bouille n. f.
les citations
rural
1. Loir-et-Cher, Loiret, Franche-Comté "récipient que l’on porte sur le dos au moyen de bretelles et qui sert à collecter les raisins cueillis par les vendangeurs". Stand. hotte. – La grande bouille d’osier qui lui servait à hotter le raisin (G. Boutet, Les Gagne-misère, 1987, t. 3, 54).
1. – Oui, vous, par exemple, vous devez être assez fort pour porter !
– Porter quoi ? dit Pablo.
La femme se mit à rire.
– Porter la bouille, parbleu ! Chez nous, on porte la vendange à dos, dans une bouille. C’est une espèce de grande hotte en fer. (B. Clavel, L’Espagnol, 1968 [1959], 33.)
2. Le gaillard le plus costaud de la compagnie, bouille au dos, hottait sans répit les seillées [= seaux remplis] des vendangeurs jusqu’aux tonneaux qui béaient de la gueule en bout de vigne, solidement amarrés aux ridelles de la charrette. (G. Boutet, Les Gagne-misère, 1985, t. 1, 68.)
3. Sucrées à souhait, les généreuses grappes de melon et de teinturier remplissaient bien vite les paniers […]. Alexandre, lui, portait la bouille […]. (P. Arnoux, La Vigne au loup, 1996, 24.)
V. encore s.v. bouchon1, ex. 2.
□ Dans un commentaire métalinguistique incident.
4. Les récipients de vendange sont très diversifiés. Un seul récipient est commun à l’ensemble franc-comtois : la hotte en boissellerie dénommée partout bouille. (Cl. Royer, dans P. Gresser et al., Franche-Comté, 1983, 90.)
2. Doubs, Jura, Haute-Savoie, Ain "récipient métallique ou en matière plastique (naguère en bois, et porté sur le dos avec des bretelles, aujourd’hui muni de poignées), fermé par un couvercle étanche, qui sert au transport du lait". Stand. bidon. – Il porte tous les matins son lait à la fruitière* dans sa bouille en fer blanc (FréchetMartAin 1998).
5. Dans les montagnes du Doubs et du Jura, il n’était pas rare autrefois de voir des ânes dont le bât supportait de chaque côté une bouille de lait. (R. Bichet, Contes de Mondon et d’autres villages comtois, 1975, 167.)
6. D’mon temps aussi, j’ faisais du ski […]. Et avec des bouilles de lait sur le dos, encore ! (Chr. Delval, La Vieille Trompe, 1982, 91.)
7. Les habitants du village apportaient leur lait dans des « bouilles » plates […]. (Histoires et Traditions du pays du Doubs, 1982, 213.)
8. La machine à traire n’élimine pas certains gestes. Il faut toujours vider le bidon plein dans la bouille. (J.-L. Clade, La Vie des paysans franc-comtois dans les années 50, 1988, 67.)
9. On rassemblait le lait dans des bouilles d’une vingtaine de litres, qui restaient ouvertes, je ne sais d’ailleurs pas trop pourquoi. (J. Boichard, Quand le village marchait en sabots, 1989, 35.)
10. […] une bouille de lait rouillée reçoit l’eau du chéneau* […]. (L. Semonin, La Madeleine Proust, 1990, 185.)
11. Son dernier seau [de lait] à demi-plein à la main, Médé passa à la cuisine et remplit une grande jatte de terre cuite vernissée, retourna à l’écurie* et versa dans la bouille ce qui restait du blanc liquide. L’heure de la fromagerie était venue. (M. Vuillemin, La Mort de Fany, 1994, 42.)
12. […] lorsque le fromager est compétent[,] il détient un certain pouvoir dans l’atelier de fabrication |…]. / C’est l’image du fromager gendarme qui fait respecter les horaires de la coulée, ou qui émet quelques observations à propos de la qualité du lait, de la propreté des bouilles à lait… (S. Guigon, Les Fruitières à comté, 1996, 63.)
13. Les bidons de lait sont en plastique : les vieilles bouilles en métal qu’on transportait sur de petites charrettes sont des objets de musée. (Pays Comtois Magazine, n° 24, mai-juin 1999, 49.)
variantes. Haute-Savoie, Savoie (Genevois, Chablais, Bornes, Mont-Blanc) boille [bɔj] « Les boilles à lait actuelles ne se portent plus sur le dos mais sont munies de poignées » (BessatGerMtBl 1991, 161 ; v. aussi GuichSavoy 1986 et GagnySavoie 1993).
encyclopédie. « Chaque jour, deux fois par jour même, les paysans amenaient leur lait à la laiterie. Au cours des âges, les moyens et les récipients ont changé. Il y a eu d’abord des bouilles à lait en bois pour le transport à dos d’homme, ces bouilles étaient visiblement imitées des bouilles à vendange. Plus tard, on eut des bouilles à lait en fer blanc étamé, pour transport à dos d’homme. Il y eut aussi des bouilles spéciales en bois, puis en fer, pour le transport à dos d’âne […]. Il y eut aussi des bouilles spéciales pour le transport en charrette. Des charrettes à deux roues sur lesquelles la bouille, suspendue par deux anses, restait toujours parfaitement verticale » (R. Bichet, La Cancoillotte, les fromages comtois et la vie rurale et pastorale en Franche-Comté, 1987, 116).
