tirer v.
les citations
I. Emploi tr.
1. Normandie, Haute Bretagne, Mayenne, Sarthe, Maine-et-Loire, Centre-Ouest, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Indre (nord), Cher, Allier (nord-ouest), Bourgogne (peu usité), Champagne (vx), Lorraine, Haute-Saône, Jura, Ain, Rhône, Loire, Isère, Drôme, Ardèche, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Dordogne, Lot-et-Garonne, Gers, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques, Landes, Gironde rural, vieillissant "extraire le lait des femelles de certains animaux domestiques (vache, brebis, chèvre)". Stand. traire. Surtouta dans le syntagme tirer les vaches.
a On n’a relevé dans la documentation qu’un seul ex. de tirer le lait : « Il avait à refaire la litière de l’étable, et cela, c’était habituellement le travail d’Anne-Marie. La voisine avait dû tirer le lait, ainsi que cela avait été entendu » (R. Pichery, Le Parisien, 1946, 14).
1. Je vais dans le bas du jardin chercher des cives [= ciboules] pour la maman. Ça la met en appétit d’en manger avec son pain en rentrant de tirer les vaches. (H. Grégoire, Poignée de terre, 1979 [1964], 154.)
2. – […] Moi j’ai mes vaches à tirer !
– Nous avons tous nos vaches à tirer ! répliqua le maire. (J. Anglade, Un front de marbre, 1970, 52.)
3. Si tu veux enfermer Lucien dans une H.L.M. et dans une usine, s’il est assez con pour se laisser faire, pour étouffer avec toi dans les métros, les rues, les boutiques au lieu de tirer les vaches, c’est ton droit. (C. Paysan, L’Empire du taureau, 1974, 186.)
4. Le lendemain matin, la Julie elle sort de bien bonne heure, comme à son habitude, et elle se met à tirer ses vaches. (J. Boutin, Louis Rougé, le braconnier d’Anjou, 1979, 128.)
5. Je donnais le trèfle aux vaches, je les curais, je faisais la litière, avant qu’elle vienne les tirer. (Cl. Courchay et G. Arnoult, Une petite maison avec un grand jardin, 1980, 85-86.)
6. La femme travaille. Elle, et elle seule, assure la traite, l’homme ne sachant généralement pas « tirer » les vaches. (A. Frémont, Paysans de Normandie, 1981, 247.)
7. Le lendemain et les jours qui suivirent, la Rosette continua de tarir, son lait baissait. Inquiète, pendant que la fermière la tirait, elle tournait la tête, regardait ses flancs de gauche et droite, comme égarée, ses gros yeux humides semblaient fixer le vide. (P. Arnoux, Les loups de la Mal’Côte, 1991, 40.)
8. Ma mère avait appris à la tirer [en note : traire]. Elle lui attachait la queue à un poteau ; si elle oubliait, elle risquait de recevoir, au cours de la traite, une belle fouettée de bouse de vache. (J. Chaudron, Autour de la Bessotte. Souvenirs d’un enfant de Lorraine, 1994, 36.)
9. Le samedi, […] dans les fermes, on se levait plus tôt pour tirer les bêtes et retourner les litières avant de se rendre au bourg* en voiture à cheval. (R. de Maximy, Le Puits aux corbeaux, 1996 [1994], 51.)
10. Lorsque nous sommes arrivés à Saint-Léon, il faisait clair depuis longtemps ; mais à part Claude Segaud qui allait tirer ses vaches, le bourg était désert. (D. Bayon, Au flanc de ma colline, 1995, 217 .)
2. Loire-Atlantique, Mayenne, Sarthe, Vendée, Loir-et-Cher, Dordogne tirer à boire/tirer à la barrique loc. verb. rural, vieillissant "remplir un pichet, une bouteille à la barrique". Petit, va tirer à boire ! (PierdonPérigord 1971).
11. Quand la patronne avait besoin de moi à la maison, pour le bébé, ou pour apporter de l’eau, tirer à boire à la cave, mettre la table, elle m’appelait. (Cl. Courchay et G. Arnoult, Une petite maison avec un grand jardin, 1980, 69.)
