clinton [klɛ̃tɔ̃] n. m.
les citations
Isère, Drôme, Gard, Lozère, Ardèche usuel "cépage noir de première époque, productif, à grappes moyennes, à grains moyens, sphériques, bleu-noir, au jus très coloré et à saveur foxée". Vieux plants de « clinton », vainqueurs du phylloxéra (A. Mante, Le Temps s’élève, 1995, 222). Ce petit vin de Clinton […], qui ne titrait pas dix degrés (J.-P. Chabrol, La Banquise, 1999 [1998], 199).
1. […] le Clinton se débrouillera toujours, c’est de la vigne haute, pauvre, robuste et rebutante. Pauvre au point d’être hors-la-loi, un vrai Cévenol ! […] Le Clinton, avant de faire du vin, il fait de l’ombre, après, il allume le feu. Quand il sera mûr, il y aura sur notre tête d’assez belles grappes bleues comme la nuit, mais qui se défendent bien. […] si vite que tu craches le grain picoté, tu iras te rincer la bouche […]. Le Clinton est comme le cochon, bon de la tête aux pieds, rien à jeter. (J.-P. Chabrol, Les Rebelles, 1965, 221-222.)
2. Le clinton. Tel est le nom du cep de vigne le plus répandu dans mon coin cévenol [Saint-Germain-de-Calberte, Lozère] à l’aube de ce siècle […]. Le clinton n’étant pas hâtif, la vendange s’effectuait seulement à la fin de septembre ou au début d’octobre […]. C’est peu après la première guerre mondiale que le clinton s’est vu remplacer par un nouvel hybride précoce, le baco, plus vigoureux, plus productif et plus résistant à l’oïdium. Quelques vieux ceps profondément enracinés subsistent çà et là, témoins muets des vendanges d’antan. (M. Liquière, « Le clinton », dans Lou Païs, janvier 1973, 10.)
3. Il me plaît cependant de souligner le geste de la municipalité [de Gagnières, Gard] de 1935, composée du Maire M. Assénat, et des Soustelle, Balme, Barthélémy, Léonard, Coulomb, Vedel, Chabanne, Perruchon, Polge, Joffre, Quet, Passeron, Petit, Portal, Scipion. Ce conseil municipal tout entier démissionna comme un seul homme pour protester contre la loi du 24 décembre 1934, qui classait le clinton et le jacquez dans les cépages prohibés ! Comment pourrait-on être plus cévenols ! (A. Thomas, La Vallée de la Ganière et Gagnières, 1981, 131.)
4. […] une méchante piquette, à base de Clinton, ce raisin qui donnait une récolte abondante, peu de degré et une couleur violacée au vin. (S. Pesquiès-Courbier, La Cendre et le feu, 1984, 13.)
5. Saint-Félicien [dans l’Ardèche], je ne connaissais pas encore. Mais j’en rêvais en partageant avec ma grand-mère les caillettes* de l’oncle Edouard ou en buvant le vin d’un cépage déjà condamné (le Clinton) par ces œnologues distingués, mais qui chante encore dans la mémoire de mes papilles. (Courtine, préface à Ch. Forot, Odeurs de forêt et fumets de table, 1987, 7-8.)
6. […] l’énorme labeur des Cévenols aménageant les pentes, accrochant des treilles de clinton au bord des murettes de schiste et de granit […]. (A. Durand-Tullou, Le Pays des asphodèles, 1992 [1991], 277.)
7. Clinton […]. Seuls les vieux paysans se rappellent qu’il s’agit d’un cépage américain importé pour soigner les vignobles ruinés par le phylloxéra. Il fut interdit en 1934, et on dit qu’on en trouverait encore un peu dans certains coins des Cévennes ou du Vivarais. (E. Ollivier, Sur les chemins de France, 1994, 102.)
V. encore s.v. faïsse, ex. 16 ; s.v. lauze, ex. 10.
— Par méton. ou dans la loc. nom. vin de clinton parfois péj. "vin obtenu à partir de ce cépage". Du clinton, ce petit vin âpre des Cévennes (L. Chaleil, La Mémoire du village, 1989 [1977], 175). Vider une pinte de clinton (Ch. Forot, M. Carlat, Le Feu sous la cendre, 1979, t. 1, 116). Si tu n’as que du clinton à me faire boire, tu peux te le garder (FréchetDrôme 1997).
8. […] blotti autour du feu tandis que la tempête balayait ces hauteurs désertes, secouant portes et fenêtres, on buvait ce vin de « Clinton », âpre et noir comme de l’encre, et on mangeait des châtaignes rôties en jouant aux cartes et en écoutant l’ancêtre raconter des histoires de Camisards. (J. Carrère, L’Épervier de Maheux, 1972, 58.)
9. L’aubergiste torcha* avec empressement une table libre tachée de vin et, du même chiffon, les chaises qui l’entouraient. Antoine commanda des caillettes* et du clinton. (F. Rey, La Haute Saison, 1984, 324.)
10. – J’ai un petit clinton au frais, ça vous dit ?
– Ah, ça ! si tu me prends par le sentiment, je dirai pas non. (J.-Cl. Libourel, Le Secret d’Adélaïde, 1999 [1997], 168.)
V. encore s.v. temps, ex. 9.

◆◆ commentaire. Attesté en français dep. 1845 (v. RézeauCépages), clinton est emprunté à l’anglais d’Amérique, de même forme et de même sens (du nom de l’homme politique DeWitt Clinton (1769-1828), en l’honneur duquel l’hybride naturel qu’il désigne a été nommé). La spécificité du mot et du référent dans une petite aire compacte du Sud-Est tient au fait que le cépage, massivement introduit dans le Midi à la fin du 19e s., s’est maintenu là plus longtemps qu’ailleurs, y laissant des traces jusqu’à nos jours en dépit d’un arrêté qui frappe le clinton de prohibition sur le sol métropolitain depuis 1935. Accueilli dans la série des Larousse dep. Lar 1890, le terme est aujourd’hui absent des dictionnaires généraux du français.
◇◇ bibliographie. MédélicePrivas 1981 « terme connu mais l’usage s’en perd. On ne cultive plus ce type de raisin » ; TuaillonRézRégion 1983 (1) ; TuaillonVourey 1983 (1) ; CampsLanguedOr 1991 (2)a ; CouCévennes 1992 "vin cévenol" ; FréchetAnnonay 1995 « globalement connu » (1 et 2) ; SalmonLyon 1995 ; MazodierAlès 1996 (2) ; FréchetDrôme 1997 (1 et 2) « usuel entre Anneyron et Die, globalement connu ailleurs » ; RézeauCépages 1997.
a Avec un exemple d’une autrice mal informée, qui confond les cépages clinton et isabelle.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96 : Ø.