buron n. m.
les citations
[°°dérégionalisation] 〈Surtout Auvergne, Aveyron, Lozère "(dans les monts du Cantal, l’Aubrac, le Cézallier, les Monts Dore et les monts du Forez) construction maçonnée servant d’habitat temporaire pendant la belle saison et où se fabrique la fourme*". Synon. région. chalet*, jasserie*, mazuc*. – Les burons du Cantal (J.-Cl. Roc, Burons de Haute-Auvergne, 1992, 62). Le buron de Raveyrol (J. Anglade, La Soupe à la fourchette, 1996 [1994], 121). La plupart des burons ferment leurs portes (A. Meynier, RHA 45, 1975, 207). Fermeture des burons (D. Crozes, RevRouergue 37, 1983, 182). Des burons délaissés (Fr. Graveline, L’Invention du Massif Central, 1997, 48). Un buron aménagé en restaurant (Le Monde sans visa, 2 juillet 1988, 15).
1. Pauvre cher buron, victime des difficultés de recrutement d’un personnel qualifié, de celles de la rentabilité de l’exploitation et aussi de l’écoulement de la production du fromage, tu es abandonné comme bien d’autres, guetté aussi par le délabrement suite à l’abandon de la fabrication de la fourme* sur place en particulier sur les montagnes de l’Aubrac lozérien. (M. Sudries, « Hommage au vieux buron abandonné », Lou Païs 183, mai-juin 1972, 121.)
2. Bâti rustiquement au milieu d’un pacage,
Un buron plein d’orgueil, bien qu’aux murs lézardés[,]
Renferme en un réduit notre excellent fromage.
Oh ! quel triste habitat aux abords dénudés !
Ne le méprisez pas, il fut mon hermitage !… (Acrostiche de M. Laporte, originaire de la Viadène, dans L’Aubrac 4, 1973, 109.)
3. De nos jours, les burons sont déserts, les veaux se chargent de la traite, le fil de fer barbelé et le « berger électrique » ont remplacé les pastourels de naguère. (J. Mallouet, Jours d’Auvergne, 1992 [1975], 469.)
4. Plusieurs burons du Salersois restent en activité et on y fait encore la fourme* pendant l’été. (A. Pourrat, Traditions d’Auvergne, 1976, 169.)
5. Le buron, en effet, comme une grosse taupinière de pierres et de lauzes*, est à ce point intégré dans le paysage qu’on le croirait là, poussé naturellement, le plus naturellement du monde sorti de terre. (A. Galan, Burons que vent emporte, 1979, 52.)
6. Sa famille resta jusqu’au bout son unique raison de vivre, son ultime réconfort. Elle était au centre de ses préoccupations et de ses songes lorsqu’il arpentait la rude terre de l’Aubrac du côté de son buron de Bonnefont, traquait le lièvre ou taquinait le goujon de l’Aveyron […]. (P. Gombert, « Pierre Loubière », Revue du Rouergue 33, 1979, 16.)
7. Actuellement, on élève surtout les bovins pour la viande, alors que, autrefois, ils servaient principalement à la production du fromage, fabriqué dans les burons de la montagne. (Pays et gens de France, n° 18, le Cantal, 21 janvier 1982, 14.)
8. Chaque « montagne »* a son buron (lou mazuc) signalé par un grand mât. C’est dans le buron que les « Parisiens » venaient l’été boire le petit lait qui, additionné clandestinement de présure, s’avérait un excellent purgatif capable d’éliminer toutes les toxines […]. (E. Quintard, « Connaissez-vous La Bastide ? », Revue du Rouergue 37, 1983, 143.)
9. Le buron est daté mais c’est un buron moderne, avec la fromagerie, la cave ; au-dessus, le bédélat et la chambre. Le buron s’est fait j’avais 6, 7 ans, vers 1921 et il a servi jusqu’en 1955 au décès de mon père. Pour la construction, mon père avait utilisé les pierres d’un vieux buron. (Témoignage de G. Gibert, de Dienne, Cantal, dans J.-Cl. Roc, Burons de Haute-Auvergne, 1992, 158.)
10. Nous y [à Murol, Puy-de-Dôme] sommes retournés ensemble entre une virade à Brion, où dorment les burons en attendant de s’ouvrir aux premières foires de printemps, et une courte étape à Besse-en-Chandesse pour admirer la beauté de ce bourg* hanté par la reine Margot et choisir un saint-nectaire fermier au parfum de prime jeunesse. (J.-Cl. Delaygues, « Balade auvergnate pour Jean Ferrat », La Montagne Dimanche, 6 avril 1997, Magazine, 20.)