12. Les plus grandes noces que j’ai vues de ma vie, j’étais toute jeune, c’est les noces à la mère à Mimile Lebeaupin. […] Il y avait des barriques de vin, les gens tiraient, n’importe lesquels allaient tirer à la barrique, il y avait plein de vin. C’est pas maintenant qu’ils feraient ça, les gens. (Femme, née en 1901, dans J. André et al., À Grand-Lieu, un village de pêcheurs, 2000, 178-179.)
remarques. Loire-Atlantique, Vendée tireur à boire loc. nom. m. vieilli "celui qui s’occupe de remplir les bouteilles à la barrique lors d’un mariage". « Le “tireur à boire” est en général le meilleur ami du fiancé et c’est un grand honneur pour quiconque de dire : “J’ai servi aux noces d’un tel” » (Chr. Hongrois, Faire sa jeunesse en Vendée, 1988, 121) ; « […] les “tireurs-à-boire” tenaient buvette à la cave en attendant le service » (É. Boutin, M. Guitteny, Le Pain bénit, 1999, 166) ; « […] les “tireurs à boire” d’une noce de La Flocellière [Vendée] […] » (J.-P. Bertrand, Pains et Gâteaux traditionnels de Vendée, 1999, 166).
3. Indre, Cher (sauf est), Allier, Saône-et-Loire (sud), Franche-Comté, Loire (Saint-Étienne), Isère (La Mure), Ardèche (Mariac), Haute-Vienne fam., vieillissant "se servir d’un aliment en le prenant dans le récipient où il est présenté". « Tirez » donc du fromage… (J.-L. Boncœur, Le Moulin de la vieille morte, 1988, 168). Tire la soupe (DubuissBonBerryB 1993).
13. – […]. Commencez par tirer les tomates et les œufs en salade. C’est frais, ça ouvre l’appétit ! (P. Louty, Léonard, le dernier coupeur de ronces, 1988, 85.)
14. – Mon Dieu ! Ce n’est pas possible… Il te faut manger un peu pour prendre des forces. Allez ! Tire de l’omelette ! (P. Louty, Le Secret de Catherine, 1999, 335.)
— Emploi abs. Tire seulement* (DucMure 1990). Tire dans le plat ! (ValMontceau 1997).
15. Et la mère Génie se désolait de voir qu’on faisait, ce soir-là, si peu honneur à sa cuisine. Vainement, elle allait d’une table à l’autre, prodiguant ses encouragements de bonne hôtesse :
– Allons, les enfants, « tirez » donc ! (J.-L. Boncœur, Le Moulin de la vieille morte, 1988 [1955], 85.)
16. La Marie sert une soupe de légumes chaude et fameuse […].
– Allez, tirez, dit Marie à Antoine. (Panazô, Le Traînard, 1994, 71.)
4. Bretagne, Franche-Comté, Ain, Rhône (Beaujolais), Loire (Roanne), Isère, Saône-et-Loire (sud), Drôme, Provence, Gard, Ardèche, Haute-Loire (Velay), Puy-de-Dôme, Corrèze rural "enlever de terre". Stand. arracher.
4.1. [L’obj. désigne des légumes]
17. […] je descends à mon jardin. Je me tire un poireau, deux pommes de terre, je prends un oignon, une gousse d’ail à ma réserve, je me fais un genre de soupette* […]. (Th. Monnier, Madame Roman, 1998 [1957], 26.)
18. Passés les foins et la moisson, la vie devint moins pénible […]. Bien sûr, dès qu’il fallut « tirer » les pommes de terre et le blé noir, on mobilisa tout le monde. (M. Chaulanges, Les Rouges Moissons, 1975, 48.)
19. […] elle vous avait demandé hier d’aller tirer des patates au jardin mais personne n’a bougé. (R. Vuillemin, La Victoire des vingt culs, 1990, 125-126.)
20. En conduisant sa voiture jaune, en tirant ses pommes de terre, en coupant l’herbe pour ses lapins, Vidal [le facteur] avait eu le temps de tourner autour du problème. (J.-P. Demure, Fin de chasse, 1998, 11.)
