont (« Dans quelques localités, on dit petitounet » MègeClermF) ; TuaillonRézRégion 1983 ; TLF s.v. ‑et, ‑ette B 2.
a Transcrit par erreur petition dans FEW.
◆◆ commentaire. Mot affectif, emprunté récemment (dep. 1861 dans le français de Clermont, Mège), sans adaptation, d'occ. petitou(n), de même sens (Mistral), et qui s'est répandu avec les progrès de l'usage massif du français (populaire) ; la forme petitou est extensive par rapport à occ. petitoun (est du Rhône et Gascogne). Non pris en compte par les dictionnaires généraux du français contemporain, petitou reste marqué diatopiquement (à l'intérieur d'un triangle ayant pour sommets les Alpes-Maritimes, le Puy-de-Dôme et les Pyrénées-Atlantiques), malgré l'observation de Doillon 1983 qui l'indique un peu vite « passé pratiquement dans le familier français ».
◇◇ bibliographie. MègeClermF 1861 ; BrunMars 1931 petiton ; BigayThiers 1941 ; SéguyToulouse 1950 ; BonnaudAuv 1976 ; KellerRussoBéarn 1985 ; JaffeuxMoissat 1987, 32 ; MartelProv 1988 ; CampsLanguedOr 1991 ; BoisgontierMidiPyr 1992 ; MazaMariac 1992 ; PotteAuvThiers 1993 ; MazodierAlès 1996 ; QuesnelPuy 1999-2000 ; MoreuxRToulouse 2000 ; FEW 8, 344a-b, *pettittus.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Cantal, Gard, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, 100 % ; Aude, Hérault, Lozère 90 %. (petiton, ‑onne) Alpes-de-Haute-Provence, Bouches-du-Rhône, Var, 80 % ; Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Vaucluse, 50 %.