□ En emploi métalinguistique.
11. De nombreux textes, qui s’échelonnent, géographiquement, de la chaîne du puy de Dôme et des monts du Forez à l’Aubrac et au Levézou et, chronologiquement, du xiiie siècle au xxe siècle, mentionnent ou décrivent des constructions pastorales sous les noms de cabane, mazut, fogal, tra, loge, batte, vacherie, jas, enfin buron, qui est le terme généralement utilisé pour désigner les formes actuelles de cet habitat. (G. et P.-F. Fournier, Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne 91, 1983, 256.)
12. En Auvergne même, chacun s’accorde à penser que les burons sont des habitations dans la montagne où s’élabore un fromage appelé fourme*. (J.-Cl. Roc, Burons de Haute-Auvergne, 1992, 19.)
encyclopédie. V. L. Bouyssou, « Les montagnes cantaliennes du xiiie au xviiie siècle », RHA 44, 1974, 45-54 ; A. Desvallées et al., dans L’Aubrac 6/1, 1979, 146-65 ; G. et P.-F. Fournier, « La vie pastorale dans les montagnes du Centre de la France. Recherches historiques et archéologiques », BullAuv 91 (1983), 255 sqq. ; J.-Cl. Roc, Burons de Haute-Auvergne, 1992.
— Par méton. "ensemble des bâtiments construits sur la montagne et comprenant, outre le bâtiment principal, la porcherie, le jardin et parfois une petite étable" (L’Aubrac 6/1, 1979, 146).
13. Le buron se présente en général sous l’aspect de plusieurs petits bâtiments (buron proprement dit, porcherie, parfois grange-étable). (Cl. Royer, dans L’Aubrac 4, 1973, 73.)
— Par ext. Haute Auvergne "local contenant l’outillage nécessaire à la production et au stockage du fromage".
□ En emploi métalinguistique.
14. […] les hommes du haut pays parlent également d’un buron « en bas, à la ferme »[ ;] pour eux buron signifie local contenant l’outillage nécessaire à la production et au stockage du fromage. (J.-Cl. Roc, Burons de Haute-Auvergne, 1992, 19.)
— Par méton. (occasionnel) "ensemble des personnes vivant dans le buron".
15. On peut constater que la vie culturelle du buron à proprement parler cesse en 1950. (P. Berte-Langereau, « Les buronniers de l’Aubrac », Lou Païs 209, avril 1975, 56.)

remarques. ethnologie buronnier, ‑ière adj. "relatif aux burons". « Successivement le petit “roul” franchit tous les échelons de la hiérarchie buronnière » (J. Remize, La Médecine sur le plateau de l’Aubrac, 1949, 38) ; « Économie buronnière » (Martine Segalen, France-Culture, 22 avril 1997).
◆◆ commentaire. Spécialisation sémantique régionale de mfr. buron "cabane" (Gdf ; Huguet ; FEW) devant remonter au 16e s. (par la suite, le mot disparaît du français général) et qui s’est d’abord appliquée aux abris rudimentaires de type cabane (G. et P.-F. Fournier, BullAuv 91, 257 sqq.) ayant précédé les burons maçonnés (qui n’apparaissent qu’au 18e s.). Le mot semble s’être implanté d’abord en Haute Auvergne où il est, en tout cas, attesté en premier lieu (Albepierre 1598 et dep. 1630 ; pour la documentation, v. L. Bouyssou, RHA 44, 1974, notes aux p. 43, 46, 48, 50, 54, ainsi que G. et P.-F. Fournier, BullAuv 91, 348), avant de s’étendre vers le nord (dep. 1755 en Basse Auvergne, BullAuv 91, 332 ; cf. 1787/1788 « On appelle buron, en Auvergne, ce qu’en Suisse on nomme chalet », Legrand d’Aussy, BullAuv 91, 337) et vers le sud, dans l’Aubrac (attesté dep. 1813 en Gévaudan, Les Tournées du Préfet Gamot. La Lozère à la fin du premier Empire, Mende, 1985, Centre d’études et de recherches de Mende, Mémoire n° 2, 21 ; dep. 1844 en Rouergue, J. Valette, « Une enquête sociale dans l’Aveyron en 1844. Les habitants de l’Aubrac », RevRouergue 33, 1979, 114)a ; il s’applique aussi aux jasseries* des monts du Forez, depuis une date probablement plus récenteb. Le groupe social qui a pu introduire le mot en Auvergne (agents royaux venus du nord de la Loire ? cf. A. Desvallées, dans L’Aubrac 6/1, 146 n. 141) reste encore à préciser.