V. encore s.v. cèbe, ex. 2 ; crochet, ex. 2.
Au part. passé/adj.
21. […] un panier de chanterelles ou de pissenlits, des radis frais tirés […]. (F. Deschamps,Croque en bouche, 1980 [1976], 33.)
Haute-Saône Emploi tr. indir. tirer aux pommes de terre (DuchetSFrComt 1993).
4.2. 〈Aussi Limousin, Dordogne [L’obj. désigne des végétaux non cultivés, de mauvaises herbes].
22. Dès l’âge de six, sept ans, j’ai commencé à aider mon père au jardin, le jeudi et pendant les vacances scolaires. Je tirais l’herbe ou je lui servais de petit commissionnaire […]. (L. Chaleil, La Mémoire du village, 1989 [1977], 147.)
23. Le jardin d’Adrien était trop loin pour qu’il puisse y aller seul, tirer de l’herbe ou ramer les petits pois. (Cl. Duneton, Le Diable sans porte, 1981, 134.)
24. Les semailles [de tomates] terminées, les femmes rejoignaient la maison […] et profitaient du chemin du retour pour tirer quelques plants d’herbes à donner à manger à une nichée de lapins. (G. Ginoux, Gens de la campagne au mas des Pialons, 1997, 13.)
— Par ext.
25. […] en juin, « tirer le chardon », c’est-à-dire sarcler. (R. Canac, Vivre ici en Oisans, 1991, 37.)
— Au fig. Ardèche tirer le chiendent loc. verb. "s’attarder à de menus détails". Synon. stand. vétiller, fam. chipoter.
26. En Ardèche, ne dit-on pas de quelqu’un qui s’attarde à de menus détails, à chipoter, qu’il « tire le chiendent ». (Rustica, n° 1417 bis, 19 février 1997, 2.)
5. Normandie, Bretagne "enlever (un vêtement, des chaussures)". Stand. ôter, quitter, retirer. – Tirer ses souliers (Copie d’élève, sud du Calvados, dans BrasseurNorm 1990). Voir s.v. chupenn, ex. 8.
6. Ariège, Haute-Garonne, Tarn, Tarn-et-Garonne, Lot, Aveyron, Haute-Vienne (sud) tirer qqc. à qqn "rabattre le montant d’une somme". Synon. région. quitter*. – Tirer la TVA d’une facture (MoreuxRToulouse 2000).
27. On dévisageait l’animal. On examinait les dents, les cornes, les jambes ; on le palpait de la tête à la queue. Allons, il faut « tirer » deux écus.
– Vous n’y pensez pas. Une bête pareille vaut plus que ce que j’en demande. C’est mon premier et dernier prix. (N. Calmels, L’Oustal de mon enfance, 1985, 127.)
28. – Soixante mille ! Vous vous rendez compte ! […] Il faudra me tirer quelque chose, Henri !
– Ah ! Les prix sont serrés… C’est très dur ! Je vais te faire 6 % d’escompte […], ça t’ira ? (P. Louty, Léonard, le dernier coupeur de ronces, 1988, 252.)
29. – Combien ? [pour l’achat de deux rubans sur un marché] Faut me tirer quelque chose… Vous savez, je suis une fidèle de votre banc !…
– Ah ! ma pauvre… Les temps sont durs et j’ai mes quatre garçons à élever ! (P. Louty, Le Secret de Catherine, 1999, 600.)
7. Provence tirer (du) souci à qqn loc. verb. fig. fam. "causer du souci, tracasser". Surtout dans le tour ça me tire (du) souci.
30. – […] La vérité, c’est que vous me faites peine*. Ici, monsieur Jean, vous perdez votre temps, et votre santé. De vous voir maigrir tous les jours, ça me tire du souci. Ce travail que vous faites depuis deux ans et demi, c’est incroyable, c’est de la folie, c’est un assassinat ! (M. Pagnol, Jean de Florette, 1995 [1962], 271.)
31. Vous vous occupez de savoir comment je vis ? Ça ne vous tire pas trop souci ? (Cl. Couchay, Chronique d’un été, 1990, 97.)
32. – Vous, vous y pensez encore, pas vrai ?