3. Franche-Comté, Haute-Savoie, Savoie, Ain "appareil qu’on porte sur le dos pour pulvériser diverses bouillies insecticides". Stand. sulfateuse.
14. Il entra dans la vigne qui dégringolait de l’autre côté du chemin et se mit à descendre à grands pas entre deux rangées de ceps. / Il n’avait pas, comme au temps des sulfatages ou des vendanges, une bouille pleine pour le pousser dans le dos. (B. Clavel, L’Espagnol, 1968 [1959], 414.)
15. Il [le vigneron] était muni d’un bigot* ou d’un faissou servant à sarcler la terre, et d’une bouille en cuivre pour sulfater la vigne. (Pays et gens de France, n° 88, le Jura, 30 juin 1983, 10.)
16. La « bouille » sur le dos, le paysan parcourait inlassablement les rangées de pommes de terre. (J.-L. Clade, La Vie des paysans franc-comtois dans les années 50, 1988, 54.)
17. La « bouille » sur le dos, maniant inlassablement le levier, le paysan arpentait les rangs de vigne, vaporisant les feuilles. On renouvelait le traitement environ tous les mois. (J.-L. Clade, La Vie des paysans franc-comtois dans les années 50, 1988, 59.)
18. À l’aide de la bouille à dos, je repartis seul à mon fameux champ [de blé]. Ainsi équipé, je traitai mes chardons sans peine, n’arrosant évidemment [de désherbant] que les endroits envahis. Mon père partit quelques jours plus tard constater le résultat et il revint enchanté, s’extasiant sur ce produit miracle, qui détruisait les mauvaises herbes et respectait la plante noble. (P. Gardot et S. Mandret, Hugier, d’une guerre à l’autre, 1999, 148.)
variantes. Chablais boille [bɔj] (GagnySavoie 1993).

◆◆ commentaire. Type de l’est du domaine galloroman : Suisse romande (où il est attesté dep. 1353, bolie "mesure pour le raisin et pour le moût", v. GPSR 2, 477b-479a), Bourgogne (1388, boille, v. TLF), Franche-Comté (14e s. boile, v. TLF ; ChambonHSaône 1989 boueille) et Savoie (ConstDésSav 1902 bolie), dont DrozBesançon 1920 défendait vigoureusement l’emploi (« Bouille sera conservé ici envers et contre tous, tant qu’il nous restera des vignes »), et qui appartient à une famille d’origine discutée, probablement préromane (v. TLF). Les dictionnaires généraux contemporains enregistrent seulement le sens 1 (GLLF, avec la mention « dialectal », sans ex. ; NPR 1993 « régional » ; NPR 2000 sans marque) ou les sens 1 et 2 (TLF, sans marque diatopique ; Rob 1985 « régional », avec cette précision pour le sens 2 « Suisse ») ; ou les sens 2 et 3 (Lar 2000 « Suisse »)
◇◇ bibliographie. (1.) BrunFrComté 1753 ; SchneiderRézDoubs 1786 ; GasconDole 1870 ; BeauquierDoubs 1881 ; ContejeanMontbéliard 1899 boille ; GarneretLantenne 1959 ; BichetRougemont 1979 ; ColinParlComt 1992 ; DuchetSFrComt 1993 (Doubs, Jura). – (2.) BeauquierDoubs 1881 ; CarrezHJura 1906 ; BoillotGrCombe 1910-1929 ; GrandMignovillard 1977 ; BichetRougemont 1979 ; DuraffHJura 1986 « régionalisme inconscient » ; GuichSavoy 1986 boille ; DromardDoubs 1991 et 1997 ; TrouttetHDoubs 1991 ; ColinParlComt 1992 ; DuchetSFrComt 1993 (Doubs, Jura) ; RobezMorez 1995 ; FréchetMartAin 1998. – (3.) ColinParlComt 1992 ; DuchetSFrComt 1993 (Haute-Saône) ; GagnySavoie 1993 ; FréchetMartAin 1998 ; DSR 1997 (avec bibliographie) ; LengertAmiel boille ; FEW 1, 617a, *bulli-.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : Franche-Comté, 65 %.