Quoi qu’il en soit, buron a été rapidement sélectionné par la norme régionale (dans le Cantal le fait est acquis « définitivement à la fin du [17e] siècle », L. Bouyssou, RHA 44, 1974, 46 n. 151) et il a évincé ou s’est subordonné les dénominations autochtones concurrentes, aujourd’hui disparues de l’usage français (cabane, fogal, jas, trap)c ou spécifiques d’aires sub-régionales (jasserie*, mazuc*) ; le mot est employé (ou connu) par plus de 90 % des témoins en Auvergne (enqDRF). Certains parlers occitans ont sporadiquement emprunté buron à la variété française régionale, comme le démontre la forme phoniqued ; la trajectoire inverse est absolument exclue. Parallèlement, le mot est entré à date précoce, dès Fur 1690 (« En Auvergne, on appelle buron un petit toict de berger […] »), dans la lexicographie générale comme régionalisme marqué “Auvergne” ; par l’intermédiaire de l’écrit géographique, ethnographique ou régionaliste, relayé par l’écrit touristique, il est aujourd’hui en cours de dérégionalisation (cf. sa présence non seulement dans TLF, Rob 1985 et GLLF, mais encore dans PR 1967, Lexis 1975, Hachette 1987, Lar 2000)e, mais son emploi demeure lié, en tout état de cause, à la désignation d’un référent régional.
a Cf. aussi l’emploi de buron dans la carte de Cassini (fin 18e s.), exclusivement dans le Cantal (A. Dauzat, art. cit. (ci-dessous n. c), 226 n. 13 ; L. Bouyssou, RHA 44, 1974, 46 n. 151).
b Voir s.v. jasserie les ex. 1 et 7, montrant le fonctionnement hyperonymique et non-marqué de buron par rapport à jasserie. – Le mot n’apparaît pas dans le document forézien de 1685 que citent, à tort, Fournier / Fournier BullAuv 91, 348.
c Sur les dénominations dialectales, v. A. Dauzat, « Les noms de l’étable de montagne dans le Massif Central », dans Miscelánea filológica dedicada a Mons. A. Griera, Barcelone, 1955, t. 1, 215-229 ; ALMC 503.
d Aveyr. buroun, Arconsat buron (BecquevortArconsat 1981), Saint-Pierre-la-Bourlhonne (canton d’Olliergues, Puy-de-Dôme) buron (à côté du « mou auvarnhat vrei » chabanà, M. Chambas, Bïzà Neirà 60, 1986, 26), tous avec maintien de ‑n final.
e Avec des définitions peu adéquates dans Rob 1985 ("petite cabane de berger, et, spécialt, petite fromagerie") et NPR 1993-2000 ("En Auvergne, Petite cabane de berger, spécialt Petite fromagerie").
◇◇ bibliographie. MègeClermF 1861 (« cantons de Rochefort, Besse, Ardes, Champeix ») ; FEW 15/2, 14a, *buìr- (répute à tort le mot emprunté à l’occitan) ; GrasForez 1863 ; A. Dauzat, art. cit. (n. c), 226-229 (répute à tort le mot emprunté aux parlers occitans, et veut lui donner une origine autochtone… pré-indo-européenne) ; GebhardtOkzLehngut 1974, 320 (à tort « < auv. ») ; L. Bouyssou, « Les montagnes cantaliennes du xiiie au xviiie siècle », RHA 44 (1974), 46 n. 151 ; A. Desvallées et al., dans L’Aubrac 6/1, 1979, 146 et n. 141 ; G. et P.-F. Fournier, « La vie pastorale dans les montagnes du Centre de la France. Recherches historiques et archéologiques », BullAuv 91 (1983), 348 ; BoisgontierMidiPyr 1992 (défini par "cabane d’été des bergers de l’Aubrac") ; Chambon Lalies 17 (1997), 33-53, notamment 37-38 ; ChambonÉtudes 1999, 179.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Aveyron, Cantal, 100 % ; Puy-de-Dôme, 90 % ; Haute-Loire (nord-ouest), 80 % ; Tarn, Tarn-et-Garonne, 65 % ; Haute-Garonne, 25 % ; Ariège, Lot, 0 %.