– A quoi donc ?
– A ces petites [des fillettes disparues], je vois bien, ça vous tire souci. (Cl. Courchay, Quelqu’un dans la vallée…, 1998 [1997], 58.)
tirer peine* pour qqn/qqc.
8. tirer des bords*.
II. Emploi tr. indir. fam.
1. Normandie tirer au cœur loc. verb. "avoir des nausées". Cette odeur-là me fait tirer au cœur (BrasseurNorm 1990).
33. […] il tire au cœur quand Mère Pélican vide les poulets pour ses clientes délicates. […] Pupuce a du mal à ne pas tirer au cœur quand Peton coupe les têtes et vide les entrailles des poissons. (D. Besnehard, Pupuce, 1996, 138 et 149.)
2. Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne, Oise tirer du côté de qqn, Loire-Atlantique, Vendée (vieilli)〉 tirer de, du côté de, sur qqn, Franche-Comté tirer sur qqn, Rhône (Lyon), Loire (Poncins), Isère, Provence, Lozère, Ardèche tirer de qqn loc. verb. "ressembler à". Synon. région. donner d’air*/de l’air*, ressembler*, sembler*. – Je sais pas de qui il tire pour être faignant [sic] comme ça ! (BrasseurNantes 1993). Il tire de son père (SalmonLyon 1995).
34. – Ce petit, disait le Rébecquaïré, je me demande de qui « il tire ». (R.-A. Rey, La Passerelle, 1976, 78.)
35. – Auguste, ton neveu, […] il tire de toi […]. (H. Abert, Le Saut-du-diable, 1993, 121.)
3. Savoie, Provence spor., tirer vers "aller dans la direction de".
36. – Où donc.
– A la sortie, quand tu tires vers le Castelet, de l’autre côté du canal. (Cl. Courchay, Quelque part, tout près du cœur de l’amour, 1987 [1985], 50.)
V. encore s.v. trappon, ex. 10.
Puy-de-Dôme en tirant vers loc. prép. "dans la direction de". C’est à Auzon, en tirant vers Vergongheon (A.-R. C., 3 septembre 2000).
37. Même plus bas, même en tirant vers les planèzes* qui font au Cantal un bel agencement de doigts tendus vers le reste du monde, même en descendant vers le bassin d’Aurillac – douceur, ici, plus que surprenante : intempestive –, on trouve partout des rythmes équivalents, des distributions régulières de masses semblables. (G. Conchon, L’Auvergne, 1963, 110.)
III. Emploi intr. usuel
1. Cher (sud), Allier (nord), Loire (Poncins), Pyrénées-Orientales, Cantal (nord-ouest), Creuse [Le sujet désigne le vent] "souffler".
38. Le vent venait du nord-ouest. On avait remarqué cette année que c’était celui qui « tirait au moment de la messe des Rameaux ». On prévoyait donc qu’il serait le vent dominant de l’année. (R. Langlois, Les Raisins de la passion, 1996, 51.)
39. Quand on grimpe davantage […], on découvre l’horizon sur la vallée de la Vouise et sur tous les villages de la rive d’en face : La Chassignole, Les Mazières, La Borie, jusqu’au clocher du Theil qu’on entend sonner quand la bise* tire. (A. Aucouturier, La Mère-Nuit, 1998, 80.)
40. 10 juin 1986. Ciel très clair et dégagé sauf au NO […]. Température fraîche le soir tard, due au changement de vent qui tire du N à la tombée du jour. (Journal inédit du Creusois V. Combrailles, dans Chr. Bromberger, Passions ordinaires, 1998, 222.)
Isère (La Mure) la bise tire loc. phrast. "le vent du Nord amène les nuages" (DucMure 1990). Synon. région. il fait bise*.
2. Moselle (est), Alsace, Jura, Loire, Isère (La Mure), Drôme, Ardèche, Haute-Loire (Velay), Auvergne, Creuse "produire un appel d’air (dans une cheminée), un courant d’air".
— Surtout dans ça tire emploi impers. "il y a un courant d’air".

◆◆ commentaire.
I.
1. Attesté d’abord dans le français de l’Ouest, dep. 1460 à Challans [Vendée] (« aller tirer le lait de leurs bestes et lesdictes bestes mettre es champs » Lettre de rémission, dans AHP 35, 1906, 200) et ca 1493-98 (Andrieu de la Vigne [né à La Rochelle], v. TLF), ce sens a pénétré la langue générale où il est attesté de 1530 au début du 20e siècle (DG) et il est passé dans le français de l’est du Canadaa (Dunn 1880 ; Dionne 1909 ; ALEC 521 ; Lavoie 1985, 1286 ; PoirierAcadG ; MassignonAcad 1962, 845 ; CormierAcad 1999), de Saint-Pierre-et-Miquelon (BrassChauvSPM 1990) et à la Réunion (ChaudRéun 1974). Il est aujourd’hui considéré par les dictionnaires généraux comme sorti de l’usage standard : GLLF « dans certaines régions » (ex. de L. Hémon) ; Rob 1985 « dial. » ; TLF « région. ou vieilli » (ex. de J. Renard 1910 et L. Hémon 1916). Il continue toutefois d’être plus ou moins employé dans une vaste aire de la France septentrionale (sauf au nord) et méridionale (sauf Languedoc et Provence), à quoi s’ajoutent la Belgique (PohlBelg 1950) et le Val d’Aoste (MartinAoste 1984) ; il est bien représenté dans les dialectes (ALF 1323).
2. La locution tirer à boire, attestée dep. 1844 (Balzac, TLF), semble surtout en usage dans le sud-ouest du domaine d’oïl, dans une aire que la documentation actuelle ne permet pas de déterminer avec précision ; tirer "extraire du vin d’un tonneau" est attesté dep. 1459 (Arch. nat., JJ 188 dans GdfC, texte non localisé).
3. En usage dans le français d’une aire assez compacte (Centre, Franche-Comté et région lyonnaise évidée du centre), où il est attesté dep. 1852.
4. Cet usage est aujourd’hui caractéristique d’une zone homogène de l’est et du sud-est qui, depuis la région lyonnaise a gagné le Puy-de-Dôme puis la Corrèze. Il est attesté dep. 1802 à Montpellier (Villa). Sa présence en Basse Bretagne est sans doute indépendante (il peut s’agir d’un calque de bret. tenna, v. LeBerreLeDûBret 1985) ; mais on notera aussi sa présence en Haute Bretagne (ALBRAM 250, est des Côtes-d’Armor et du Morbihan), en Haute-Garonne (MoreuxRToulouse), à La Réunion (ChaudRéun 1974), ainsi qu’en Wallonie où tirer les mauvaises herbes est utilisé sporadiquement (comm. de M. Francard). Absent des dictionnaires généraux contemporains.
5. Dénoncé naguère par les puristes dans le sud de la France (DesgrToulouse 1766 tirer son chapeau ; Féraud 1788 « tirer […] n’a pas pourtant en beaucoup d’occasion[s] le sens d’ôter. C’est une faute commune en certaines Provinces de s’en servir à tout propôs à la place de ce verbe. Tirer le chapeau ; tirez votre manteau, etc. Ce sont tout autant de gasconismes » ; VillaGasc 1802 ; JBLGironde 1823, 143), ce sens est aujourd’hui en usage dans le français de Normandie et de Bretagne et, sporadiquement, en Belgique francophone (PohlBelg 1950). Non marqué dans les dictionnaires généraux contemporains, mais réduit au syntagme tirer son chapeau à qqn "saluer en enlevant son chapeau" (NPR 1993), qui tombe en désuétude en raison de l’évolution des modes vestimentaires et ne s’emploie plus guère qu’au figuré.
6. Emprunt à l’occitan (Toulouse tirá "déduire ou défalquer" dans J. Doujat, Le Dicciounari moundi, 1637 ; Foix tirá "déduire, défalquer" A. Moulis, Dictionnaire français-languedocien […], 1956 ; Aude « déduire, défalquer : tirar cinc francs » André Lagarde, Le Trésor des mots d’un village occitan. Dictionnaire du parler de Rivel (Aude), Toulouse, 1991). localisé dans une aire du sud-ouest de la France ; absent de la lexicographie générale, il est peu représenté dans les recueils différentiels.
II.
1. Archaïsme, attesté dep. 1604 (« Fouëté, outré de cholere, en tire au cœur, appaisé » Héroard, Journal, 489)b et Nicot 1606, enregistré dans Fur 1690 et Ac 1694 (FEW) – déjà tirer du cœur (Amyot, ibid.) –, aujourd’hui en usage en Normandie, notamment dans le Bocage virois. Absent des dictionnaires généraux contemporains.
2. Archaïsme, attesté dep. 1496 (Molinet, tirer après qqc., FEW), qui ne subsiste que dans quelques aires disséminées en France et en Belgique, et qui a été recueilli au Québec (Dionne 1909 tirer sur). Absent de GLLF ; Rob 1985 tirer après « régional (Belgique) ou vx » ; TLF tirer de qqn Giono 1943 (sans marque) ; NPR 1993 tirer à, vers, sur, après (vx ou région. [Belgique]) ; Lar 2000 Ø.
3. Archaïsme (tirer vers "dans la direction de" Chastellain ; tirer vers "aller vers" 1636 Rotrou, dans FEW), qui ne semble conservé, sans grande vitalité, en français que dans l’usage savoyard, provençal et du Puy-de-Dôme.
III.
1. Attesté dep. Amyot jusqu’à Acad 1694, tirer "souffler impétueusement (du vent)" (FEW) est aujourd’hui un archaïsme, limité à une aire du Centre de la France (l’emploi roussillonnais est un emprunt indépendant à cat. tirar). Accueilli seulement, dans la lexicographie générale contemporaine, par GLLF avec la marque « class. ».
2. D’usage courant dans une vaste aire orientale de la Galloromania, de la Belgique à la Suisse romande, cet emploi est à rapprocher du précédent et de frm. tirer "avoir une bonne circulation d’air permettant une bonne combustion (d’un appareil de chauffage, d’une cheminée)" (dep. Balzac, FEW) ; sa présence en Moselle et en Alsace est probablement influencée par all. es zieht, de même sens. Les dictionnaires généraux rendent plus ou moins compte de sa diffusion : TLF ça tire « région. (Belgique, Est de la France) », citant… PierrehSuppl ; Rob 1985 ça tire « régional (Belgique) » ; NPR 1993-2000 Ø ; Lar 2000 ça tire « Belgique, Suisse ».
a Où il est attesté d’abord sous la plume de la première religieuse canadienne, Marie Morin, entre 1697 et 1725 (FichierTLFQ).
b Comm. de P. Enckell.
◇◇ bibliographie. (I.1.) JaubertCentre 1864 ; PuitspeluLyon 1894 tirer le lait, tirer les vaches ; GuilleLouhans 1894-1902 ; EudelBlois 1905 ; BarbeLouviers 1907 ; VerrOnillAnjou 1908 ; LarocheMontceau 1924 ; BaronRiveGier 1939 ; BonnaudAuv 1976 ; RouffiangeMagny 1983 ; SabourinAubusson 1983 et 1998 ; TuaillonRézRégion 1983 (Lorraine, Vendée) ; GononPoncins 1984 ; RézeauOuest 1984 et 1990 ; MartinPellMeyrieu 1987 ; LepelleyBasseNorm 1989 ; BrasseurNorm 1990 ; DucMure 1990 tirer le lait ; BoisgontierAquit 1991 tirer le lait (parfois la vache) ; TavBourg 1991 « traire est connu mais rarement utilisé » ; VurpasMichelBeauj 1992 ; BlancVilleneuveM 1993 « usuel » ; BrasseurNantes 1993 ; DubuissBonBerryB 1993 ; LepelleyNormandie 1993 ; PénardCharentes 1993 ; TamineChampagne 1993 « n’est plus connu que des personnes âgées » ; MichelNancy 1994 ; FréchetAnnonay 1995 « usuel à partir de 40 ans » ; RobezMorez 1995 « expression courante » ; SimonSimTour 1995 ; Verreault/Lavoie Dialangue, avril 1996, 57 ; FréchetDrôme 1997 « globalement connu » ; ValMontceau 1997 ; FréchetMartAin 1998 ; MichelRoanne 1998 « usuel » ; BlanWalHBret 1999 « très fréquent partout ; surtout rural » ; LesigneBassignyVôge 1999 ; FEW 6/1, 408b, martyrium. – (I.2.) FEW 6/1, 417b, martyrium. – (I.3.) ConnyBourbR 1852 ; JaubertCentre 1864 ; J. Marouzeau, Une enfance, 1937, 130 « – Mais vous ne mangez pas ! Tirez donc, va, mes cousins ! » ; DornaLyotGaga 1953 ; GarneretLantenne 1959 ; GrandMignovillard 1977 « on disait Tirez » ; RouffiangeMagny 1983 ; DucMure 1990 ; DromardDoubs 1991 et 1997 ; MazaMariac 1992 ; DubuissBonBerryB 1993 ; DuchetSFrComt 1993 ; ValMontceau 1997 ; PlaineEpGaga 1998 « encore utilisé » ; FEW 6/1, 413a, martyrium. – (I.4.) VillaGasc 1802 tirer d’herbes ; JBLGironde 1823, 143 tirer l’herbe d’un jardin ; PomierHLoire 1835 ; 1838 « On a tiré les pommes de terre la 1ère et la 2ème semaine d’octobre » (Edme Huchon, « Un livre de raison d’un cultivateur de la région de Vitteaux [= Dampierre-en-Montagne] au début du xixe siècle », DialBourg 3, 1972, 170 ; BoillotGrCombe 1929 ; WolfFischerAlsace 1983 tirer une dent ; LeBerreLeDûBret 1985, 162 tirer les patates ; MartinPellMeyrieu 1987 ; DucMure 1990 ; TavBourg 1991 ; VurpasMichelBeauj 1992 « bien connu au-dessus de 20 ans » ; BlancVilleneuveM 1993 « en déclin » ; DuchetSFrComt 1993 ; FréchetMartVelay 1993 « globalement connu » ; FréchetAnnonay 1995 « globalement usuel » ; DromardDoubs 1997 ; FréchetDrôme 1997 « globalement connu » ; GallenBÎle 1997, 31 ; ValMontceau 1997 ; FréchetMartAin 1998 ; MichelRoanne 1998 « usuel » ; MoreuxRToulouse 2000 « régionalisme inconscient » ; FEW 6/1, 416b, martyrium. – (I.5.) TuaillonRézRégion 1983 (Normandie) ; LepelleyBasseNorm 1989 ; BrasseurNorm 1990 ; LepelleyNormandie 1993 ; BlanWalHBret 1999 « très fréquent partout » ; FEW 6/1, 413a, martyrium. – (I.6.) BoisgontierMidiPyr 1992 ; aj. à FEW 6/1, 412b, martyrium (où ce sens manque). – (I.7.) Aj. à FEW 6/1, 411a, martyrium (où cette locution manque). – (II.1.) JaubertCentre 1864 ; RaillietReims 1930 ; BrasseurNorm 1990 (Bocage virois) ; FEW 6/1, 413a, martyrium. – (II.2.) Féraud 1788 « En Provence on dit : il tire, pour il tient, de son père, de sa mère, etc. » ; GabrielliProv 1836 tirer de qqn ; ReynierMars 1878 ; PuitspeluLyon 1894 tirer de qqn ; BoillotGrCombe 1910, 261b, BoillotGrCombe 1929 et ColinParlComt 1992 tirer sur qqn ; Mâcon 1926 tirer du côté de ; BrunMars 1931 tirer de qqn ; PohlBelg 1950 tirer sur/après qqn ; GononPoncins 1984 tirer de qqn « très usuel ; cru français [standard] » ; CartonPouletNord 1991 tirer du côté de qqn ; MazaMariac 1992 tirer de qqn ; BlancVilleneuveM 1993 tirer de qqn « usuel » ; BrasseurNantes 1993 tirer de, du côté de, sur ; Hanse 1994 (sans marque diatopique) ; SalmonLyon 1995 tirer de qqn ; LengertAmiel tirer du côté de qqn (1871) ; FEW 6/1, 411a-b, martyrium. – (II.3.) BonnaudAuv 1976 ; FEW 6/1, 409a, martyrium. – (III.1.) LagueunièreAgde [ca 1770] ; ConnyBourbR 1852 ; Pierreh ; J. Mallouet, Jours d’Auvergne, 1975, 171 ; GononPoncins 1984 la bise tire « cru français [standard] » ; DucMure 1990 la bise tire ; CampsRoussillon 1991 ; DubuissBonBerryB 1993 ; ALCe 18 ; FEW 6/1, 398b, martyrium. – (III.2.) GabrielliProv 1836 « Les airs se tirent. Il y a un courant d’air » ; Pierreh ; PohlBelg 1950 ; BonnaudAuv 1976 "faire un appel d’air" ; WolfFischerAlsace 1983 ça tire ; MassionBelg 1987 ; FuchsBelg 1988 ça/il tire ; MartinPilat 1989 ça tire « usuel à partir de 20 ans » ; FréchetMartVelay 1993 ça tire ; PotteAuvThiers 1993 ça tire ; Hanse 1994 il/ça tire « en Belgique » ; FréchetAnnonay 1995 ça tire « globalement connu » ; RobezMorez 1995 ça tire « courant partout » ; DSR 1997 (avec bibliographie) ; FréchetDrôme 1997 ça tire « globalement connu » ; LeboucBelg 1998 ; MichelRoanne 1998 ça tire « bien connu » ; FEW 6/1, 398b, martyrium.
△△ enquêtes. EnqDRF 1994-96. Taux de reconnaissance : (I.1) Charente, Charente-Maritime, Côte-d’Or, Gers, Ille-et-Vilaine, Landes, Haute-Loire (nord-ouest), Nièvre, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Sarthe, Deux-Sèvres, Yonne, 100 % ; Gironde, Île-de-France, 90 % ; Vienne, 80 % ; Saône-et-Loire, Sarthe, Vendée, 75 % ; Indre-et-Loire, Puy-de-Dôme, 70 % ; Maine-et-Loire, Basse-Normandie, 65 % ; Loire-Atlantique, 60 % ; Vosges, 55 % ; Meuse, 50 % ; Lot-et-Garonne, 40 % ; Meurthe-et-Moselle, 35 % ; Cantal, 20 % ; Moselle, 0 %. – (I.3 tirer de la soupe) Haute-Saône (sud), 100 % ; Haute-Saône (nord), Territoire-de-Belfort, 65 % ; Doubs, Jura, 30 %. – (I.4.1) Drôme, 100 % ; Savoie et Haute-Savoie, 75 % ; Ardèche, Haute-Loire (Velay), 65 % ; Rhône, 30 % ; Ille-et-Vilaine, Morbihan, 25 % ; Finistère, Isère, Loire, Loire-Atlantique, 20 % ; Maine-et-Loire, 15 % ; Ain, Côtes-d’Armor, Sarthe, 0 %. – (I.4.2) Dordogne, 50 % ; Haute-Vienne, 30 % ; Corrèze, 20 % ; Creuse, 0 %. – (I.5) Ille-et-Vilaine, 60 % ; Finistère, 30 % ; Morbihan, 25 % ; Loire-Atlantique, 20 % ; Maine-et-Loire, 15 % ; Côtes-d’Armor, Sarthe, 0 %. – (I.6) Ariège, Aveyron, Lot, 100 % ; Tarn, 75 % ; Tarn-et-Garonne, 65 % ; Haute-Garonne, 50 %. – (I.7) Bouches-du-Rhône, 80 % ; Vaucluse, 65 % ; Hautes-Alpes, Var, 50 % ; Alpes-maritimes, 35 % ; Alpes-de-Haute-Provence, 30 %. – (II.2) Nord, Pas-de-Calais, Somme, 100 % ; Aisne, 70 % ; Oise, 60 %. – (III.2) Cantal, Haute-Loire (nord-ouest), Bas-Rhin, Moselle (est), 100 % ; Puy-de-Dôme, Haut-Rhin, 80 %.